imagesDe nombreux riverains ont sifflé le président de la République venu célébrer le centenaire de la mort du socialiste :

Qu’est-ce que les Français retiendront de l’hommage à Jean Jaurès prononcé hier par François Hollande à Carmaux ? Les rues bloquées et la place interdite au public rappelant les dispositifs policiers qui entouraient les déplacements de Nicolas Sarkozy ou le discours du chef de l’Etat s’appliquant à s’inscrire dans la filiation de la figure tutélaire du socialisme français ?

Les faits ou l’intention ? C’est à peu de chose près la même question qui va se poser aux députés PS d’ici au vote, mardi, de la programmation budgétaire. Selon qu’ils retiendront de la séquence politique ouverte par la défaite municipale le refus et l’impossibilité pour l’exécutif de créer un « choc de demande » réclamé par une centaine d’entre eux ou les quelques pas éventuellement faits en faveur des Français modestes.

Alors que le cercle des parlementaires socialistes décidés à ne pas voter le texte gouvernemental est en train de s’étendre (lire page 2), le chef de l’Etat a tenté hier de convaincre de son ancrage à gauche. « Pour Jaurès, pour nous, la République politique doit déboucher sur la République sociale », a-t-il commencé, au moment où une partie de la gauche lui reproche de n’être ni socialiste ni social-démocrate mais social-libéral. Parce qu’il n’a pas l’intention de changer de politique et que c’eût été voué à l’échec d’assimiler la rigueur à la « République sociale », François Hollande a plutôt cherché à ramener à lui Jean Jaurès –  « l’homme de toute la France » qui a su « s’élever au-dessus de son propre parti ». Ainsi, le leader socialiste, « avocat des réformes sociales, était assez lucide pour ne pas les concevoir sans la création de richesses ». Et « c’est au nom de la Justice que Jaurès s’adressait, au-delà des ouvriers, aux artisans, commerçants, entrepreneurs ». De quoi tenter un parallèle avec son pacte de responsabilité qui « est un grand compromis avec l’entreprise et tous ceux qui y concourent ». Et répondre même directement à ceux, « y compris de mes propres amis, qui se disent : mais pourquoi tant d’efforts pour réduire nos déficits, pourquoi faire des réformes que nos prédécesseurs n’ont pas osé engager ? ». Parce que « nous avons été élus, j’ai été élu, pour redresser la France », a répondu François Hollande.

S’adressant, bien au-delà de ses troupes, à tous les Français, le président a encore cité Jean Jaurès pour les inciter à la patience : « L’histoire enseigne la difficulté des grandes tâches, la lenteur des accomplissements. » Il s’est aussi appliqué à tourner à son avantage les travers personnels qui lui sont reprochés. Il est perçu comme hésitant et louvoyant ? Il a au contraire confié pour « mission » au gouvernement Valls «  d’agir vite et de prendre des risques » car « la France a besoin de réformes ». On lui reproche un excès d’optimisme qui lui a fait tarder à prendre la mesure de la crise ? Il positive. « L’optimiste selon Jaurès, c’était le courageux » et « le courage, c’est de supporter sans fléchir les épreuves ». La conclusion était toute trouvée : « Aujourd’hui, être fidèle à Jaurès, ce n’est pas de renoncer, pas d’abandonner, de céder parce que c’est difficile, c’est tout le contraire. » Pas sûr que cela rassure les députés socialistes.

Elsa Freyssenet pour lesechos.fr

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