Pour quelles raisons devrait on vivre dans une société dont on rejette les fondements et les valeurs sur lesquelles reposent les lois que celle ci édicte? C’est bien la question que tous les rebelles aux ordres établis se sont posés au fil des temps. Qui plus est, au nom de quels principes devrait-on, dans ce cas-là, y obéir? Voici là les prolégomènes des velléités de désobéissance, à la mode sous le vocable de désobéissance civile.

Justifiées ou injustifiées – selon les principes et conditionnements du temps -, l’histoire du monde moderne repose sur des désobéissances plus ou moins importantes. Cette période correspond à la fois à l’instauration de valeurs défendues par ces rebellions, dont celle la plus utilisée comme bannière : l’égalité ; et à la fois au conditionnement d’autres valeurs venues se greffer sur les précédentes – si l’esprit de celles-ci ne dominaient déjà les rebellions et révoltes du monde moderne depuis le début -, celles du libéralisme : l’individualisme ( sous la forme d’atomisation de la société) et l’égoïsme – d’Adam Smith à Milton Friedman.

Ainsi il a été défendu une désobéissance civile lors de la lutte contre la ségrégation aux Etats-Unis et de l’Apartheid en Afrique du Sud, le refus des lois – leur tentative d’abrogation ou la création de nouvelles – pour la cause des homosexuels, il a été utilisé la grève et d’autres formes de désobéissance dans la défense de tel ou tel secteur du monde du travail, des acquis des fonctionnaires par exemple. Choisis dans cet ordre, ces quelques « luttes » assimilent de plus en plus l’égoïsme de groupe à celui de la lutte pour l’égalité. Ce qui correspond aux valeurs du libéralisme et donc fait de ces luttes, des luttes acceptables pour le système, même promues – promues jusqu’à une certaine mesure, celle des répercussions économiques qu’elles peuvent avoir – par tout ou partie du système.

Mais dans le domaine de la bien-pensance, la désobéissance a ses limites, tout d’abord car la société libérale dorénavant complètement installée, en dehors des soupapes de rebellions qu’elle entretient en rapport à son histoire progressiste, a besoin, comme les autres types de société – mais avec d’autres principes et d’autres moyens – de tenir les rennes du peuple qu’elle dirige. Et à l’instar des sociétés « d’Ancien Régime » qu’elle se plaît à décrier, la société libérale est tout aussi religieuse – dans la forme bien entendu et absolument pas sur le fond, qui est matérialiste au possible -, elle a ses dogmes et ses tabous, qu’elles protègent avec autant de véhémence, si ce n’est encore plus, surtout en en aval, avec l’usage – massif – de la cybernétique.

Sur le fond, les limites ontologiques de la désobéissance libérale, celle autorisée par le système, se trouve comme nous le discernions plus haut dans l’atomisation de la société, faite justement pour la desservir – du moins pour desservir la société civile. Ainsi, un membre de ce qu’il est communément appelé les minorités lutte objectivement pour acquérir des droits, sans même savoir – ou s’en moquant éperdument – l’impact que ceux ci peuvent avoir sur le reste de la société. En dehors d’un outil de division comme outil de pouvoir et de manipulation plus aisée, nous atteignons la limite de compréhension de l’homme-unité du libéralisme, celui ci a déjà du mal à imaginer que ses droits peuvent empiéter sur ceux des autres, mais surtout il ne peut prendre en compte que son propre point de vue et ne considérer alors que les droits – jamais les devoirs – lui attenant personnellement. Et c’est bien là l’incompréhension des revendicateurs, ainsi que du cheminement coercitif des gouvernants : comment comprendre par exemple que l’on défende l’ensemble du peuple ou une partie qui n’est pas représentée, qui ne peut pas s’exprimer? Ainsi, dernièrement il a été émis à de nombreuses occasions par des membres de la communauté dite LGBT et des membres du Gouvernement, la critique faite aux contempteurs du « Mariage pour tous » – et de son ensemble attenant de « droits » progressistes et de marchandisation du corps -, que ceux ci ne militaient pas pour leurs propres droits, ne militaient pas pour un changement les concernant, mais défendaient le droit des enfants et la cohésion de la société par des valeurs communes : mais tout cela n’entre pas dans le schéma libéral, l’enfant ne vote pas, consomme, certes, mais seulement indirectement, et en ce qui concerne les valeurs communes, moins il y en a, mieux la société libérale se porte.

Tout compte fait, nous pouvons alors nous rendre compte que ce type de désobéissance libérale – à l’inverse des réflexions basée sur la décence commune -, n’est pas une réelle désobéissance, mais seulement une étape – programmée ou pas – du progressisme moral. Ceci ne veut pas dire que les états de fait contre lesquels a pu lutter ce type de désobéissance étaient justifiés et justifiables, mais que dans un système donné, il ne pouvait prendre qu’une forme conditionnée par ce système et en suivant le courant, ne pouvait qu’aller dans le sens de ce système.

Ainsi il est assez simple de noter que les désobéissances effectives, celles pour lesquelles on mérité de parler de liberté, sont celles qui ne passent sous les fourches caudines du libéralisme. Il est burlesque aujourd’hui de lutter pour la liberté sexuelle, dans une société pansexuelle et de consommation du sexe, il est ubuesque de lutter contre les dits « réactionnaires d’Ancien Régime » et leurs coercitions, alors que tout ce qu’on peut factuellement leur reprocher se retrouve en pire dans la société moderne – bien entendu sous d’autres atours, plus… vendeurs.

Source et suite sur radicalis.over-blog.com/lesmoutonsenrages

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