La Terre et Vénus se rapprochent de 1,1 million de kilomètres par jour actuellement et l’éclat de notre voisine dans le ciel du soir atteindra prochainement son maximum.


Que vous soyez en ville ou en pleine nature, l’éclat de Vénus est immanquable dans le ciel du soir actuellement. La planète surplombe largement l’horizon sud-ouest après le coucher du Soleil et elle est de plus en plus brillante. Dans un environnement protégé des lumières artificielles, lorsque votre vue s’est habituée à l’obscurité à la fin du crépuscule, l’éclat vénusien est éblouissant et il éclaire le paysage nocturne au point, comme ici, de faire luire la neige et la glace qui couvrent le lac des Pises, dans le parc national des Cévennes. Au-dessus de Vénus, le point orangé de la planète Mars est visible à l’œil nu en milieu urbain, mais pour distinguer la lumière zodiacale dont la lueur lancéolée est perceptible autour des deux planètes, il faut se trouver sur un site éloigné des sources de pollution lumineuse. L’un des plus petits points sous le phare de Vénus est la lointaine planète Neptune (au bout de la flèche) ; cent mille fois moins éclatante (magnitude 8), cette planète est totalement invisible à l’œil nu. Cliquez sur l’image pour l’afficher en grand format et pour repérer cette lointaine géante.

Vénus et la Terre, respectivement la deuxième et la troisième planète en partant du Soleil, sont lancées comme deux bolides sur une immense piste de vitesse et, le 25 mars, Vénus dépassera notre planète à la corde sur cet anneau orbital immatériel. D’ici à la fin mars, la distance qui nous sépare de notre voisine va être plus que divisée par deux pour tomber à seulement 42 millions de kilomètres. Ce rapprochement rapide, près de 1,1 million de kilomètres par jour en ce moment, a une conséquence immédiatement visible : l’éclat de Vénus augmente spectaculairement dans notre ciel. Observable le soir après le coucher du Soleil sur la Terre entière – à l’exception des régions polaires australes où notre étoile ne se couche pas actuellement –, le point vénusien en devient presque éblouissant. Aux latitudes européennes, Vénus surplombe l’horizon sud-ouest de plus de trente degrés lorsque le disque solaire disparaît ; trente degrés sur le ciel cela représente à peu près la hauteur de trois poings bras tendu. Le diamant vénusien est donc extrêmement aisé à repérer, quel que soit votre site d’observation, en ville ou en pleine nature. Vous n’avez besoin d’aucun instrument, ni jumelles, ni télescope, seuls vos yeux et votre curiosité sont nécessaires.

L’éclat de Vénus va encore croître de près de 20 % avant d’atteindre son maximum vers le 20 février. Pour les spécialistes, sa magnitude sera alors proche de – 4,7, soit un éclat vingt fois plus puissant que celui de Sirius, l’étoile la plus brillante de la sphère céleste, que vous pouvez admirer en début de nuit au-dessus de l’horizon sud-est (utilisez la carte du ciel mensuel disponible dans ce billet). Après ce maximum, l’éclat de Vénus commencera à décroître, malgré le rapprochement régulier de cette planète, car nous observerons un croissant vénusien de plus en plus mince. L’aspect de Vénus est en effet variable en fonction de sa position apparente par rapport au Soleil et de la portion de sa face éclairée que nous pouvons voir depuis la Terre ; comme la Lune ou Mercure, Vénus a des phases, des quartiers, des croissants et une pleine ou une nouvelle Vénus. Nous sommes actuellement juste après le dernier quartier de Vénus et un croissant de plus en plus mince va se former durant les prochaines semaines. Les phases du disque vénusien ne sont pas visibles sans instrument, seule la différence d’éclat de la planète est perceptible à l’œil nu. Il faut une petite lunette ou un télescope et un grossissement d’une cinquantaine de fois pour distinguer l’actuel dernier quartier de Vénus, mais, en mars, des jumelles seront suffisantes pour suivre l’amincissement du croissant. Si vous ne possédez pas de jumelles, mais que vous avez un appareil photographique numérique, vous pourrez alors le fixer sur un pied pour qu’il soit bien stable, centrer Vénus dans le viseur et zoomer au maximum : lorsque le croissant vénusien sera devenu assez grand, vous le verrez sans peine sur l’écran de contrôle.

Comme Mercure et la Lune, Vénus nous présente des phases qui évoluent en fonction de la portion de la face éclairée par le Soleil visible depuis la Terre. Lors de sa conjonction supérieure, c’est-à-dire lorsque la Terre, le Soleil et Vénus sont alignés – mais pas forcément dans le même plan car l’orbite de Vénus est inclinée par rapport au plan de l’orbite terrestre –, nous pouvons voir une pleine Vénus toute ronde avec un diamètre apparent très petit car elle se situe à plus de 250 millions de kilomètres. À l’approche de la conjonction inférieure, comme actuellement, le croissant vénusien s’affine et son diamètre apparent croît considérablement car la distance avec la Terre diminue rapidement ; il peut alors mesurer un trentième du diamètre apparent de la Lune.

Le film accéléré du coucher de Vénus que je vous propose en conclusion a été réalisé le 19 janvier dernier au sommet du mont Aigoual, dans le parc national des Cévennes. Les filaments nuageux qui passent régulièrement devant Vénus font fluctuer son éclat et vous pouvez remarquer que ces fluctuations de luminosité sont également perceptibles sur la neige du premier plan qui reflète l’éclat de Vénus et des nuages. Une fois la nuit installée, la brume présente dans les vallées diffuse la lueur orangée de l’éclairage artificiel des villes situées en contrebas, mais cette gêne lumineuse s’estompe dès que l’on regarde plus haut et la voûte céleste fourmille d’étoiles. Au début du film, dans les lueurs encore bleutées du crépuscule, repérez les constellations du Cygne et de la Lyre sur la droite du champ, et celle du Dauphin au centre. Plus tard, la Voie lactée est visible à droite et le Carré de Pégase et Andromède font leur entrée par le haut du champ. La lueur de la lumière zodiacale est visible autour de Vénus et de Mars et elle se prolonge dans le ciel noir après le coucher de ces planètes. Remarquez la forme cotonneuse ovalisée de la galaxie d’Andromède (M 31) qui arrive dans le haut du cadre à la 48e seconde ; les passionnés pourront aussi distinguer la petite tache de la galaxie du Triangle (M 33) sur sa gauche. Les Pléiades déboulent à la fin du film qui est zébré par les passages d’avions dans tous les azimuts ! Si votre connexion est rapide, n’hésitez pas à regarder ce time-lapse en plein écran à la meilleure résolution disponible sur YouTube. Le vent était très faible, ce qui est plutôt rare sur ce site, et le silence presque total par moments était apaisant.

Du côté de la technique : time-lapse de 1 500 images prises avec un boîtier Sony Alpha 7s et un objectif Nikon de 14 millimètres diaphragmé à 3,2 ; chaque image est posée 10 secondes à 4 000 ISO.

Source : http://autourduciel.blog.lemonde.fr/2017/01/22/leclat-de-la-planete-venus-augmente-spectaculairement/?xtor=RSS-3208

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