L’Afssaps vient d’autoriser l’utilisation de ce médicament qui permettrait de sevrer l’alcoolisme. Mais l’organisme prône le cas par cas et un strict encadrement médical. 

Le débat autour du baclofène, un décontractant musculaire utilisé dans le traitement de l’alcoolisme, progresse. L’agence du médicament (Afssaps) vient d’admettre prudemment l’utilisation « au cas par cas » dans le sevrage alcoolique sur ordonnance. Ce traitement est déjà pris par des milliers de malades, avec plus ou moins de bonheur.

Principe de réalité, vu la large prescription de ce produit? Impact de la pression, nouvelle en France, de lobbies de patients gravement dépendants de l’alcool appuyés par des médecins? L’AFSSAPS a en tout cas entrouvert la porte au baclofène, qui ne dispose d’aucune autorisation pour traiter la maladie alcoolique, en concédant que ce médicament apporte « des bénéfices cliniques à certains patients ». 

La parution le mois dernier d’une étude préliminaire rétrospective, évoquant un taux de succès de 58%, obtenu avec ce produit vieux de près de quarante ans, a changé la donne. « Cela marche mieux que ce qu’on a actuellement », avait relevé le Pr Philippe Jaury, auteur principal de ce travail paru dans la revue « Alcohol and Alcoholism ».

La popularité du baclofène (commercialisé en France sous le nom de liorésal)  a explosé en 2008 avec la parution du livre  « Le dernier verre » d’Olivier Ameisen, cardiologue alcoolique, qui y racontait comment ce médicament, pris à fortes doses, avait supprimé son envie de boire.

Des effets contre l’alcoolisme à démontrer

Mais l’Afssaps n’a pas donné de feu vert généralisé car « l’efficacité du baclofène dans la prise en charge de l’alcoolo-dépendance n’est pas encore démontrée à ce jour », insiste-t-elle . L’ordonnance doit donc être rédigée, par des médecins « expérimentés« , « au cas par cas » et en adaptant la dose utile à chaque patient.

Les doses de baclofène nécessaires sont en effet très variables d’un individu à l’autre. Plus de 30 000 personnes prennent déjà du baclofène en France, pour des problèmes d’alcool, hors indication officielle de l’autorisation de mise sur le marché (AMM).

Le taux de notifications des effets indésirables est « très faible » (moins de 0,5% des cas sont déclarés) et en tout cas très inférieur aux chiffres communément admis, « si on considère qu’il y a entre 20 000 à 50 000 patients traités« , note le centre régional de pharmacovigilance (CRPV) de Grenoble dans son rapport national de suivi du baclofène dans le traitement des addictions pour l’année 2011.

Pas de molécule miracle

Le baclofène reste donc encore à explorer sous bien des coutures, et, ses effets secondaires (somnolence, convulsions, syndrome des jambes sans repos…) doivent être mieux recensés. Leur « sous-notification est probablement le fait d’une culpabilisation » des médecins amenés à prescrire hors AMM, constate le rapport de Grenoble.

Côté essais cliniques, l’Afssaps souligne avoir autorisé en avril dernier, le lancement d’un essai baptisé « Bacloville » chez des patients présentant une consommation d’alcool à haut risque qui seront suivis pendant au minimum un an. Le débat se poursuit avec le forum  de l’association Audes et l’association baclofène.org.

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