Mathias Waneux, élu d’Ouvéa et ami de Mathieu Kassovitz, a assuré lundi que le film « L’ordre et la morale » prône la « réconciliation », alors que le seul exploitant de Nouvelle-Calédonie l’a jugé trop sensible pour être mis à l’affiche à Nouméa.

« C’est un film qui s’inscrit dans le cadre du devoir de mémoire et du processus de réconciliation », a déclaré à l’AFP M.Waneux, qui a travaillé dix ans avec Mathieu Kassovitz et son équipe à l’élaboration de ce film, qui relate le drame d’Ouvéa en avril-mai 1988.

« Ceux qui disent que les gens d’ici ne sont pas mûrs pour le voir ont tort car jamais aucun film au monde n’a donné lieu à autant de démarches de rapprochement humain », a-t-il affirmé.

Acteur dans le film de M. Kassovitz, Mathias Waneux est un élu indépendantiste de la province des îles Loyauté.

Vendredi dernier, le seul exploitant de salles Le distributeur local s’est désisté et suspend ainsi, de facto, la diffusion du film, qui était prévue, comme en France, le 16 novembre. Il ne souhaite plus diffuser le film » sous prétexte qu’il attiserait les rancoeurs. Sic. « Les cinémas Hickson ont le monopole et je m’y attendais. Il y a eu des pressions politiques, bien évidemment », a déclaré à l’AFP Macky Wéa, un des acteurs du film.

Douglas Hickson, patron de Cinécity, a qualifié le film de « très caricatural, qui rouvre des plaies qui s’étaient cicatrisées ». « Nous sommes une entreprise de divertissement, alors que ce film est un film polémique. Nos salles ne sont pas le lieu approprié pour le présenter », a-t-il déclaré. Divertissement = abrutissement ?

Le film retrace l’épisode le plus tragique de l’histoire récente du Caillou lorsqu’en pleine élection présidentielle en 1988, une prise d’otages orchestrée par un commando de kanaks indépendantistes s’était terminée dans un bain de sang, avec la mort de six militaires et 19 Kanaks.

Ce drame, puis l’assassinat un an plus tard en 1989 à Ouvéa du leader indépendantiste, Jean-Marie Tjibaou, ont débouché sur de nombreuses démarches de réconciliation entre les habitants d’Ouvéa, avec la gendarmerie et entre clans kanaks.

« On n’a pas demandé de retour d’argent pour ce film. Ce qui importe pour nous c’est le récit de l’histoire à la lueur de ce que les gens d’Ouvéa ont vécu », a également indiqué M.Waneux, qui a organisé une douzaine de projections en petit comité.

Durant le week-end, il a été montré au haut-commissaire de la République puis à des responsables de la gendarmerie, qui selon M.Waneux, ont eu « une réaction positive ».

A Nouméa, un représentant de la production, qui n’a pas souhaité s’exprimer, aurait entamé des discussions avec la salle de cinéma.

« On trouvera de toute façon d’autres créneaux pour diffuser le film, en attendant, tout cela lui fait beaucoup de publicité », a ajouté M.Waneux.

Cet acte de censure révèle une volonté de penser à la place des citoyens. Proprement scandaleux sur le territoire français. C’est indigne d’une démocratie et d’un pays vantant la diversité culturelle. Que fait le Ministère de la Culture?

Kassovitz est bien plus critique sur l’appareil de l’Etat français et l’Armée que sur les indépendantistes, pour lesquels on sent davantage d’empathie. mais les rôles et responsabilités sont assez équilibrés.

Les avant-premières sont donc reporter aussi bien à Ouvéa (le 29 octobre) qu’à Nouméa (le lendemain).

Mathieu Kassovitz s’est déclaré choqué, évoquant des pressions politiques. « On s’est battu dix ans pour faire ce film, personne n’a réussi à nous empêcher et tout à coup le dernier maillon de cette chaîne cède, c’est impossible… Ce serait très fort s’ils arrivaient à censurer un film au dernier moment », déclare-t-il, visiblement abattu, dans une vidéo en ligne sur le site du quotidien Presse-Océan.

8 COMMENTS

  1. La question n’est pas d’être mûrs ou pas pour voir ce film qui est tiré de faits réels, mais ne peut en rien prétendre être la vérité.
    La question est de savoir si les uns et les autres ont bien compris que ce passé est le notre et qu’il ne peut être remis en cause, car ce qui nous pend au nez c’est la colère de la jeunesse qui n’hésitera pas à demander « justice ».
    En effet, comment faire comprendre aujourd’hui que c’est l’amnistie qui a permis les accords…
    Ce n’est pas le film en lui-même qui pose problème c’est ce qu’il va générer comme questionnements et incompréhensions….

    Mais je me trompe peut-être… En fait je souhaite me tromper !!! J’espère même être complètement à coté de la plaque…
    Pourtant quelque chose me dit que….

  2. Le censurer serait pire que de le projeter et le fait que seulement une petite élite aurait droit à une projection « en publique restreint » ne fait qu’empirer la chose.
    Soit on le montre tout le monde ou à personne et le faisant interdire par la CSA.

  3. Bonjour , 20 ans c’est peu pour exploiter financièrement au cinéma un tel drame !
    Car que l’on ne s’y trompe pas , il ne s’agit pas d’un documentaire historique ni d’une thèse universitaire (ou d’historien) mais bien d’une fiction à but commercial (Droit d’exploitation , places tarifiées etc etc ) . Il s’agit d’un film de fiction basé sur un fait réel tout simplement , surement très bon d’ailleurs ! Avec , comme pour toute fiction , la sensibilité du réalisateur ! Cela n’a pas la rigueur historique d’une thèse . Trop de personnes présentes à l’époque sont encore là , certains ont même encore des responsabilités politiques . Ce film arrive trop tôt , il n’y a qu’à voir les remous provoqués en métropole (je sais c’est un gros mot , désolé !) lorsqu’une fiction sur la guerre d’Algérie sort … Et pourtant c’était il y a 50 ans …
    Mathieu reviens dans 20 ans avec ton film , ou alors fais un film sur le bagne !
    Z6PO .

  4. après avoir beaucoup lu sur la période et le sujet( curieux,comme je pense la plupart des gens de ma génération la trentaine )avoir un autre support avec une autre sensibilité ça peut etre interressant.
    hate de le voir
    on réagira après 🙂

  5. Je comprends les Hickson, ils ont tout à fait le droit de refuser de diffuser un film dans LEUR salle.

    S’il y’avait de la concurrence, elle ne se serait pas gênée pour diffuser le film et rafler le pactole, car à n’en pas douter il va y avoir du monde pour aller le voir ce film.
    Mais voila, il n’y en a pas, et le film ne passera pas de sitôt.

    Si les politiques avaient fait leur travail, avait aidé la concurrence à s’implanter ou à rester, pauvre Plazza reconverti en Tati, on en serait pas là aujourd’hui.
    Regardez le prix des places, je veux bien que les coûts en matériel aient augmentés, mais faire payer des places près de 1300fr cfp, alors qu’on payait moitié moins il y’a 15 ans…
    Le coût de la vie a doublé en 15 ans? Les salaires ont doublé en 15 ans? Je ne crois pas.

    A eux de développer les à côtés pour gagner de l’argent, leurs buvettes sont minables, les queues interminables, etc… Quand je vois les cinéma à l’étranger, notre « cinéplex » me fait mourir de rire (ou pleurer, c’est selon).

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