Un parc? Quelle horreur! Et pourquoi pas la prison. » J’ai croisé beaucoup de femmes, dont ma propre mère, qui étaient émues qu’on mette un bébé dans son parc quand il commence à vagabonder. Indignation sur le mode « ça me fait penser à une cage ». Moi aussi, ça me fait penser à une cage, mais c’est ça qui est bien. Quand, au bout de quatre heures de garde, j’ai envie de faire pipi, je trouve bien agréable de laisser mon animal derrière les barreaux plutôt que de le voir, par la porte entre-ouverte des toilettes, courir dans la cuisine et avaler tout le Mir Laine tandis que j’essaie d’uriner le plus vite possible.
Ce qui m’étonne un peu, c’est que personne ne semble être scandalisé par les berceaux. Après tout, ce n’est pas autre chose qu’un parc aux proportions modifiées. D’ailleurs, on ne dit pas « cage », mais quand même « lit à barreaux ».
Il y a tout de même un moment où on est obligé de concéder que son usage est la privation de liberté. Par exemple, le soir, quand on couche l’enfant, parfois, il n’a pas envie de dormir et il pleure. Pendant ce temps, nous, on s’ouvre une bouteille de pinard en rigolant parce qu’on sait qu’il ne pourra pas sortir: il est dans son lit à barreaux (Que ceux dont le rejeton s’endort comme une fleur au moment où il pose sa tête sur l’oreiller soient victimes d’un redressement fiscal). Ah.
Puis vient le temps de passer au grand lit et débutent les incessants allers-retours du lit-de-papa-et-maman où se fourre le gamin en douce au super-lit-qu’on-t’a-acheté-chéri-regarde-les-draps-sont-de-toutes-les-couleurs. (Que ceux dont les enfants ne se sont jamais levés de leur grand lit soient touchés par une mycose persistante). Privés de barreaux, les parents doivent alterner persuasion et menaces pour parvenir à coucher la bête, et quand on peut enfin ouvrir notre bouteille de pinard, il est largement l’heure d’aller au lit pour les parents aussi. C’est toute la limite du berceau : à un moment l’enfant grandit et personne ne fabrique de lit à barreaux en 90x200cm, même pas Ikea.
Personnellement, ayant accouché d’un singe, j’ai rapidement vu les limites de ces petits lits. En effet, il manque les barreaux de la partie supèrieure du couchage. Ben oui, le trou au dessus, par lequel on met l’enfant dans le lit. Peu avant ses deux ans, Ulysse a donc pris l’habitude de se suspendre comme un oiseau sur la barre latérale de son lit puis de sauter par terre et de se balader en pleine nuit dans l’appart. Il m’arrivait donc, vers 2 heures du matin, d’être réveillée par le petit bruit de sucion de son index dans sa bouche et de découvrir dans la pénombre, la tache blanche de son doudou qui flottait comme un petit fantôme aux abords du lit. La flippe.
Je ne sais plus comment on s’est sorti de cette sombre histoire. Mais la raison pour laquelle j’y repense, c’est que ma fille approche de cet âge. Et qu’elle est encore plus accrobate que son frère.

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