Des scientifiques aux religieux, tout le monde s’est emparé de l’affaire…

C’est jeudi que paraîtra le nouveau livre de l’astrophysicien britannique Stephen Hawking, «The Grand Design», mais les extraits publiés la semaine dernière dans le Times font déjà couler beaucoup d’encre. En effet, le scientifique affirme clairement que l’univers n’a pas eu besoin de Dieu pour être créé. Celui-ci se serait en fait formé de lui-même, en toute logique des lois de la physique, explique Stephen Hawking.

L’hypothèse du célèbre astrophysicien a évidemment fait immédiatement réagir les institutions religieuses. L’archevêque de Canterbury, Rowan Williams, tête religieuse des Anglicans, lui a répondu du tac au tac vendredi dernier, toujours dans le Times: «Croire en Dieu, ce n’est pas une question de savoir comment on relie une chose à une autre dans l’univers. C’est la croyance dans le fait qu’il y a un être intelligent, vivant, et que tout ce qui existe dépend à la fin de son activité». «La physique en elle-même ne résoudra pas la question de savoir pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien», a-t-il ajouté, cité par France 24. Les scientifiques se divisent sur la question

Du côté des scientifiques, l’impression est mitigée. Dans le Washington Post, James Trefil, professeur de physique à la George Mason University de la capitale américaine, salue les réponses apportées par Stephen Hawking. «Il (son livre) pénètre dans la plus profonde des questions de la cosmologie moderne, sans une seule équation (…). Et qui sait? Peut-être qu’au final, l’idée d’un univers multiple se révélera la bonne!», s’enthousiasme James Trefil.

Au contraire, pour le Britannique John Lennox, «scientifique et chrétien», la théorie de son compatriote est «maladroite»: «Il nous demande de choisir entre Dieu et les lois de la physique, comme si elles étaient nécessairement en conflit mutuel». «Contrairement à ce que prétend Hawking, les lois de la physique ne peuvent jamais fournir une explication complète de l’univers. Les lois elles-mêmes ne créent rien, elles sont simplement une description de ce qu’il se passe sous certaines conditions», ajoute ce professeur d’Oxford dans le Daily Mail.

D’après John Lennox, ce sont peut-être des lois de la physique qui sont à l’origine de la création de l’univers, mais c’est bien Dieu qui est derrière celles-ci. «Pour moi, en tant que croyant, la beauté des lois scientifiques renforce ma foi en une force créatrice d’origine divine. Plus je comprends la science, plus je crois en Dieu», affirme le scientifique qui conclut que ce n’est pas «la nouvelle fusillade d’Hawking» qui va pouvoir «ébranler les fondations d’une foi basée sur des preuves».
Pour d’autres, «il n’y a rien de nouveau»

D’autres commentateurs, comme Tom Chivers, du Daily Telegraph, préfèrent relativiser. Pour celui-ci, la nouvelle thèse prononcée par Stephen Hawking «n’est pas révolutionnaire, c’est simplement une juste appréciation de nos connaissances actuelles». «Il n’y a rien de nouveau», ajoute ainsi le journaliste, estimant que «les croyants les plus sensibles n’auront aucune inquiétude à ce sujet».

Mais la nouvelle déclaration de Stephen Hawking rompt aussi avec ses propos précédents, le scientifique estimant jusqu’à présent que considérer Dieu comme le créateur de l’univers n’était pas incompatible avec la science. Et cela perturbe notamment Hugues Serraf, sur Slate.fr. «Franchement, faut suivre», attaque le journaliste, qui doute que le nouvel ouvrage de l’astrophysicien britannique soit aussi simple. «Oh pétard, je ne sais pas pour vous, mais moi, je ne suis pas plus avancé. Pourtant, s’il y a bien une chose que l’on aimerait savoir au-delà de la composition du prochain gouvernement, c’est si Dieu existe», ajoute-t-il.

INTERVIEW – L’astrophysicien franco-québécois répond aux questions de 20minutes.fr au sujet du nouvel ouvrage de Stephen Hawking qui paraît jeudi…

Un feu de paille. C’est ainsi qu’Hubert Reeves qualifie la polémique autour du nouveau livre de Stephen Hawking, dans lequel l’astrophysicien britannique remet en cause l’origine divine de la création de l’univers. Pour son confère franco-québécois, cette thèse est «un peu naïve» et «ne fait pas beaucoup avancer les choses». Entretien.

La thèse de Stephen Hawking est-elle nouvelle?
Non, ce n’est pas quelque chose de nouveau et cela me pose problème. Hawking suppose qu’au commencement, il y avait la gravité. Cela n’explique pas ce qu’il y avait avant. Hawking ne fait que relancer le débat: qu’est-ce qu’il y avait avant et d’où vient la gravité?

Est-ce alors la renommée internationale de Stephen Hawking qui donne de l’ampleur à cette affaire?
Oui, il y a une entreprise médiatique très importante autour de lui. Stephen Hawking est un excellent scientifique, mais je ne suis pas certain qu’il soit à l’origine de ces propos (son ouvrage est co-écrit avec le physicien Leonard Mlodinow, ndr).

Y a-t-il une confusion entre la science et la foi dans ses propos?
Oui, parce que la science ne peut pas répondre à la question de Leibniz: Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien? Elle ne peut pas dire non plus si telle chose est bonne ou pas bonne, ce n’est pas son domaine, son champ d’action. La science relie une chose à une autre chose, ce sont des «pourquoi emboîtés».

La science et la religion sont-elles donc incompatibles?
Elles ne sont pas incompatibles, mais il vaut mieux les séparer. La science vous dit comment faire les choses, comment cela fonctionne. Par exemple, elle vous donne les recettes pour faire des OGM ou des nanotechnologies, mais elle ne vous dit pas s’il est bon de les utiliser. Les questions de valeurs, du bien ou du pas bien, c’est du domaine de la religion. Celle-ci offre un point de vue hautement subjectif, elle ne peut rien prouver, alors que la science, elle, est objective. Ce sont deux discours différents. Cela n’empêche pas pour autant un très bon scientifique d’être croyant ou athée.

La science a-t-elle tout de même déjà pris le pas sur la religion?
Concernant la création de l’univers, on n’a pas avancé d’un pouce depuis des millénaires. Mais la bible n’est pas pour autant un livre scientifique, c’est un livre de sagesse, de croyances. Il s’agit de contes et légendes qui préexistaient et dont la bible s’est servie pour faire des contes moraux. Il y a justement des problèmes quand il y a des intrusions, quand la science ou la religion sortent de leur domaine. Ce fut le cas entre Galilée et les Dominicains qui ont, au nom de la religion, cherché à imposer comment le monde était fait. Galilée leur a répondu: «Dites-nous comment on va au ciel et laissez-nous vous dire comment va le ciel.»

Les questions autour des croyances ont-elles alors raison de se poser?
Oui, moi-même je me pose beaucoup de questions sur le sens de la vie, son existence. Elles se posent à tout le monde. Cet ensemble de questions reste profondément mystérieux et il faut vivre dans le mystère. Je ne crois pas qu’on puisse arriver à des réponses satisfaisantes. Moi-même, je reste dans l’interrogation.

1 COMMENT

  1. Hawking est coutumier des positions péremptoires et infondées. Dans une brève histoire du temps parue en 1989 ne dit-il pas que (je cite de mémoire):  » Tout en tenant compte des erreurs du passé où les physiciens pensaient la physique en passe d’être achevée (avant 1905 et la révolution relativiste – avant 1932 et la découverte du neutron), cette fois-ci je pense réellement que c’est le cas; Elle est achevée ». C’était quelques années après la découverte des bosons intermédiaires (en 1983 au CERN) qui avaient été prédits par Weinberg, Glashow et Salam dès 1967. Cette découverte qui confirmait à posteriori l’unification électrofaible devait plonger la physique dans une certaine euphorie pendant quelques années. D’où la prise de position (qu’il est préférable de ne pas qualifier) d’Hawking. Dans les années qui suivent et jusqu’à ce jour la situation c’est complètement inversée. L’unification de l’interaction forte dans un modèle analogue au modèle électrofaible est infirmée expérimentalement, la gravitation résiste aux tentatives d’unification et aujourd’hui il y a pléthore de modèles tous plus invérifiables expérimentalement les uns que les autres. D’où la déprime dont parle l’article. Alors, il faut prendre les positions d’Hawking pour ce qu’elles sont: Pas très sérieuses, mais très médiatiques.

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