Sans  surprise, les charges contre Dominique Strauss-Kahn ont été  abandonnées. Ce mardi, lors de l’ultime audience de l’ancien patron du  FMI, le juge Obus a suivi la  demande du procureur Cyrus Vance Jr., annoncée au préalable hier à Kenneth Thompson et à sa cliente Nafissatou  Diallo. Sept chefs d’accusation pesaient contre DSK. Tous ont été  abandonnés dont ceux d’agression sexuelle, de tentative de viol et de séquestration.

L’audience  n’aura duré que quelques minutes. La représentante du service procureur a justifié l’abandon des charges, en faisant valoir que  les sept chefs d’accusation retenus contre DSK ne pouvaient être prouvés « au delà du doute raisonnable ». « Après une enquête approfondie, il était clair (…) qu’il n’a pas pu être établi de façon claire que la relation sexuelle avait été forcée », a-t-elle indiqué au juge. « Il faudrait que les preuves, le témoin (Nafissatou Diallo, ndlr), soient clairs. Or, au vu des preuves rassemblées, il est apparu que le principal témoin de cette affaire ne pouvait être cru au-delà du doute raisonnable », a-t-elle poursuivi. « Nous ne pouvons pas demander au jury de croire un témoin auquel nous ne faisons pas confiance », a  ajouté la représentante de Cyrus Vance Jr.. Et de terminer son intervention en  expliquant que Nafissatou Diallo a « menti dans presque chaque entretien que nous avons eu avec elle ». La représentante a en particulier mis en avant le récit du viol dont la plaignante dit avoir été victime en Guinée. Selon le bureau du  procureur, elle avait  livré un « récit convaincant » de ce viol, avant de revenir sur ses paroles, ce qui représente une « atteinte à sa crédibilité », a conclu la  représentante des services du procureur de Manhattan.

A l’issue de cette audience, à laquelle DSK est arrivé en compagnie de son épouse Anne Sinclair, l’ancien patron du FMI est ressorti libre. En revanche, il n’a pas récupéré son passeport aussitôt. Kenneth Thompson souhaitait en effet la nomination d’un procureur spécial en remplacement de Cyrus Vance, mais le juge avait refusé cette requête. L’avocat de la plaignante avait donc interjeté appel. La Cour d’appel a finalement rejeté cette demande une heure plus tard. DSK va donc récupérer son passeport très rapidement et pourra rentrer en France.

Trois mois après le début  de l’affaire, Dominique Strauss-Kahn a pris la parole pour la première fois. L’ex-patron  du FMI s’est en effet exprimé  en français face aux journalistes devant son domicile de Tribeca, à New  York. Il a déclaré que c’était « la fin d’une épreuve terrible et injuste ». Puis, il s’est dit « soulagé pour [lui], pour sa femme, ses enfants, ses amis et tous ceux qui l’ont soutenu. » Par ailleurs, dans un communiqué   publié quelques minutes après la fin de l’audience, Dominique Strauss-Kahn  a  « remercié tous ceux qui l’ont soutenu dans ce cauchemar », précisant qu’il est « impatient de rentrer à la maison ». L’ancien directeur général du FMI s’est également dit « honoré » par la décision du juge.

Sur le trottoir de tribunal de New York, l’un  des avocats de DSK, Benjamin Brafman, a très brièvement évoqué les faits  survenus entre l’ex-patron du FMI et Nafissatou Diallo, le 14 mai dernier, dans la chambre 2806 du Sofitel de New York. « Ce  n’était pas une relation forcée. On peut peut-être avoir un comportement déplacé mais c’est différent d’un crime et cette  affaire a été traitée comme s’il s’agissait d’un crime », a-t-il déclaré aux  journalistes. Il a également salué Dominique Strauss-Kahn et son épouse  qui ont fait preuve, selon lui, « d’un cran  et d’une classe extraordinaire »

La riposte de Kenneth  Thompson

Kenneth Thompson était présent lors de cette ultime audience. A sa sortie du tribunal, lui  aussi a tenu à faire un point presse. Face aux centaines de  journalistes, il a déclaré que le procureur avait « abandonné une femme  innocente et (…) refusé le droit à la justice dans une affaire de viol », lorsqu’il a décidé d’abandonner les poursuites contre DSK. « Nous sommes déçus que le procureur n’accorde pas le même crédit à tous les justiciables », a-t-il ajouté.

Rappelons que Dominique Strauss-Kahn est  toujours visé par une plainte au civil de Nafissatou Diallo, plainte que la femme de chambre du  Sofitel a déposée au tribunal du Bronx, le 8 août dernier. Cependant, en cas de  procès, pour lequel Nafissatou Diallo pourrait obtenir des dommages et  intérêts, DSK ne sera pas obligé de retourner aux Etats-Unis. Par ailleurs, les avocats  de la jeune femme ont décidé de contre-attaquer en France. Mandaté par le  cabinet de Kenneth Thompson, Thibault de Montbrial a annoncé qu’il avait déposé plainte ce mardi pour tentative de subornation de témoin contre un  adjoint au maire de Sarcelles. Ce proche de DSK est accusé d’avoir fait pression sur une femme qui affirme avoir eu une liaison avec l’ex-patron FMI, pour la dissuader de témoigner.

Cette «  issue » est « regrette » par Me David Koubbi, avocat de Tristane Banon qui accuse DSK de tentative de viol. Dans un entretien accordé à 20Minutes.fr, l’avocat déplore donc cet abandon des charges contre l’ancien directeur général du FMI. « D’après les premières informations, les poursuites ont été abandonnées parce que Nafissatou Diallo aurait menti sur les éléments périphériques du dossier », a-t-il déclaré. « Je regrette cette issue. Je le regrette pour Nafissatou Diallo car je la crois », a-t-il ajouté. Alors que le PS salue cette décision du procureur – Martine Aubry faisait part ce matin de son  « immense soulagement » sur France Info -, le défenseur de Tristane Banon dénonce ces réactions. « On est en train d’assister à une séance d’autocongratulation des amis de DSK. Je trouve ça d’une indécence crasse », déplore-t-il sur 20Minutes.fr.

« L’enquête se poursuit »

Revenant sur l’agression présumée de sa cliente, survenue en 2003, l’avocat a par ailleurs annoncé que « Tristane Banon veut toujours que justice soit faite ». « Si j’avais eu l’ombre d’un doute sur ce dossier, je ne me serais pas engagé. (…) Et nous allons travailler en ce sens sans le spectacle américain », a-t-il expliqué au site Internet. Quant aux rumeurs qui voudraient que la plainte déposée par Tristane Banon soit classée sans suite, David Koubbi met les choses au point : « L’enquête se poursuit. La Brigade de répression de la délinquance aux personnes (BRDP) doit encore procéder à des auditions. » « L’affaire DSK en France ne fait que commencer », a-t-il également précisé. Rappelons qu’Anne Mansouret, la mère de Tristane Banon, était déjà montée au créneau ce matin, sur Europe 1. « La femme de gauche que je suis, elle est révoltée, elle est indignée », avait-elle déclaré.

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