Edwige Antier relance le débat entre pro et anti-fessée.

Edwige Antier est pédiatre, mais elle est aussi députée UMP. Et à quelques jours du vingtième anniversaire de la Convention internationale des droits de l’enfant, elle a décidé de relancer le débat sur La fessée. Convaincue du mal de la « petite » raclée, elle a annoncé qu’elle déposerait une proposition de loi visant à interdire les châtiments corporels. Objectif : rattraper le retard de la France sur les autres pays européens. En Suède, la fessée y a été interdite, il y a déjà 30 ans. La pédiatre affirme que contrairement aux idées reçues, cette correction ne vise pas à éduquer son enfant. En réalité, elle participerait à banaliser la violence : « plus on lève la main sur un enfant, plus il devient sournois, agressif et menteur ».

De son côté, Xavier Bertrand, le secrétaire général de l’UMP, s’est opposé à une loi contre la fessée qui irait, selon lui, à l’encontre de la « responsabilité parentale ». « une loi qui rentre dans la sphère privée pour dire ‘on interdit la fessée’, qui intervient à la place des parents, non là, je crois qu’il ne faut pas aller trop loin. Il ne faut pas trop de lois. », a-t-il déclaré dimanche sur « BFM ».

Pour la pédiatre et députée UMP, la fessée doit être purement et simplement bannie en France. A tel point qu’elle dépose une proposition de loi visant à interdire ce châtiment corporel. Elle nous explique pourquoi…

Pourquoi vous opposez-vous à la fessée ?
Parce que c’est de l’anti-éducation ! Voilà 40 ans qu’en tant que pédiatre je constate les dégâts de la fessée, des claques, des tapes, petites ou grandes. Je guide plutôt les parents vers une éducation positive. Les parents d’aujourd’hui sont très pressés, le seul mot que l’enfant entend parfois est « vite, vite ! ». Parfois, on ne prend pas le temps de comprendre l’enfant, on tape, ce qui très tôt exerce votre enfant à la confrontation. Et lui va se dire « même pas mal ! » et continuer. Toutes les études le montrent : les fessées et les châtiments corporels, que ce soit pincer le bras, le tirage d’oreille ou la tape sur la tête, poussent les enfants à être sournois, menteurs, agressifs et insolents. Ils développent aussi une baisse d’estime de soi.

Vous ne pensez pas que la fessée est parfois méritée ?
Il n’y a de bonnes fessées que pour ceux qui les donnent, pas pour les enfants qui les reçoivent ! Beaucoup d’enfants se convainquent qu’ils méritent cette fessée, parce qu’ils ont fait des bêtises. Mais, au fond d’eux, ils ne savent pas vraiment pourquoi. Et bien souvent, ils recommencent ! Dans mon cabinet, j’avais encore un papa qui me disait hier qu’il menaçait son enfant avec « Tu vas t’en prendre une, je compte jusqu’à trois » : cela ne forge pas le respect…

Quelles sont les alternatives à la fessée ?
Lorsque l’enfant transgresse des interdits ou provoque ses parents, il faut lui dire « non, mais ». Utiliser le « non » mais toujours placer du positif à côté du négatif. « Tu ne touches pas ce téléphone mais nous allons faire de la peinture ». La communication, la disponibilité et le partage sont essentiels. Si l’enfant est provocateur, mettez-le au coin. Chacun chez soi ! Les mères ne sont pas inépuisables, les mères ne sont pas des robots, mais on peut mettre des limites dans le respect, avec une fermeté tranquille. Il faut être un guide, pas un chef !

Est-ce que la fessée est plus féminine que masculine ?
Les mamans tapent autant que les papas, mais elles le font avec plus de culpabilité, elles savent que cela ne sert à rien. Les papas le revendiquent plus.

Qu’est-ce que vous préconisez ?
En tant que députée, je propose que l’abolition des châtiments corporels soit inscrite dans le code civil, l’article serait lu aux parents lors du mariage : on ne va pas traîner les parents au pénal ! Mais si des parents sont repérés dans leur entourage ou par l’école donnant une fessée, on leur rappellera le code civil et s’ils recommencent, ils devront faire un stage de parentalité, comme en Allemagne. En Suède, la fessée est interdite depuis 30 ans. 70% des parents suédois pensaient alors que c’était impossible d’éduquer un enfant sans fessée, ils ne sont plus que 10% à le penser aujourd’hui. La loi est également passée dans des pays latins, comme au Portugal, à Chypre ou en Italie.

Votre proposition a-t-elle des chances de ne pas rester qu’un projet ?
C’est inéluctable ! 18 pays dans l’Europe ont déjà interdit la fessée. Nous avons suffisamment de recul pour que cela change aujourd’hui en France et que cette loi protège les enfants et fasse diminuer la maltraitance.

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