(reprise d’articles publiés initialement sur le blog de la Fondation Républicaine)

Pierre Frogier, s’est déjà prononcé depuis octobre 2009 pour une forme d’indépendance-association, initiative prise sans débat interne au Rump, et pour des motifs difficilement compréhensibles.

Dans le discours prononcé au Congrès de Boulouparis le 24 octobre 2009, une annonce est passée quasiment inaperçue et pourtant elle est lourde de sens :

La Nouvelle-Calédonie ne voterait plus pour ou contre l’indépendance, sous la forme de demander ou pas le transfert des compétences régaliennes.

Non, elle voterait pour donner librement les compétences régaliennes à l’Etat.

Or on ne peut donner que ce que l’on possède, ce qui veut dire que techniquement la Nouvelle-Calédonie deviendrait un Etat souverain ayant conclu une convention avec l’Etat Français.

Cela voudrait dire qu’au regard de l’ONU la Nouvelle-Calédonie serait un Etat souverain sous protectorat, avec une convention entre Etats souverains, évidemment précaire, car révocable par chacune des parties, que cela soit constitutionnalisé ou pas. On a d’ailleurs vu sur la question du gel du corps électoral, à quel point la Constitution Française est un document très facilement modifiable par le Parlement, donc une garantie très faible.

Le Haut-Commissaire Yves Dassonville s’était lui-même exprimé sur la signification lourde de ce choix sur TNC.

La stratégie de Pierre Frogier, on l’a compris est donc de négocier rapidement avec l’UC un statut d’Etat souverain associé à la République Française, plutôt que d’aller au référendum, et c’est là l’explication du geste imprévisible d’acceptation du drapeau indépendantiste, qui lui permet de se positionner comme l’interlocuteur privilégié dans le camp « loyaliste » en coupant l’herbe sous les pieds de Philippe Gomès, jusqu’à présent le plus audacieux avec son projet de petite nation dans la grande nation.

Mais cette stratégie doit interpeller les calédoniens pour de multiples raisons :

D’abord comment gérer sérieusement une double citoyenneté en pratique puisque les Calédoniens seront entre deux citoyennetés, l’une Française, l’autre calédonienne, avec potentiellement des conflits de juridiction pour tous les aspects de la vie quotidienne. La double nationalité risque en pratique de n’être qu’un vœu pieux, avec des citoyens Français réduits au rôle de métèques et n’ayant pas accès à la propriété, ou à l’emploi.

Ensuite ce statut sera précaire et révocable. A partir du moment où la Nouvelle-Calédonie, en tant qu’Etat souverain sera sortie du sein de la République Française, il suffira à un mouvement indépendantiste de déclencher des troubles pour obtenir très facilement que la France se retire d’un territoire qui n’est plus le sien aux yeux du Monde et laisse les calédoniens livrés à eux-mêmes.
Il n’est pas dans la tradition géopolitique et diplomatique de la France, puissance moyenne, de gérer des protectorats, contrairement aux Etats-Unis, le gendarme du Monde, qui en ont plusieurs dans le pacifique et à Porto Rico.

Enfin, et c’est le plus grave, négocier une telle solution sans demander avant ce que veulent au fond d’eux-mêmes les Calédoniens, c’est restreindre leur choix en les empêchant d’affirmer, comme ils le répètent régulièrement aux différents élections, qu’ils veulent rester Français à part entière.
Les Calédoniens doivent avoir le choix.
Un vrai choix allant de l’autonomie élargie à l’indépendance totale. Un choix totalement libre et non biaisé.
La solution négociée d’un Etat associé, disons-le d’indépendance-association, qui leur serait soumise comme la seule alternative à l’indépendance, serait tout simplement une privation de ce choix, gravé dans le marbre de l’Accord de Nouméa.

Les exemples d’Etats associés sont très peu nombreux et non probants pour la Nouvelle-Calédonie

Voir un excellent article sur Wikipedia, en anglais et Français. La version anglaise est plus travaillée.
http://en.wikipedia.org/wiki/Associated_state

En fait les seuls vrais Etats associés souverains sont Palau (20.000 hab), la fédération de Micronésie (110.000 hab) et les Marshall (62.000 hab), états souverains membres de l’ONU et associés aux USA par le Compact Of Association.

Ces Etats ont certes une nationalité, mais en réalité il s’agit d’Etats totalement dépendants économiquement par leur taille et leur absence d’économie développée. Le statut d’Etat associé est une mascarade pour habiller un protectorat militaire et a surtout permis aux USA d’avoir des voix supplémentaires sous influence à l’ONU ! Les ressortissants des EU et de ces Etats circulent librement entre eux.

D’autres Etats associés comme Cook (20.000 hab) et Niue (1.500 hab), avec la Nouvelle Zélande ne sont en fait pas des Etats souverains, et ne sont pas membres de l’ONU. Là aussi ce sont des micro-territoires.

Dans les Antilles la Grande Bretagne avait signé des accords d’Association avec d’ex colonies en 1967. Dans les 15 ans au plus qui ont suivi ces Etats insulaires sont devenus indépendants, il s’agit de Sainte Lucie, Grenade, Dominique, Saint Kitts et Nevis, Antigua, Saint Vincent.
Il s’agit aujourd’hui de nations insulaires pauvres.

On peut aussi citer Porto Rico et Guam qui sont des territoires non incorporés des USA et non des Etats souverains
Porto Rico cherche sa voie, mais les USA n’envisagent qu’un choix simple: statu quo, transformation en Etat de l’Union, ou bien indépendance. Pas de souveraineté partagée comme l’imaginent nos énarques gaulois.

Enfin il faut se pencher sur le cas des Bermudes qui est intéressant: avec une citoyenneté Bermudéenne, qui inclut d’office la citoyenneté Britannique, mais qui est sélective et réservée aux conjoints et enfants de citoyens
Mais les Bermudes sont une toute petite île, en réalité un paradis fiscal, réservé à des privilégiés. Donc une sorte de Club sélect pour riches.

En conclusion: les rares cas existants d’Etats associés souverains sont des protectorats de pays militairement occupés et incapables de subvenir à leurs besoins sans aide extérieure.
Ailleurs, les territoires sont soit intégrés à la citoyenneté de la puissance tutélaire, soit indépendants à 100%.

Il n’existe donc pas de cas probant et pérenne d’indépendance-association et cette idée relève bien de l’utopie ou de l’expression apaisante pour nous amener à l’indépendance véritable.

9 COMMENTS

  1. Je ne suis pas partisan de Frogier et du RUMP, notamment parce que leurs méthodes ne me plaisent pas…Mais, l’aversion pour Frogier et le RUMP ne doivent pas masquer certaines vérités.

    *1ère vérité : il est pas certain que les Loyalistes puissent continuer à vivre tranquillement en Nouvelle-Calédonie en cas de résultats favorables aux référendums d’autodétermination :

    Si l’on se fie au passé, l’on constate que les scrutins d’autodétermination ont toujours posé problème. En 1986/1987, il y a eu un référendum d’autodétermination que les indépendantistes ont boycotté … et après, il y a eu les évènements de la grotte d’Ouvéa…

    * 2ème vérité : il est peu probable que la France défende les intérêts des loyalistes si les indépendantistes veulent à tout prix l’indépendance

    Les décolonisations françaises précédentes montrent que la France a, en dernière extrémité, toujours lâché les Loyalistes.

    On se souvient des années 60, du « je vous au compris » du général De Gaulle aux algériens qui voulaient rester français… et après, il y a eu l’indépendance de l’Algérie…

    On se souvient des années 80, des sécessionnistes de Santo auxquels le représentant du gouvernement français avait donné l’assurance que la France resterait et qu’elle les défendrait contre les indépendantistes…et quelques heures après, des militaires français venaient chercher les derniers loyalistes européens de Santo chez eux pour les évacuer en urgence vers Tontouta … ces loyalistes qui avaient fait confiance à la France, qui avaient cru les promesses de l’Etat Français … ont tout perdu : les biens accumulés pendant toute une vie de travail et … surtout leurs illusions …

    Tout cela pour dire que les gens les plus dangereux ne sont peut être pas les Frogier and Co… mais ceux qui entretiennent les calédoniens loyalistes dans leurs illusions … dans l’illusion de croire que les loyalistes seront majoritaires aux référendums, que la France et les indépendantistes seront obligés de respecter le résultat des référendums …

  2. Les pires illusions sont de croire :

    1 – que la France sera toujours favorable à ceux qui veulent rester français,
    2 – que les intérêts de la France en Nouvelle-Calédonie coïncident avec les intérêts des loyalistes calédoniens.

    La France ne défend que ses propres intérêts c’est-à-dire les intérêts de l’Etat français et ceux des grandes entreprises françaises. Or, les intérêts français peuvent tout à fait être compatibles avec l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie par le biais d’accords de coopération du style Françafrique et par l’intermédiaire des réseaux (réseaux francs maçons notamment)…comme cela est le cas en Côte d’Ivoire, au Mali…

  3. Mon vieux Gribby finalement ce que vous nous dites là c’est que de toute façon comme les indépendantistes sont trop méchants il vaut mieux leur céder, même si on est majoritaires.

    Il y en a une de grosse illusion que vous avez oublié de citer :

    c’est de croire que lorsqu’on capitule devant la menace on peut ensuite continuer à vivre libre et en sécurité.

    L’indépendance c’est le début des ennuis, pas leur fin.

    Le mieux pour vous c’est encore de prendre la fuite.

    • Votre problème à vous Pébé, c’est que vous êtes trop jeune pour avoir vécu les évènements… ou peut-être que vous surfez simplement sur la peur des indépendantistes pour des raisons électoralistes en vous fichant pas mal du sort des pauvres types qui vous suivent et qui, eux, n’ont pas les moyens de se replier ailleurs en cas de problème…

      • Non seulement les événements je les ai vécus mais moi ma vie est ici et pas ailleurs.

        Qui parle de revenir aux événements ? Les mêmes qui disent qu’on ne pouvait pas enlever les cases de la Moselle sans mettre Nouméa à feu et à sang ?

          • J’ai 43 ans. J’avais 16 ans quand ça pétait et je me rappelle très bien de tout ce qui s’est passé.
            Je me rappelle très bien le coup de matraque dans le cou par un gendarme mobile à Vallée du Tir face au siège de l’UC
            je me rappelle qui est monté en brousse et qui est resté planqué à Nouméa.
            je me rappelle qui se barrait en Australie (beaucoup de « pionniers ») et qui se battait (beaucoup de zoreilles)
            je me rappelle que les seules balles que Frogier a du entendre siffler ce sont des balles de tennis et que beaucoup de ceux qui tremblent aujourd’hui tremblaient déjà à l’époque et que ce n’est pas grâce à eux que la Calédonie est restée française

    • Pébé, soit vous êtes naïf, soit vous faîtes semblant de l’être pour des raisons électoralistes. Vous mentionnez uniquement les indépendantistes en omettant (sciemment?) l’acteur le plus important, à savoir l’Etat.

      Vous semblez ignorer que c’est l’Etat, ou plus précisément l’élite qui dirige la France, qui a toujours décidé du sort de la Nouvelle Calédonie (comme de celui des anciennes colonies françaises d’Afrique).

      Or, l’Etat ne défend que ses propres intérêts et peut très bien sacrifier l’intérêt particulier de quelques loyalistes à la raison d’Etat (les derniers loyalistes de Santo s’en souviennent encore).

      L’indépendance du pays ne gênera absolument pas les intérêts des grandes entreprises françaises et de l’Etat comme cela est le cas en Afrique …Du statut de colonie au statut d’Etat souverain, ce sont toujours les mêmes qui tirent les ficelles en faisant battre les locaux les uns contre les autres …loyalistes contre indépendantistes …

      Il y a 2 camps en Nouvelle Calédonie et l’élite nous a fait croire que ses 2 camps sont d’un côté les loyalistes et de l’autre côté les indépendantistes. Alors qu’en fait il y a d’un côté l’élite qui veut profiter des richesses du pays à moindre coût pour le contribuable français tout en respectant les règles hypocrites de l’ONU et il y a d’un autre côté la population (kanaks, caldoches, javanais, loyalistes, indépendantistes) qui veut continuer à vivre ici et le mieux possible…

      Oui, toi, moi, les loyalistes et les indépendantistes, nous appartenons tous au même camp et l’élite nous fait battre entre nous pour mieux nous imposer ses volontés. Que se passera-t-il si nous n’arrivons pas à nous entendre pour un futur statut?
      Est-ce que des « évènements » (que je ce souhaite pas) éclateront fort à propos pour forcer la main aux récalcitrants comme cela aurait été le cas en 1984 aux dires de Guy Dijou et de Joseph Wananij ? http://www.libertes-internets.net/archives/docs/les_deux_cons/index.html

  4. 16 ans au moment des évènements, ça fait un peu jeune…vous avez surtout vécu les évènements à travers vos parents …et aujourd’hui, vous êtes plus radical que les calédoniens de l’époque un peu comme les jeunes kanak qui n’ont pas vécu la répression et les déplacements post révolte de 1878 sont plus radicaux que ne l’auraient été leurs aïeux…

    De toute manière, la France restera en Nouvelle Calédonie, même si la Nouvelle Calédonie devient indépendante…comme la France est restée en Afrique après l’indépendance …les grandes entreprises françaises profitent pleinement de l’indépendance des anciennes colonies françaises… et les militaires français interviennent en Côte d’Ivoire et au Mali… les intérêts de la France ne coïncident pas avec les intérêts des loyalistes…ce que les loyalistes veulent, c’est que la Nouvelle-Calédonie reste une collectivité de la République Française alors que La France, elle, veut continuer à tirer les ficelles en Nouvelle-Calédonie, que la Nouvelle-Calédonie soit une collectivité de la République Française ou qu’elle soit un Etat associé à la France…

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