Tu vis dans une île. Dans une île où y’a de la thune et de la trouille. Beaucoup de thune, et beaucoup de trouille. Le parti pris de la thune, le parti pris de la trouille, le parti de la thune, le parti de la trouille. Depuis longtemps, depuis toujours. Ceux qu’avaient la trouille de la thune et aussi la trouille de jamais en avoir, ceux qui foutait la trouille avec leur thune et qu’avaient aussi la trouille de la perdre. Toi tu t’en foutais. T’avais pas de thune, et t’avais pas la trouille non plus. T’aimais juste ton île, c’est tout, ça suffit. C’est joli une île, non ? Une île nue au soleil, sans trouille et sans thune…

Et puis un jour t’as plus assez cru dans ta belle île, t’as cru que la thune ou la trouille allait la bouffer. Que ça suffirait pas de l’aimer. T’as pris le parti de la thune, ou celui de la trouille, c’est selon, selon celui qui t’paraissait le moins méchant, le moins mauvais pour ton île. Sauf que la trouille et la thune s’étaient associées pour la bouffer ton île… T’as compris trop tard. T’as fini par te dire J’me barre ! C’est mal parti le parti ! La trouille et la thune ça bouffe toujours les îles, surtout les plus jolies, les plus belles. Alors la trouille et la thune t’ont appelé. Ils t’ont parlé, ils t’ont parlé d’amour, de religion et d’amitié. Toi t’as écouté ce curieux discours. C’est comme ça les partis… Bref ils t’ont appelé :

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Bref,
J’attendais des coups d’fil. J’ai eu des coups d’fil. Y’a Yéyé qu’a appelé lundi soir, j’ai pas répondu. Yéyé c’est un conseiller, un zélé, un ambitieux du parti. On s’connaissait. Il a rappelé à 6 heures, j’étais pas là. Il a rappelé à 7 heures, j’étais pas là. Il a rappelé à 8h, j’étais soi-disant au docteur. Ça a sonné à 6 heures du matin, j’me rasais. J’ai dit « Quoi ?!!! J’me rase là !!! » Putain, c’était Yéyé ! Il m’a dit « Tu t’occupes toujours des bus ? » J’m’occupe plus des bus. J’lui ai dit « Mais j’m’occupe plus des bus !!! » Il a dit « Ah j’croyais… » Les bus il s’en foutait. Je savais. Bref. J’ai dit « C’est pour ça qu’tu m’appelles à 6 heures ?!!! « Oui » qu’il a dit. « Tu fais chier avec tes bus ! Et y’a quoi avec les bus ?!!! ». Il a répondu « Y’a un bus qui fuit à l’école et des portes qui ferment pas. » J’ai dit « Les bus ont toujours fui à Transbus, et les portes ont jamais fermé. » Il a dit « J’savais pas ». J’ai fait « J’sais même plus où c’est Transbus !!!» Il a rien dit. Je lui demandé « C’est tout c’que tu voulais savoir, vraiment tout ?!!!» Il a dit « Oui ». Il voulait savoir autre chose, j’le savais. J’ai fait « Ben tu vois j’sais rien !!! » Il a rien dit. Alors j’ai raccroché. Bref c’est Yéyé qu’a appelé.

Jeudi y’a Marcel qu’a appelé. « C’est pour ma procuration. » qu’il a dit. Il voulait m’donner procuration depuis février. Il est du parti, on est voisin. « J’ai dit « Ah oui la procuration… » Il a fait « Oui la procuration tu sais ? » Ben oui j’savais, ça me faisait chier. J’lui ai dit « Ben passe prendre un café. » Il est passé, avec sa procuration à la main. J’lui ai dit « Assieds-toi. » Il s’est assis. Il a posé sa procuration sur la table. J’ai posé deux cafés. J’étais un peu emmerdé. J’lui ai dit « J’suis un peu emmerdé. » Il a fait « Moi aussi tout ça m’emmerde, j’vais p’t’être démissionner ». J’lai r’gardé, il m’a r’gardé, on s’est r’gardé. Bref. « Ben oui, j’suis vieux, tout ça m’fait fait chier, je plane dans les nuages, dans la philo. » Il planait vraiment pour m’donner procuration. J’ai dit « Moi c’est l’parti qui m’fait chier, tu savais pas ? » Il a eu l’air inquiet. « Non j’savais pas. » Il a ramassé en douce sa procuration. J’lui ai resservi du café. J’lui ai dit des trucs. Des fois il était pas d’accord, des fois il disait « T’as pas tort !… » Je lui ai dit « Ben alors ?!!! ». Il a fait « Ben tu sais… c’est des vieux copains… c’est par fidélité. » J’ai dit « Ah ok ok !… » Bref c’est Marcel qu’a appelé.

Dimanche y’a Vanessa qu’a appelé. J’ai dit « Y’a quoi Vanessa ? » Vanessa c’est une copine conseillère. Elle a dit « J’y crois pas ! » J’lui ai dit « Tu crois pas quoi ? ». Elle a fait « Il paraît qu’t’as quitté le parti ! » J’lui ai dit « J’ai pas quitté le parti, c’est l’parti qui m’a quitté. » Elle a rien dit. J’ai dit « Toi ça va ? » Elle a fait « T’étais mon repère, t’étais mon guide dans le parti. » J’ai rigolé. « Je suis née dans le parti, j’mourrai dans le parti. » J’ai encore rigolé. J’ai dit « Ben j’espère pour toi qu’tu mourras bien après ton parti !!! » Elle a fait « C’est ma foi, ma croyance, ma religion. » J’ai essayé d’arrêter d’rigoler, j’ai pas pu. « C’est comme avec mon mari, y’a des hauts, y’a des bas, mais ça tient tu sais, c’est d’l’amour, d’la fidélité. » Là j’ai éclaté. Elle m’a dit « Ça t’fait rigoler ? » J’ai dit « Non ça m’fait pleurer. » Envie d’lui dire « Pété de rire » J’lui ai dit « Pété d’rire ». Elle a pas ri. Elle a fait « Faut qu’on s’voit, faut qu’on s’parle, là on est p’t’être écouté… » Là j’en ai pissé de rire. J’ai dit « Oui oui ! On est sûrement écouté, faut raccrocher, c’est risqué !» Et j’ai raccroché. Bref c’est Vanessa qu’a appelé.

Mardi y’a Roxanne qu’a appelé, une nana du Conseil. Elle m’a dit « Oh la la c’est toujours à moi qu’on file les sales boulots, y’a l’président qui m’a dit d’t’appeler. » J’ai souri, elle est gentille Roxanne. J’lui ai dit « Oui Roxanne, vas-y, calme-toi, y’a quoi ? Il a quoi ton président ? » Elle a dit « Il voudrait qu’tu passes, pour savoir. » J’ai fait « Non j’passe pas, il sait déjà. » Elle a rien dit. Je lui ai dit « Ben passe, toi ! Viens prendre un café. » Elle est passée. On a pris un café. Je lui ai dit « Tu dis ça, ça et ça à ton président, et puis il a déjà mes papiers, en recommandé ». Bref. Elle a fait « Ok, je te tiens au courant, j’te comprends ». Elle a pas dit « C’est des vieux copains, c’est par fidélité » mais à peu près. Le lendemain elle m’a dit, en sms, « J’leur ai dit. » Elle a ajouté qu’ils avaient dit « Putain ! après tout c’qu’on a fait pour lui ! » J’ai pas compris, j’ai cherché, c’qu’ils avaient fait pour moi. J’ai pas trouvé. Bref c’est Roxanne qu’a appelé.

Jeudi y’a l ’président qu’a appelé. Il m’a dit « J’comprends pas. ». J’lui ai dit « J’te comprends ! » Il a fait « Tu comprends rien ! » J’ai rien dit. « J’ai fait ça pour la paix, la jeunesse, le pays. » J’ai rien dit, vaut mieux pas l’énerver, j’ai donné. « Mais mon amitié reste fidèle. » qu’il a fait. Décidément la fidélité, les vieux copains… Envie d’dire « Mais moi non plus je n’ai pas changé » à la Julio « Zé né pas zanzé ! ». Il aurait pas aimé, pas trop un parti où on peu rigoler… J’ai pas dit. Envie d’lui dire aussi « T’es pas l’mauvais mec, change un coup ! Viens prendre un café. » J’ai pas dit. D’ailleurs l’président, il m’a même pas appelé. Bref c’était l’président qui m’a pas appelé.

Bref, j’attendais des coups d’fil. J’ai eu des coups d’fil.

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