il y a des icônes républicaines qu’on ne peut pas critiquer. Jules Ferry, le fondateur de l’école gratuite et laïque pour tous en fait partie. François Hollande a donc décidé de rendre hommage à l’homme de la IIIème République dès le premier jour de son mandat, et c’est tant mieux.

François Hollande a pourtant choisi de rendre hommage à celui qui a laissé dans les livres d’histoire ses déclarations sur les civilisations supérieures et inférieures. Petit extrait d’un discours prononcé le 28 juillet 1885, que vous retrouverez sur le site de l’Assemblée Nationale :

« Messieurs, il y a un second point, un second ordre d’idées que je dois également aborder, le plus rapidement possible, croyez-le bien : c’est le côté humanitaire et civilisateur de la question. Sur ce point, l’honorable M. Camille Pelletan raille beaucoup, avec l’esprit et la finesse qui lui sont propres ; il raille, il condamne, et il dit :  » Qu’est-ce que cette civilisation qu’on impose à coups de canon ? Qu’est-ce, sinon une autre forme de barbarie ? Est-ce que ces populations de race inférieure n’ont pas autant de droits que vous ? Est-ce qu’elles ne sont pas maîtresses chez elles ? Est-ce qu’elles vous appellent ? Vous allez chez elles contre leur gré, vous les violentez, vous ne les civilisez pas.  » Voilà, Messieurs, la thèse. ; je n’hésite pas à dire que ce n’est pas de la politique, cela, ni de l’histoire : c’est de la métaphysique politique. (…) Et je vous défie -permettez-moi de vous porter ce défi, mon honorable collègue, Monsieur Pelletan – de soutenir jusqu’au bout votre thèse, qui repose sur l’égalité, la liberté, l’indépendance des races inférieures.
Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit sur les races inférieures. (…) »

Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures.(…)

Le parti républicain a montré qu’il comprenait bien qu’on ne pouvait pas proposer à la France un idéal politique conforme à celui des nations comme la libre Belgique et comme la Suisse républicaine ; qu’il faut autre chose à la France : qu’elle ne peut pas être seulement un pays libre ; qu’elle doit aussi être un grand pays, exerçant sur les destinées de l’Europe toute l’influence qui lui appartient, qu’elle doit répandre cette influence sur le monde, et porter partout où elle le peut sa langue, ses mœurs, son drapeau, ses armes, son génie.  »

Bref, du Guéant dans le texte (ou plutôt l’inverse). La différence, c’est que Jules parlait de « races » lorsque Claude parlait de « civilisation ». Le sens du mot « race » est daté, et avait à l’époque un sens plus proche du mot « civilisation » d’aujourd’hui avant qu’un autre Claude, Lévi-Strauss celui-là, ait pu beaucoup apporter à la différenciation des deux termes.

Pendant la campagne, hiérarchiser les civilisations choquait le Parti Socialiste. Ça ne le choque plus apparemment. Libération titrait même « Guéant, la voix de Le Pen ». On s’étonne alors que ces gens et les associations ne soient pas plus rapides pour dénoncer le fascisme environnant autour des premières décisions politiques de François Hollande…

Je me fais ici le porte-voix d’une critique à laquelle je ne souscris pas, d’abord parce que je pense que le discours de Claude Guéant sur les « civilisations inférieures » était justifié, Henri Gaino s’en étant plusieurs fois expliqué, tant sur un plan historique, littéraire, philosophique qu’ethonologique. Contrairement à ce que dit l’idéologie relativiste de gauche, toutes les civilisations ne se valent pas. Comme le disait l’ex-Ministre de l’Intérieur, « celles qui défendent la liberté, l’égalité et la fraternité, nous paraissent supérieures à celles qui acceptent la tyrannie, la minorité des femmes, la haine sociale ou ethnique ».

L’autre enseignement de l’héritage de Jules Ferry est oublié : il conceptualisait un ministère public en charge de « l’instruction publique », et non de l’éducation nationale. C’est en effet aux parents d’éduquer leurs enfants, le rôle de l’école étant « de transmettre et d’instruire ». On l’oublie trop souvent.

(sources : Leblog du malpensant)

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