Je saluerai chacun d’entre vous tout à l’heure, pour ceux que je n’ai pas encore salués. Après mon intervention devant le Congrès, je souhaitais parler avec les membres du comité des signataires.

Je vous souhaite la bienvenue. Nous allons, après cette intervention, boire un verre ensemble et nous partagerons le déjeuner, parce que je pense que c’est important que l’on puisse avoir un échange après mon discours devant le Congrès.

J’ai surtout l’intention, d’abord, de vous écouter afin de bien comprendre et connaitre vos différentes positions. Mais si j’ai voulu vous réunir de façon spécifique, vous le savez, c’est parce que j’attache beaucoup d’importance au respect de l’Accord de Nouméa et à la volonté des signataires.

Ce processus politique qui a été engagé depuis 1988 n’est pas un processus classique. Il se fonde sur un accord politique, incarné par deux volontés, celles de Jean-Marie Tjibaou et de Jacques Lafleur, dont j’ai souligné devant le Congrès le rôle historique.

Ce sont des hommes qui représentaient, le premier, les militants indépendantistes, le second, les partisans du maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la République française. Mais ces deux hommes ont su faire un pas vers l’autre et faire œuvre de compromis, dans l’intérêt de leurs populations et de la paix.

Et ce compromis, ils l’ont fait en jetant un regard différent sur l’histoire de la Nouvelle-Calédonie, sur l’histoire de la colonisation, la place de la population d’origine, la population kanak, et de celles qui se sont progressivement installées. Mais ils ont également porté un regard différent sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, sur le destin commun qui doit réunir toutes les populations présentes aujourd’hui sur son territoire et qui ont contribué à sa construction.

C’est sans doute ce qui les animait le plus. En décidant de me rendre demain à Ouvéa, j’ai voulu souligner la force de l’esprit de paix et de réconciliation qui règne aujourd’hui en Nouvelle-Calédonie.
En vous réunissant, j’ai voulu rappeler que le processus engagé ne pourra déboucher sur une solution durable que si ce sens de l’accord et donc du compromis se perpétue.

Le moment viendra où il faudra à nouveau que se manifeste la volonté politique des Calédoniens, et je sais que la plupart d’entre vous seront présents à ce moment-là.

Le débat, je le souhaite, devra être serein. Il devra être empreint d’esprit de responsabilité. Comme vous, je suis un responsable politique. Je connais aussi l’enthousiasme que peut susciter une campagne électorale. Or, la population calédonienne a besoin d’être rassurée. Rassurée sur le fait qu’un avenir commun et partagé est possible en Nouvelle-Calédonie quel que soit le statut finalement retenu. Rassurée sur la possibilité d’offrir à ses enfants la meilleure éducation, sur la possibilité de trouver des perspectives d’emploi sur le territoire, d’y créer une entreprise, d’inventer, d’innover. Rassurée sur la possibilité de préserver ses traditions et ses coutumes, et, comme tant d’autres peuples, de conforter son identité.

Le débat sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie devra avoir cette vocation : rassurer et montrer que, dans toute solution, il y a un avenir commun pour l’ensemble des Calédoniens.

Il est donc essentiel que, dans la période qui s’ouvre, un débat démocratique s’instaure et permette l’expression de toutes les parties prenantes sur les choix à venir.

Si nous voulons répondre aux doutes, et plus encore éviter le sentiment d’abandon ou les rancœurs, nous devrons être attentifs à ce que les Calédoniens puissent comprendre les enjeux, exprimer leur point de vue et se sentir réellement impliqués dans la définition de leur avenir.

Cette responsabilité vous incombera, à vous, aux signataires de l’Accord et aux forces politiques qui l’accompagnent.

Mais l’Etat en prendra sa part. Il accompagnera toutes les démarches que vous voudrez entreprendre pour clarifier le débat.

Nous l’avons montré déjà avec la mission de réflexion sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie animée par Jean Courtial et Ferdinand Melin-Soucramanien. Je vous annonce d’ailleurs qu’ils se rendront ici à Nouméa pour leur dernière réunion qui aura lieu le 27 septembre prochain.

Voilà, je ne suis pas venu pour faire des annonces – on dit : quand un Premier ministre se déplace, c’est pour faire des annonces, non- ni pour faire part d’un changement brutal de position de l’Etat qui pourrait exprimer un tournant parce qu’il y aurait eu un changement politique à la tête de la France, non. Je suis justement venu vous dire, et le dire à travers vous aussi, à toute la population calédonienne, que l’Etat est à vos côtés dans ce processus politique et qu’il ne cessera pas de l’être. C’est sa responsabilité.

On me dit : mais pourquoi vous êtes venu maintenant ? Je l’ai dit ce matin, je le redis encore maintenant : 25 ans après la première signature, 15 ans après la deuxième, c’est un moment fort. Et qui en annonce d’autres. Donc, il faut garder non seulement la lettre mais aussi l’esprit. Si j’ai voulu vous dire cela, je l’ai fait dans un lieu qui est un lieu d’histoire, pas un lieu de mémoire, un lieu d’histoire. C’est ici, et vous voyez le texte qui a été signé ; l’Accord de Nouméa. J’ai regardé tout à l’heure les documents avec les signatures de tous, tous ceux qui étaient là ce jour-là et qui ont par leur signature engagé au-delà d’eux-mêmes, au-delà de leur formation politique, la Nouvelle-Calédonie et la France. Parmi les signataires aujourd’hui, certains ne sont plus là. Ils nous ont quittés. J’ai une pensée avec vous pour eux, pour le combat qu’ils ont mené.

J’ai souhaité que cette rencontre commence ce midi par ce lieu, parce que ce n’est pas un lieu banal, et qui doit nous inspirer pour la suite. Mais je sais qu’il vous inspirera. En tout cas la première rencontre que j’ai pu avoir avec vous, officielle, dans mes fonctions, c’était à l’hôtel de Cassini avec Victorin Lurel, et j’ai éprouvé à ce moment-là avec vous que chacun mesurait bien la responsabilité qui était la sienne. Cette réunion m’a impressionné par son sérieux, sa densité, sa sincérité, mais aussi par le respect que les uns et les autres se portaient.

Au-delà des sensibilités politiques, des divergences, des ambitions – elles existent, elles sont légitimes, elles font partie de la vie, on ne le découvre pas – j’ai senti qu’il y avait chez chacune et chacun d’entre vous un bel esprit de responsabilité. Et ce matin devant le Congrès, ce midi encore avec vous, je vous confirme cette impression dès les premiers instants où j’ai pu descendre de l’avion sur le sol de la Nouvelle-Calédonie. Beaucoup de perspectives, beaucoup de promesses, beaucoup de responsabilités, mais beaucoup d’espoir aussi.

Je vous remercie

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here