Ils regardent à terre, ou au ciel, craintivement, courbés, arqués, jamais droits, mais détournent leur regard du réel et du présent. Ils ressassent des chiffres, guettent des signes dans les cieux et psalmodient des accords, exégètes impuissants des Corans de Nainville, Matignon et Nouméa, usant leurs yeux et l’encre du papier à y déchiffrer leur destin, la sauvegarde de leurs sous, leurs mandats, leur passeport, passifs, soumis, tous, des politiques de la fétide cuisine politique aux juristes et intellectuels autoproclamés de la scolastique des accords sacrés, en passant par les bavards invétérés et gueulards éternels de la NetPolitique de comptoir… Jeu de dupes, jeu de putes, je suis fiu. (24/09/2012)

Regard sur un pays-histoire (30/08/2010)

Nous bénéficions ici, et c’est au moins ça, surtout ces dernières semaines, d’une situation sociologique et politique exceptionnellement et historiquement riche et passionnante.

Dans tout autre pays occidentalisé et démocratique on aurait une pléiade de discours journalistiques et scientifiques, d’observations objectives, d’analyses distanciées, d’extrapolations et de prévisions, visant la lucidité et le constat.

Or, en guise de publications, d’observateurs, d’analystes et de prévisionnistes, nous n’avons, encore une fois, qu’une juxtaposition et un empilement d’affirmations péremptoires, myopes et nombrilistes sur le mode « C’est nous les meilleurs ! », « C’est eux les traitres ! », « C’est nous le sens de l’Histoire », « C’est eux les poubelles de l’Histoire », « De toute façon, c’est fait , c’est plié, c’est acté, c’est signé, c’est en route, rompez ! », « C’est eux les fachos ! ». Réflexions médiatiques fast-food, plus ou moins arrangées et assaisonnées à l’incontournable sauce barbecue industrielle du « destin-commun », destin spalmodié commun … comm’un seul homme, et saupoudrées de la bien-pensance zaccordiste, La Bonne Pensée pour les nuls.

Même les quelques articles un peu intellectuellement audacieux, même les éditoriaux d’un peu plus de hauteur, même les expressions électroniques citoyennes un peu plus libres, n’échappent pas aux contraintes partisanes infantilisantes et menaçantes et, pour violentes qu’elles puissant paraître, elles ne font finalement que répéter prudemment les catéchismes convenus des clans partisans, ne touchant pas, ne soulevant pas, ne creusant pas les blocs calcifiés et sacralisés issus du non-dit, de la fausseté et du mensonge zaccordistes : telle la légitimité supérieure du peuple premier, telles la validité et l’intangibilité d’accords arrachés sous la menace et par le sang, telle l’absence de réels idéaux au sein de cette toute petite population, tels les violents antagonismes animant les fractions bien étanches, voire les factions, de ce petit peuple, tels les conséquences concrètes et inéluctables, à très court terme, du largage du pays par la puissance souveraine, tels les réelles stratégies des authentiques et discrets acteurs économiques et politiques du jeu d’échec calédonien, telles les manipulations éhontées d’un électorat captif, pressuré et clientélisé, telle une corruption qui n’a rien à envier aux république bananières de la zone et dont les magouilles à la défisc ne sont que la partie émergée de l’iceberg pourri, telles les vraies carences et la criante pauvreté culturelle, économique et technologique du pays, que les piscines, les bagnoles, les foires, les fêtes, les Baies, les plages et les indigentes manifestations et productions artistiques ne suffisent pas à masquer.

L’État ? L’État dit tout et son contraire, et dit amen à tous et aux adversaires de tous.

Mais merde ! n’y a-t-il pas des hommes dans l’avion ?! N’y a-t-il pas des cerveaux et du libre-arbitre ici ?! Pour voir et dire autre chose que du bien-pensant politiquement correct prédécoupé et à détacher selon les pointillés ! Les kanakystes disent « Kanaky ! » Les caldoches disent « Caldochie ! ». Les zoreilles disent « Pognonie ! ». Les autres disent « C’est comme ça ! ». Les gomézistes disent « Gomézie ! ». Les frogiéristes disent « Frogiérie ! ». Les Palika disent « Paniqués ! » et « Pas niquer nous ! ». Les UC disent « On a gagné ! » et « C’est drapeau à nous qu’a bourré eux ! ». Les Kotra, PT d’rire, disent rien mais savent tout.

Et après ? Et après ?!!! Ils ont tous raison, tous ! à leur niveau, dans leur peau. Mais faut aussi regarder autrement ! Intelligemment, librement, en s’approchant, en s’écartant, en tournant autour d’eux. Faut imaginer, faut se mettre dans leurs peaux, dans leurs logiques. Faut anticiper leurs réactions, leurs interactions, leurs attentes, leurs espoirs, leurs haines, leurs illusions, leurs plans, leurs rapports de force, leurs coups de force !

Non… rien… ou presque rien. Que de l’affirmation ou de la dénonciation partisanes et claniques, des juristes affidés, des journalistes encartés, des blogueurs achetés, des sociologues « adoptés », des philosophes autoproclamés, des historiens encarriérisés, des artistes et des écrivains subventionnés.

Pas un historien digne de ce nom pour décrire l’ancestral rapport à la violence des canaques et leur gestion de « l’autre » par ingestion et digestion lente, sans jamais régurgiter, ni rendre, ni revenir en arrière,  et leur gestion du conflit par l’utilisation fine mais toujours provisoire du « tampon tiers » entre les deux belligérants, tampons importés et exploités de tout temps pour modérer les massacres, bloquer l’impérialisme et éviter les génocides : clans importés à Unia, polynésiens tampons aux Loyauté, religion catholique et protestante instrumentalisée au Nord…

C’est sans doute politiquement incorrect.

Pas un sociologue digne de ce nom pour décrire les délicates subtilités de l’âme caldoche, les diverses sensibilités des composantes de cette population co-héritières du bagne et de la colonisation libre paysanne ou bourgeoise, leurs relations internes et leurs rapports avec les canaques, avec la métropole et avec les métropolitains, leur mentalité complexe et complexée.

C’est sans doute politiquement incorrect.

Pas un psychologue digne de ce nom pour présenter l’esprit d’un peuple, partagé entre un visage de façade soumis et discipliné et un cœur rebelle, hostile et tacticien, attendant l’occasion du bon coup, mené à l’insu des autorités craintes mais mal supportées ou honnies, comme toujours dans les milieux fermés.

C’est sans doute politiquement incorrect.

Pas un politologue pour rendre compte des choix, des doubles langages, des stratégies, des revirements apparents ou réels des partis et des leaders et pour traduire les évolutions des électorats.

C’est sans doute politiquement incorrect.

Non… Le pays est vide. Intellectuellement vide. Nickellement plein. La garniérite verte tient lieu de matière grise.

Camus, Albert Londres, Pulitzer… où êtes-vous ?! Ils sont devenus cons.

(30/08/2010)

Les spécialistes, les professeurs et les chercheurs avaient pourtant la chance de pouvoir travailler ici en direct sur du vivant et de l’actuel et non sur des archives et des cadavres ! Les jeunes avaient pourtant l’opportunité de pouvoir appréhender et toucher du doigt ici en direct l’ambition, l’insurrection, l’agression, la traîtrise, la collaboration, la corruption, l’opportunisme, la démission, la reddition, la peur, la lâcheté, l’intimidation, les menaces, la propagande, l’intoxication… autrement que dans des livres d’histoire ou qu’au cinéma !

La Calédonie était un musée vivant, un laboratoire ouvert ! On aurait pu en profiter…  Non ? (24/09/2012)

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