L’histoire du bagne sort de l’oubli

Longtemps taboue, l’histoire du bagne est aujourd’hui réhabilitée en Nouvelle-Calédonie. Dans les familles, les ascendances bagnardes ne sont plus honteuses et un musée, consacré aux forçats du Pacifique, ouvrira ses portes début 2015 à Nouméa.

« C’est une démarche de réappropriation de l’histoire et d’ouvreurs de mémoire. Ce qui était jadis une honte devient aujourd’hui une légitimation de la présence en Nouvelle-Calédonie », a expliqué à l’AFP Blandine Petit-Quencez, chargée des musées à la Province sud.

Depuis deux ans, cette collectivité mène un vaste travail de recherche dans la perspective de l’ouverture dans 18 mois d’un musée du bagne à Nouville, anciennement appelée l’île Nou à Nouméa et point d’ancrage de la colonisation pénale.

Ses responsables se sont entourés de l’historien Louis-José Barbançon, qui a épluché les archives du bagne calédonien sur place et en métropole pendant 25 ans, ainsi que d’une association patrimoniale.

Bâtiment semi-enterré, le musée prendra appui sur l’ancienne boulangerie du bagne, où des fouilles archéologiques ont permis de mettre au jour de nouveaux vestiges.

« Le projet a été révisé pour prendre en compte ces découvertes sur les aménagements au sol. Cela témoigne de l’intérêt qu’on porte désormais à ce passé », a indiqué l’archéologue, Louis Lagarde.

En guise de préfiguration du musée, le public est convié une fois par mois jusqu’en octobre à des « Rendez-vous avec l’histoire » sur les lieux d’anciens bâtiments du bagne où spectacles, concerts et conférences sont organisés.

Plusieurs sites sont réhabilités et abritent désormais un théâtre, un centre linguistique ou un hôpital. « Il y a 20 ou 30 ans, il aurait été impossible de mettre sur pieds de tels évènements », a estimé Blandine Petit-Quencez.

Communards et Algériens kabyles

Le contexte politique de l’archipel explique en partie cette évolution des mentalités. Un processus de décolonisation est en effet en cours en Nouvelle-Calédonie, où entre 2014 et 2018 un référendum sur l’indépendance doit être organisé.

A l’approche de cette échéance cruciale, les différentes communautés de l’archipel, à la population mosaïque, tiennent à légitimer leur présence sur cette terre lointaine, à côté des Kanaks, peuple premier, installé depuis près de trois millénaires.

Considéré comme une infamie, avoir des ancêtres bagnards a longtemps été tu dans nombre de familles calédoniennes. Députée, Sonia Lagarde (UDI), dont le grand-père a passé vingt ans au bagne, a quelques souvenirs douloureux de sa jeunesse.

« Au collège, une de mes amies appartenait à une famille bourgeoise de colons libres. Un jour, elle a organisé une boum mais m’a prévenue que je ne pourrais pas venir car sa mère ne voulait pas de descendants de bagnards sous son toit! », a-t-elle raconté.

Dix ans après avoir pris possession de la Nouvelle-Calédonie, la France décida en 1863 de faire de cet archipel, au climat plus sain que celui de la Guyane, un lieu de transportation des condamnés à plus de huit ans de travaux forcés.

Parti de Toulon, l’Iphigénie débarqua en 1864 le premier contingent de bagnards. Ils furent en tout près de 22.000 à être envoyés à la « Nouvelle » jusqu’en 1898.

L’île fût aussi la terre d’exil de déportés politiques. Quelque 4.000 Communards, dont l’icône révolutionnaire Louise Michel, faits prisonniers par les Versaillais lors de la « semaine sanglante » de mai 1871, y ont été expédiés ainsi que plusieurs centaines d’Algériens de Kabylie, à l’origine d’une rebellion la même année.

( sources : Tahiti infos/ AFP)

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1 commentaire

  1. L’histoire ne doit pas être tu, puisqu’elle a été vécu….
    Elle doit être su, pour se l’approprier…

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