Voila une analyse a mediter:
La présence importante de la France dans le Pacifique sud créé des tensions, certes moins prononcées que dans les années 1980 et 1990, mais toujours vivantes. Celles-ci ont en effet fait apparaître un certain rapport de force opposant l’Hexagone (dont la capitale se trouve à plus de 20 000 km) d’une part, et les grandes puissances anglo-saxonnes de la région que sont l’Australie et la Nouvelle-Zélande, d’autre part.

Cela s’explique en grande partie du fait de la Zone économique exclusive (ZEE) qui, grâce à la Nouvelle-Calédonie, à la Wallis-et-Futuna et à la Polynésie française, attribue à la France un espace maritime équivalant à 7,6 millions de kilomètres carré, soit le deuxième au monde en termes de superficie. Ainsi, l’État souverain se voit réservé l’exploration et l’exploitation des ressources biologiques, ce qui est primordiale pour la pêche dans la mesure où l’Océanie regroupe 25% des ressources halieutiques. Il est d’ailleurs considéré que plus de la moitié du thon mis en conserve et un peu moins de la moitié du thon frais vendu dans le monde viennent des ZEE du Pacifique sud. En plus de la pêche, l’Australie est intéressée par les gisements sous-marins et est actuellement en train d’explorer les fonds marins entre le Queensland et la Nouvelle-Calédonie en vue de déterminer la présence de réserves de pétrole.

La présence d’une puissance « exogène », de surcroit non-anglophone, n’est donc pas souvent appréciée par Canberra, qui y perçoit une forme de concurrence. C’est pour cette raison que le gouvernement australien s’est longtemps montré critique vis-à-vis de la politique française dans le Pacifique, que cela soit à cause des essais nucléaires à Mururoa ou par rapport à la ligne de conduite tenue en Calédonie lors de la période d’affrontements avec le FLNKS dans les années 1980.

Ces facteurs ont ainsi conduit l’Australie à mener une stratégie d’influence sur les peuples vivant dans les trois collectivités françaises d’Océanie, stratégie dont le but est de réduire la domination de la France. On peut entre autre citer la mise en place de programmes de bourses financés par l’Agence de développement australienne AusAID, qui permet à des étudiants de Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna et Polynésie française, de suivre leurs études supérieures au sein d’universités australiennes. De même, de nombreux étudiants anglo-saxons viennent chaque année dans les collectivités françaises afin de mener des travaux de recherche anthropologiques, vantant fréquemment les cultures locales et dénonçant les risques que peut apporter l’influence française sur leur survie. Les Néo-Zélandais insistent d’ailleurs fortement sur leur côté maori auprès des jeunes Polynésiens pour affirmer les liens culturels qui les lient. Ensuite, il est à noter les rapports entretenus entre Canberra et Wellington avec les mouvements indépendantistes calédoniens et polynésiens. Si, depuis la signature des Accords de Nouméa (1998), l’Australie se montre moins réceptive aux attentes du FLNKS, il n’en reste pas moins que le Central Queensland a récemment passé un accord avec la Province Nord de la Calédonie (gouverné par le parti nationaliste kanak) en vue d’établir un accord de coopération.

En réaction à ces actions, la France entreprend de son côté une sorte de contre-influence, tentant ainsi de réaffirmer clairement sa présence dans cette partie du globe. Elle entend notamment intensifier ses liens avec les petits États insulaires en mettant en place une politique publique de développement. Alors Secrétaire d’État à l’Outre-mer, Yves Jégo avait fortement insisté sur le fait que les trois collectivités françaises du Pacifique devaient accentuer les relations avec les pays voisins.

Vis-à-vis de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Calédonie a imposé des taxes sur leurs produits, limitant ainsi le nombre d’importations provenant de ces deux puissances. Il s’agit là d’une politique que Canberra regrette dans la mesure où les produits calédoniens bénéficient, quant à eux, d’un régime avantageux. L’État français souhaite ainsi rester dans le Pacifique Sud, et ce n’est pas l’inscription de la Polynésie et de la Nouvelle-Calédonie sur la liste de l’ONU des pays à décoloniser qui l’empêchent de poursuivre ce mouvement.

En revanche, le retour en force des États-Unis et l’arrivée massive de la Chine dans la région, en partie grâce à sa diaspora (12% de la population en Polynésie française), risque de placer la France dans de nouveaux rapports de force, compte tenu des différentes zones économiques exclusives et des intérêts que porte l’Océan Pacifique dans le trafic maritime.

( source: infoguerre.)

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