De nos jours, il est  de plus en plus rare ,en politique de rencontrer des hommes qui au delà d’une quête de pouvoir personnel défende de véritables convictions  et sont ,pour ce faire, capable de prendre des décisions radicales . Didier leroux fait parti des hommes de cette trempe : malgré toute l’énergie et  l’ investissements personnels  déployés pour son  parti, alors qu’ il estime ne plus retrouver les valeurs qu’il aime à défendre., il préfère démissionner ….

1/ N’avez-vous pas l’impression que le même schéma qu’en 1995 est entrain de se reproduire pour vous ? Il apparait pourtant clairement  évident que ni un J.Lafleur essayant de vous «  Balladuriser » ni un H.Martin avec ses désidératas d’UMP ne peuvent vous influencer  dans votre but politique donc  peut -on affirmer qu’après une alternative à J.Lafleur il y aura une alternative à H.Martin ?

DIDIER LEROUX:
Non je ne le crois pas. En 1995, lorsque j’ai créé l’UNCT, Jacques Lafleur et le RPCR dominaient le paysage politique de plusieurs coudées et malheur à celui qui n’était pas d’accord et qui le disait. Je n’avais pas d’expérience politique et il fallait faire ses preuves. Les choses ont changé et la parole s’est libérée. Cela dit, on a l’impression qu’il y a des nostalgiques du Grand Parti qui voudraient recréer les vieux schémas et rassembler  tous les non-indépendantistes sous une seule bannière, celle d’ l’UMP… Il est clair que ce schéma ne me convient pas. Je fais de la politique pour la Nouvelle-Calédonie. Il ne faut pas vouloir plaquer sur le paysage calédonien les étiquettes métropolitaines.  Je suis sincèrement convaincu qu’il est indispensable que les formations politiques d’ici soient capables de s’entendre sur l’essentiel. Pas besoin pour autant d’appartenir tous à la même formation politique ! Je veux conserver la liberté de dire ce qui est bon pour l’intérêt général et de critiquer ce qui me paraît mauvais. Je suis non-indépendantiste, attaché au progrès social, et je veux plus de transparence et d’honnêteté dans la gestion des affaires publiques. Je peux constituer une alternative à tous ceux qui ne partagent pas ces valeurs…

2/ pensez vous créer un nouveau parti ?

Et si oui pensez vous réellement pouvoir échapper aux vieux schémas, qui ont la dent dure, en évitant « de recréer une logique bipolaire indépendantiste/anti –indépendantiste  de confrontation »qui plus est en gardant votre indépendance politique ?

DIDIER LEROUX:
Créer un nouveau parti ? Il est trop tôt pour le dire… ! Mais les résultats des dernières élections provinciales ont montré qu’il y avait en Province Sud une majorité d’électeurs non-indépendantistes qui ne se reconnaissaient pas dans le Rassemblement, même si ce parti est arrivé en tête. Je crois que tous ces gens là n’ont pas envie de se retrouver sous la bannière unitaire de l’UMP comme on le leur propose. Il faudra bien que ces gens là soient représentés. Depuis 1995 je n’ai pas changé de ligne. La principale caractéristique d’un centriste c’est son indépendance… et j’ai toujours refusé le découpage de l’opinion publique calédonienne entre un bloc indépendantiste et un bloc non-indépendantiste, parce que cela revient pratiquement à mettre les noirs d’un coté et les blancs de l’autre, dans des partis différents. Lorsque nous aurons réglé le problème de notre avenir institutionnel –et j’espère que l’on arrivera à trouver rapidement une solution qui convienne au plus grand nombre- on pourra véritablement voir des partis véritablement pluriethniques rassembler des gens de toutes les communautés. Il y aura des conservateurs, des centristes, des gens de gauche…

3/A la veille du referendum pour ou contre l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, ne trouvez vous pas utopique d’envisagez une « sortie de l’accord de Nouméa » ?Ne pensez vous pas qu’au contraire, tout, notamment le système de vote visant, il faut bien le dire, a asseoir une majorité favorable à l’indépendance, tend à ce que cette accord soit irrémédiablement la base, non plus d’une grosse concession aux indépendantistes, mais de la nouvelle ère « Kanaky » ?

DIDIER LEROUX:
Un référendum pour ou contre l’indépendance était prévu dans les Accords de Matignon et devait être organisé en 1998. On a préféré rechercher une solution consensuelle et la soumettre par référendum aux Calédoniens. Cela a donné l’Accord de Nouméa. Cet Accord, qui nous gouverne actuellement, a prévu de nouveau que l’on demande aux Calédoniens de se prononcer « pour » ou « contre » l’indépendance à partir de 2014. Il n’y a pas de majorité pour l’indépendance. Donc au soir de ce référendum, il y aura des vainqueurs et des indépendantistes seront vraisemblablement battus et se sentiront humiliés. Et l’Accord de Nouméa prévoit qu’il faudra recommencer deux ans plus tard… et si on dit encore « non » à l’indépendance, on refera la même chose un troisième fois !

Je ne crois pas qu’il soit utopique d’imaginer qu’on puisse proposer aux Calédoniens d’approuver par référendum une nouvelle solution, définitive cette fois, acceptable par le plus grand nombre. En tous les cas, je défends cette option !

4/Est-ce pour cela, qu’alors qu’on vous imagine très certainement déçus de ce nouveau « revers »,vous n’envisagiez pas de quitter le paysage politique calédonien ?
Ce désir d’aller au bout  de « votre lutte originelle »et d’être le premier homme politique à avoir été transparent , irréprochable ,fidèle à  ses idées et à son électorat ?

DIDIER LEROUX:
Lorsqu’on s’engage dans une campagne, on le fait pour réussir. Si le résultat de l’Avenir Ensemble n’a pas été bon lors des dernières élections provinciales, c’est de notre faute et j’en porte une part de responsabilité, car en tant que Président de l’Avenir Ensemble, je n’ai pas su ou pas pu imposer mes vues. J’en ai tiré la conclusion en démissionnant de la présidence du mouvement. Maintenant, j’entends que certains élus de mon mouvement s’enthousiasment pour l’idée du grand parti proposé par Pierre Frogier et annoncent qu’ils ont demandé à Paris le rattachement de l’Avenir Ensemble à l’UMP. Alors je dis : Ce sera sans moi ! Et je démissionne de l’Avenir Ensemble… Je ne considère pas cela comme un « revers », bien au contraire. C’est l’occasion de réaffirmer les valeurs que je défends.

Je ne considère pas qu’il soit exceptionnel d’être fidèle à ses idées et à son électorat. Cela devrait être la règle… Je ne suis à la recherche d’aucun poste, et même si je l’étais, je ne vois pas pourquoi je renierais mes idées pour un poste ou un avantage matériel quelconque. Le pouvoir ne m’intéresse que dans la mesure où il me permet de faire progresser es idées que je considère comme bonnes pour la Calédonie et sur lesquelles je me suis engagé devant les électeurs.  Le pouvoir pour le pouvoir ne m’intéresse pas.

Ma conclusion personnelle:
J’applaudis: Voilà Un homme qui a de quoi redonner foi à un electorat souvent déçu devant l’attitude tendancieuse et les paroles sibyllines de leurs élus. Didier Leroux ne pratique pas la langue de bois et  entend bien ne pas se galvauder, il défend des valeurs allergiques aux vieux schémas ,et il entend bien les défendre jusqu’au bout.
Jean-Raymond Postic n’aurait pas pu mieux dire quand il a affirmé que l’Avenir ensemble a « perdu son âme »en ne respectant pas la parole donnée à Didier Leroux.

leroux-didier

5 COMMENTS

  1. Bonjour M. Leroux,

    J’ai lu votre interview avec grand intérêt et j’aurais une question a vous poser.

    Vous dites: « Donc au soir de ce référendum, il y aura des vainqueurs et des indépendantistes seront vraisemblablement battus et se sentiront humiliés. »

    Pouvez vous me dire qu’est ce qui vous fait croire que les indépendantistes seront battus ?
    Je souhaite que cela soit le cas bien sur mais de la a le croire surtout avec le gel du corps électorale (quelle belle escroquerie et quel pied de nez aux valeurs de la république !!!).

    Avez vous des sondages la dessus, des chiffres que je ne connaitrait pas ou tout simplement des infos ? Je suis preneur.

    • Bonsoir Damien,

      Pour voter au référendum de 2014, il faudra avoir vingt ans de présence en NC. C’est à dire avoir été présent en Nouvelle-Calédonie dès 2004.
      Ce corps électoral, on le connaît, c’est celui qui s’est exprimé en 2004 aux Provinciales, puis en 2009 lors des mêmes provinciales, aux décès ou aux naissances près…
      Lors des consultations de 2004 et de 2009, le rapport entre les indépendanstistes et les non indépendantistes est voisin de 40/60 45/55 en faveur des non indépendantistes.

      C’est ce qui me fait dire -avec d’autres- qu’il n’y aura vraisemblablement pas de majorité pour l’indépendance en 2014… Cependant, si la question est posée lors d’un référendum « pour » ou « contre » l’indépendance, l’opposition sera frontale, la campagne exacerbera les passions et au soir du référendum il y aura des vainqueurs sans doute heureux, sans doute immodestes et arrogants et des perdants qui se sentiront humiliés… et le fossé entre eux se sera creusé ecore un petit peu. Et cela quel que soit l’issue du scrutin !

      Si nous pouvons éviter cela, je crois que nous nous en porterons mieux ! Et je pense que cette possibilité existe…

      Bien à vous,

      Didier Leroux

  2. Tout comme il existe un « eurocentrisme », Monsieur LEROUX nous ferait penser à un « Calédocentrisme » qu’il tenterait de porter sur les fonts baptismaux. Soit, pourquoi pas ? Cependant, n’est-il pas nécessaire de rappeler que toute force politique émergente, à droite, au centre ou à gauche ne pourra pas faire l’impasse sur l’identité kanak. Toute solution d’avenir, dans n’importe quel domaine de la vie publique devra comporter cette symbiose (et non cette synthèse) entre l’identitité kanak et les autres identités présentes dans le Pays. Ce n’est que dans cette perspective que l’on pourra dépasser le schéma , chaque jour un peu plus éculé, de cofrontation entre « Indépendantistes » et ‘Non-Indépendantistes ». C’est comme cela que Monsieur LEROUX pourra proposer un « futur centriste » comme d’autres devront oeuvrer pour un projet d’avenir de droite ou de gauche pour la « Kanaky-Nouvelle-Calédonie » au degré de souveraineté consensuellement choisi.
    Á partir de cette constatation en forme de charpente structurante, il sera loisible à Monsieur LEROUX d’habiller de chair toutes ses diverses propositions. On peut en débattre s’il le désire.

    • Bonjour,
      Votre remarque sur l’identité kanak est intéressante… Je suis d’accord pour en débattre. Ce serait plus facile de le faire de vive voix dans un premier temps, car le sujet est vaste et il faut le délimiter. Si je comprends bien votre réflexion (merci de me dire si mon interprétation est correcte!) elle pourrait s’articuler autour de la question : « Comment intégrer l’identité kanak dans une solution de sortie de l’accord de Nouméa ? »
      S’il s’agit bien de cela, la réflexion qui vient immédiatement en suivant c’est : « Quelle est la place de la revendication identitaire kanak, dans la revendication indépendantiste ? »…
      En d’autres termes: « Qu’est ce qui fait qu’une majorité de kanak est aujourd’hui indépendantiste ? » S’agit-il d’une revendication identitaire? D’une revendication économique, liée à l’impression d’être les laissés pour compte du développement? D’une crainte d’être en permanence rendus minoritaires dans le pays parce que « ici c’est la France et qu’on ne peut pas empêcher les Français (de métropole) de venir s’installer » ?
      Si vous souhaitez en parler librement de vive voix, merci de m’appeler au 41 31 04 afin que l’on déblaie le terrain….

  3. « Ce corps électoral, on le connaît, c’est celui qui s’est exprimé en 2004 aux Provinciales, puis en 2009 lors des mêmes provinciales »
    – d’après Rock Wamytan et son comparse Mathias Chauchat vous faites/faisiez erreur Monsieur Leroux

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