Immigration:le test de la journee « sans nous »

Ce ne sera pas une grève mais un moment symbolique : en appelant à la mobilisation le 1er mars, le collectif « 24 heures sans nous, une journée sans immigrés » entend « démontrer l’apport indispensable de l’immigration » à la France, en particulier son poids dans l’économie. Elle vise aussi à exprimer l’exaspération d’une nouvelle génération d’immigrés et d’enfants d’immigrés à l’égard des « dérapages » et des propos stigmatisant de plus en plus fréquents dans le discours politique.

En France, le mouvement, qui se veut apolitique, cherche avant tout, en cessant de consommer et/ou de travailler, à « marquer la nécessité de la participation des immigrés à la vie de la cité ». Il faut savoir que ce mouvement  s’est rapidement tissé via la toile d’ internet où un collectif appelle les migrants, les Français nés de parents étrangers et ceux qui veulent protester contre la politique d’immigration à cesser toute activité économique pendant une journée.C’est une journaliste franco marocaine, Nadia Lamarkbiqui, qui est l’origine de ce mouvement. Elle avoue avoir été « surprise par l’engouement rencontré sur internet » via un site, un blog et une adresse Facebook qui compte déjà 5.000 fidèles. Elle n’envisageait qu’une action à Paris mais « déjà 10 comités se sont créés en province, rejoints par des chercheurs, des politiques, des syndicats, de grandes associations comme le Réseau éducation sans frontières, ainsi que de nombreux citoyens ». »Nous voulons ainsi exprimer un véritable ras-le-bol de voir les immigrés utilisés par les politiques comme des boucs émissaires en période de crise économique et d’élections ».

Dans un « manifeste » publié sur son site, le collectif appelle les « immigrés, descendants d’immigrés et citoyens conscients de l’apport essentiel de l’immigration » à « cesser de consommer et /ou de travailler » le 1er mars 2010 marquant le cinquième anniversaire de l’entrée en vigueur du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA), qui instaurait une immigration « choisie » sur des critères économiques.

« Pour la première fois en France, nous décidons de ne pas participer à la vie de la Cité », poursuit le texte. « Par cette absence, nous voulons marquer la nécessité de notre présence ».

Ce boycott « vise à montrer que les immigrés sont une richesse au sens propre et figuré, des éléments moteurs de l’économie et de la société », souligne Mme Lamarkbi.

En réalité, leur apport n’a jamais été mesuré. A la différence d’autres pays, comme la Grande-Bretagne ou l’Espagne, la France n’a jamais cherché à connaître l’impact de l’immigration sur son économie.

Les immigrés occupent pourtant une part non négligeable dans la population active. Selon les dernières données tirées du recensement par l’Insee, en 2007, 2,4 millions d’immigrés résidant en France métropolitaine déclaraient travailler ou se trouver au chômage : ils représentaient 8,6 % des actifs.

Si l’on s’en tient à la seule population active occupée (hors chômeurs), leur part se maintient même à un niveau plus élevé : de 10,7 % en 1995, elle s’établissait à 11,3 % en 2007, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). « Cette stabilité de la présence des immigrés dans l’emploi total montre que quelle que soit la conjoncture, on ne s’en passe pas », relève  jean Pierre Garson, chef de la division des migrations internationales de l’OCDE.

Cette stabilité globale masque une situation contrastée selon les secteurs. Mais, contrairement à une idée reçue, les immigrés sont loin de travailler dans les seuls secteurs en déclin que sont l’agriculture ou l’industrie. Leur présence, bien qu’en recul, reste forte dans la construction. Elle l’est cependant plus encore et tend à croître dans les services. Comme le reste de la population en emploi, les immigrés travaillent désormais majoritairement dans le tertiaire. Dans certaines activités, comme les services domestiques et l’hôtellerie-restauration, ils représentent même plus de 20 % de la main-d’œuvre.

Espérons tous que ce but louable en soit ne soit pas encore une manœuvre pour nous faire avaler de futures couleuvres !!!

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  1. C.Martel

2 commentaires

  1. Expérience intéressante.. mais guère représentative de l'impact global de l'immigration ! Quid des prisons, des écoles et des hôpitaux ? Est-il aussi prévu une journée "sans immigrés" dans ces lieux ? Va-t-on tester les dépenses de sécu "avec immigrés" et "sans immigrés"? La violence scolaire "avec" et "sans" immigrés ? Va-t-on évaluer la proportion immigrés/non immigrés dans les rentrées totales d'impôts pour l'État ? A ce petit jeu, on risque fort d'avoir des surprises, qui contrediraient le but louable annoncé !

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