La variabilité climatique a été mon domaine de travail au CNRS pendant trois décennies en un temps où ce sujet n’était pas encore une question de société.  Je sais que le climat se réchauffe actuellement, en raison de sa variabilité naturelle, et parce que nous sommes sortis du petit âge glaciaire depuis 1840 environ, épisode qui a suivi l’optimum climatique médiéval.  Je ne peux donc accepter l’utilisation de faux prétextes pour prétendre décrire ce réchauffement.  Je suis écologiste depuis les années soixante, ayant pris conscience de l’intérêt de cet objectif au cours de mes études de Sciences naturelles (aujourd’hui SVT).  J’ai invité René Dumont pour une conférence auprès des élèves de l’ENS de Fontenay-aux-Roses, en 1963, en un temps où l’écologie n’intéressait que très peu de personnes.  J’ai été très angoissée ce soir-là : dix minutes avant le début, la salle était vide! J’y étais présente puisque personne invitante, je devais présenter le conférencier.

Ces dernières années, après avoir été « célébrée » comme négationniste du climat, au même titre que Claude Allègre, je suis aujourd’hui classée comme climato-sceptique, ce qui est moins insultant certes, mais je dois souligner que si je n’ai aucun scepticisme envers le climat, je suis très sceptique vis-à-vis du GIEC, et déclare donc être GIECosceptique.

Les études liées au climat concernent plusieurs communautés scientifiques, en fonction

  1. a) : du milieu étudié : océanique ou continental,
  2. b) : du matériel étudié : glace polaire, sédiments marins (essentiellement argileux), concrétions calcaires d’origine biologique (coraux, coquilles) ou purement chimique (stalagmites et draperies calcaires), pollens, diatomées, troncs d’arbres, etc…
  3. c) : du but poursuivi : faire des modélisations pour prévoir l’évolution du climat, but du GIEC, en se fondant essentiellement sur l’analyse des glaces polaires, ou analyser la très grande variété des archives de façon à recenser les paramètres de la variabilité climatique, ce qui se pratique surtout en milieu continental (paléoclimatologistes).

La plupart des modélisateurs du climat sont des glaciologues ou des océanographes qui disposent en raison du milieu étudié de données permettant d’établir des corrélations à grande échelle, tandis que les données des milieux continentaux sont plus dispersées, et ne peuvent faire l’objet de corrélations à grande échelle que si les données sont chronologiquement déterminées, ce qui nécessite beaucoup de données analytiques et de temps, mais elles ont l’avantage d’être plus précises et détaillées.  J’ai exercé une activité de paléoclimatologiste, c’est-à-dire analyste des archives paléoclimatiques, par datations fondées sur le déséquilibre uranium/thorium (U-Th) en milieu continental.

Cette note expose les connaissances actuelles sur les données  paléoclimatologiques :

I) en milieu océanique, avec présentation des stades climatiques au cours du dernier million d’années,

II) en milieu continental, avec exposé des méthodes chronologiques (radiocarbone et Uranium/Thorium).

En conclusion, viennent ensuite les appréciations du GIEC et des « climatosceptiques ».

DONNÉES PALEOCLIMATOLOGIQUES

I – En milieu océanique

            Le milieu océanique enregistre les paramètres des climats au niveau des sédiments des fonds marins et des glaces polaires.  Parmi ces paramètres, les rapports isotopiques de l’oxygène (O16/O18) qui varient en fonction de la température de l’eau sont essentiels.  Les rapports isotopiques du carbone (C12/C13) sont également importants mais ne sont pas contenus dans la glace.  D’autre part, analyser des variations au cours du temps n’est riche d’informations que si on peut apprécier le temps écoulé.  Pour cela il faut disposer de datations.  C’est là que le bât blesse en milieu océanique.

            Évidemment, l’âge croît avec la profondeur des dépôts, et il est possible que la présence de cendres volcaniques ou d’autres éléments étrangers à la glace elle-même permettent d’établir des repères chronologiques.  Mais on n’obtient par ce biais que des âges relatifs et non des âges absolus.  Le poids de la glace amincit les couches profondes et l’épaisseur d’une couche annuelle peut varier.  Pour les sédiments océaniques, le problème est tout aussi difficile.  Ces sédiments, généralement des argiles, ne sont pas néoformés mais viennent des continents et leur âge n’est pas celui de leur dépôt en milieu marin; or c’est l’âge du dépôt qui peut donner des informations sur le climat au moment du dépôt.  Toutefois, il est possible d’avoir une donnée chronologique relative du dépôt en raison de la décroissance d’un élément radioactif (Th230).  Les éléments radioactifs des familles de l’uranium et du thorium sont à l’équilibre dans les sédiments argileux en raison de leur âge très ancien, sauf un isotope du thorium, Th230 , qui y est présent en excès.  L’uranium, soluble dans l’eau, est présent dans toutes les eaux naturelles. Sa concentration dans l’eau de mer est de 3 ppb (3mg/m3, soit une grande baignoire).  Le thorium est insoluble.  Th230, formé par la décroissance de l’uranium est donc présent dans l’eau et aussitôt déposé dans les sédiments au fur et à mesure de leur accumulation : il y est donc présent en excès.  Cet excès décroît en fonction du temps et donc avec la profondeur.  La mesure de cette décroissance est donc une donnée chronologique.  Mais la datation ainsi obtenue produit un âge relatif et non un âge absolu.  Une autre possibilité de datation aurait pu relever de la présence de microorganismes à coquille calcaire, tels les foraminifères, mais la présence de particules argileuses trop nombreuses et inséparables du calcaire d’origine biologique ne permet pas la mesure du déséquilibre U-Th.  J’ai essayé sans succès et je sais que d’autres chercheurs (dont Edouard Bard, professeur au Collège de France) ont également tenté cette opération sans succès.  On ne peut donc dans ce milieu obtenir de datations directes, réelles, mais seulement relatives.

            Cependant, le milieu océanique présente l’avantage de permettre l’établissement de corrélations à grande échelle.  Les particularités locales éventuelles sont lissées et les résultats obtenus peuvent être considérés d’importance globale.  De nombreuses publications scientifiques ont fait état de correspondances entre les résultats obtenus par l’analyse détaillée de carottes prélevées sous des latitudes et longitudes réparties en fonction des planifications des projets scientifiques.  Si la corrélation est correcte entre deux courbes, les données chronologiques ponctuelles obtenues sur une carotte donnée (par exemple, présence de cendres volcaniques datables par la méthode Potassium-Argon (K-Ar) ou le paléomagnétisme peuvent être considérées comme applicables à l’autre carotte.  C’est raisonnable, à ceci près qu’un scientifique (un bon plaisantin) s’est permis de présenter en congrès deux courbes très comparables, l’une étant une courbe d’indice monétaire… Il n’en reste pas moins que ces études internationales ont démontré, même si ce n’est que de façon encore incomplète, la variabilité du climat au cours du dernier million d’années.  Ce propos n’est pas une critique du travail effectué, mais un constat de ce qui reste à accomplir.

            Ces données ont permis de conclure à l’existence de 21 stades alternativement glaciaires et interglaciaires  au cours du dernier million d’années.  Nous vivons le stade 1, qui est un interglaciaire, le stade précédent, stade 2, glaciaire a connu un maximum glaciaire important.  Le volume d’eau transformé en glace a été tel que le niveau marin moyen mondial était inférieur de 120 mètres au niveau actuel.  Le plateau continental dessine la cartographie de ce moment où les estuaires de la Seine, de la Loire et de la Garonne étaient loin des côtes actuelles.  L’Angleterre n’était pas une île en ce temps-là.  Les stades antérieurs sont affectés de numéro impair quand ils sont interglaciaires et de numéros pairs quand ils sont glaciaires. Mais ils ne sont pas réguliers : leur durée n’est pas constante : le stade 5 est compris entre 130.000 ans et 80.000 ans, alors que le stade 2 dure moins de 20.000 ans.  Leur intensité, même globale, n’est pas constante non plus.  Ceci est visible sur la figure ci-dessous qui représente la courbe des variations des rapports O16/O18 analysés dans une carotte océanique.

  Figure 1 : extrait Lisiecki, L.E., et Raymo, M.E., 2005. Paleoceanography, Vol. 20 (les températures sont plus ou moins élevées en fonction de la valeur des ordonnées dO18)

            Les causes de ces variations sont dues notamment à la non stabilité des mouvements des planètes du système solaire et à la variabilité, largement non modélisée, de l’activité solaire.  La rotation de la terre autour du soleil ne décrit pas un cercle mais une ellipse et cette ellipse s’allonge et se raccourcit de façon continue (fonction sinusoïdale), ce qui fait varier de façon permanente la distance de la terre au soleil.  Par ailleurs, l’intensité de l’ensoleillement d’une région varie selon sa longitude.  Or, l’axe de rotation de la terre n’est pas perpendiculaire mais oblique par rapport au plan de l’ellipse et cette obliquité varie.  Cette oscillation est aussi un mouvement à fonction sinusoïdale, les deux périodes de ces fonctions étant différentes.  C’est pourquoi le climat varie de façon permanente.  Sa modélisation est difficile principalement en raison de la variation de l’activité solaire, actuellement non modélisée.

II – En milieu continental

            Les données obtenues relèvent de plusieurs domaines scientifiques, notamment : palynologie (étude des pollens), analyse des diatomées (algues siliceuses unicellulaires), dendrochronologie (analyse statistique des épaisseurs d’anneaux d’arbres des milieux tempérés), varves des dépôts lacustres en milieu péri-glaciaire (dépôts sédimentaires laminés annuellement), karstologie (analyse des grottes en milieu calcaire et de leurs cristallisations : stalagmites et draperies essentiellement), dépôts de fossiles calcaires, hydrologie.  Les données ne peuvent pas faire l’objet de corrélations à grande échelle car elles sont parcellisées : les dépôts ne sont pas continus mais localisés en fonction du relief.  Par exemple, les dépôts constitués dans un bassin hydrographique, au long d’une vallée, ne sont pas directement connectés à ceux d’un autre bassin, bassins qui ne se rejoignent que dans la mer ou l’océan, ou qui ne se rejoignent pas : régime endoréique (écoulement en direction de lacs).  Les corrélations à grande échelle sont donc soumises à des données chronologiques absolues.  Les dépôts carbonatés offrent l’avantage de se prêter à des datations directes, ce qui permet d’établir des corrélations finies entre les sites analysés et les données océaniques quand elles peuvent être considérées comme datées.  Un bref exposé des méthodes de datation utilisées me semble nécessaire à la compréhension de la valeur des données sur lesquelles reposent les analyses paléoclimatiques.

            Deux méthodes de datation sont principalement utilisées pour les périodes les plus récentes : le radiocarbone (C14) et le déséquilibre Uranium-Thorium (U-Th).

Datations au radiocarbone

            Qu’un matériau carboné soit produit par une cristallisation chimique (concrétions de grotte) ou biologique (coquilles, coraux ou végétaux) la quantité de radiocarbone qui y est présente est fonction de la quantité incorporée dans le matériau (quantité initiale) et du temps écoulé depuis sa formation.  La période du C14 est proche de 5.000 ans.  La quantité initiale est donc divisée par deux tous les 5.000 ans environ, ce qui ne laisse que 1,5% environ de la quantité initiale au bout de 30.000 ans, et donc limite l’usage de cette méthode dans le temps.  L’isotope 14 du carbone est produit dans la haute atmosphère par l’activité solaire en quantité variable.  Les âges radiocarbones ne sont donc valides que si les résultats des mesures ont été calibrés et si le matériau analysé n’a pas été perturbé par des phénomènes géochimiques postérieurs à la formation de l’objet (système ouvert).  Une datation isolée ne peut jamais être considérée comme fiable, seule la cohérence d’un ensemble d’échantillons constatée sur le terrain et celle des résultats analytiques obtenus pour ces échantillons permet de les valider.

            Quelques exemples pour distinguer datations valides et âges apparents :

  1. a) âge apparent plus jeune que le réel : un âge C14 obtenu sur des tourbes (matière végétale retenant bien l’humidité) paraissant trop jeune en fonction du contexte géologique a été ré-analysé pour juger de la validité de la mesure. La deuxième mesure a donné un âge plus jeune encore!  Le problème ne venait pas de la qualité des mesures mais de la mauvaise conservation de l’échantillon, stocké dans une cave, à l’air libre.  Les moisissures qui se développaient sur l’échantillon intégraient du radiocarbone actuel (présent dans l’atmosphère) dans l’échantillon, ce qui augmentait sa quantité et donnait un âge plus jeune!  Autre exemple : il est très délicat de prélever des échantillons dont on suppose que l’âge sera proche de la limite de la méthode; il ne faut pas le toucher avec les mains nues, la transpiration pouvant altérer la teneur en radiocarbone de l’échantillon.
  2. b) âge apparent plus vieux que le réel : les âges C14 obtenus sur des coquilles vivantes prélevées dans l’oued El Akarit, oued permanent tunisien s’écoulant entre Sfax et Gabès jusqu’en Méditerranée, sont compris entre 12 et 20.000 ans. Ces mesures ont été faites pour tenter de comprendre l’origine des invraisemblances que produisaient les datations au radiocarbone dans ce secteur.  L’explication est simple bien que surprenante : c’est l’eau qui est fossile dans cet oued et qui donne ces âges trop vieux aux échantillons qui y vivent, âges apparents donc qui sont dispersés en raison d’un mélange de cette eau fossile avec l’eau de pluie qui est aussi rare que variable.  Ceci pose évidemment des questions sur la variabilité climatique : comment et quand, sous quelles conditions, de telles quantités d’eau souterraine ont-elles pu s’accumuler ainsi?  Ce phénomène existe ailleurs dans le monde et signe des variations climatiques majeures.  Dans les concrétions de grotte, la majeure partie du calcaire est néoformée, cristallise en fonction d’une variation des conditions physico-chimiques au moment de l’écrasement d’une goutte d’eau riche en calcaire sur un support solide, le plus souvent carbonaté, le sommet d’une stalagmite par exemple.  Mais le calcaire dissous présent dans cette eau souterraine contient une part du calcaire dissous présent dans le terrain sus-jacent de la grotte, qui est beaucoup plus ancien.  Une part du carbone inclus dans cette cristallisation est donc ce que l’on appelle du carbone mort (qui ne contient plus de radiocarbone), ce qui vieillit l’âge réel de l’échantillon.  En région volcanique, où le carbone mort est présent, il peut y avoir également des âges apparents plus vieux que le réel…
  3. c) âges apparents différents du réel (cas les plus fréquents) et nécessité de la calibration. L’âge d’un fragment d’anneau d’arbre peut être comptabilisé arithmétiquement puisqu’une paire d’anneaux clair et foncé représente une année.  Si l’âge radiocarbone d’un anneau d’arbre ne correspond pas à l’âge ainsi comptabilisé, on corrige l’âge radiocarbone mesuré : processus de calibration.  Les âges au radiocarbone ont ainsi été calibrés jusqu’à 13.000 ans, en fait jusqu’à 11.000 ans avec les anneaux d’arbre et au-delà avec des dépôts lacustres varvés.  Evidemment, il n’existe pas d’arbre ayant vécu 11.000 ans, mais la variation des épaisseurs d’anneaux d’arbres est tout aussi aléatoire que les variations de la température et de l’humidité, variations climatiques donc, qui en sont responsables.  C’est pourquoi une succession d’anneaux d’arbres est aussi déterminante qu’un code-barres pour connaître l’âge du fragment concerné.  Au-delà de 13.000 ans, on se contentait de donner des âges radiocarbone non calibrés et le dernier maximum glaciaire était ainsi censé s’être produit il y a 18.000 ans (la vraie valeur étant 20.000 ans).

Datations Uranium-Thorium

            Cette méthode de datation est fondée sur le fait que l’uranium est soluble dans l’eau alors que le thorium, produit par sa désintégration ne l’est pas.  Au moment de la cristallisation d’un calcaire, l’uranium y est donc seul présent avec ses trois isotopes naturels : 235U, 238U et 234U.  Le rapport 230Th/234U est donc alors égal à 0.  230Th, produit par la désintégration de 234U, se désintègre aussi en produisant du radium.  Le rapport 230Th/234U croît pendant 600.000 ans jusqu’au moment où ce rapport atteint l’équilibre et ne varie plus, ce qui est la limite d’utilisation de cette méthode.  L’âge obtenu n’est donc pas fonction de la quantité d’uranium présent au départ.  Si le matériau analysé n’a pas subi d’altération depuis sa formation (milieu fermé), cette méthode produit un âge absolu, qui n’a pas à subir de correction.

            Depuis 1980, cette méthode a produit un résultat qui a changé la perception des variations climatiques au cours du dernier million d’années.  Les connaissances alors acquises établissaient un parallèle entre notre stade I et le stade V, stades interglaciaires, reconnus comme plus chauds que le stade intermédiaire III.  Le stade V avait été nommé Eémien en Europe et Afrique alors qu’il était dénommé Sangamonien en Amérique, parce qu’on ne les savait pas contemporains avant la mise au point de la datation U-Th.  L’emplacement d’un lac (Wadi Shati, au sud de la Libye) aujourd’hui vide d’eau mais dont les rivages sont marqués par la présence d’empilements de coquilles calcaires de Cardium a été décrit par Théodore Monod qui lui avait attribué un âge de trois, ou quatre, millions d’années.  Une trentaine de datations de ces coquilles a permis de comprendre que le Sahara n’était pas un désert lors de l’Eémien puisque ce site du Wadi Shati était un lac de plusieurs kilomètres de long, lors de plusieurs périodes autour de 125-130000 ans (la plus importante), mais aussi autour de 200.000 ans, 90.000 ans et encore un peu autour de 40.000 ans (publication dans Nature, Gaven et al., 1981, A Pleistocene lacustrine episode in southeastern Libya, Nature, v. 290, p. 131-135).

            La mesure des déséquilibres U-Th a d’abord été pratiquée par la mesure de la radioactivité alpha de ces isotopes (grandeur aléatoire).  Ces mesures sont donc affectées de marges d’erreur importantes et les âges donnés ne pouvaient être validés au-delà de 300.000 ans.  Mais les progrès de la technologie ont permis de mesurer ces quantités d’isotopes par spectrométrie de masse.  C’est pour mieux apprécier les données recueillies lors du voyage sur la lune que cette méthodologie a été mise au point.  La spectrométrie de masse était déjà utilisée pour les mesures des rapports d’isotopes légers, tels 18O/16O, 12C/13C, où les différences de masse sont relativement plus élevées qu’entre les isotopes lourds que sont 230Th et 234U.  Dès la mise au point de la spectrométrie de masse par ionisation thermique (TIMS) des progrès sur la chronologie des variations climatiques ont été réalisés.

            L’un des premiers travaux incluant deux jeunes chercheurs français, Edouard Bard et Bruno Hamelin (U-Th ages obtained by mass spectrometry in corals from Barbados: sea level during the past 130, 000 years E Bard, B Hamelin, RG Fairbanks, Nature, 1990) ont testé les calibrations des âges au radiocarbone en comparant les âges de coraux par les mesures au radiocarbone et par U-Th.  Les calibrations établies jusqu’à 13.000 ans ont été confirmées et les âges plus anciens ont ainsi pu être calibrés.  Les coraux vieux de 20.000 ans sont aujourd’hui situés à une profondeur de l’ordre de 100 mètres.  C’est alors que l’âge du dernier maximum glaciaire estimé à 18.000 ans a été vieilli de 2.000 ans, ce qui n’a pas fait l’objet de modification majeure des modèles déjà établis par les modélisateurs océanographes et glaciologues.

Fig 2 : Stalagmite de la Grotte V11 (Mont Bihor, Roumanie) TAMAS, T., CAUSSE, C., 1998, Palaeoenvironmental informations recorded in speleothems from North-Western Romania, Mineralogical Magazine, v. 62A, p. 1492.

C’est aussi le moment où les analyses des concrétions de grottes ont permis de faire des progrès importants.  Ces concrétions sont très pauvres en uranium et la masse de calcaire nécessaire pour faire une datation U-Th par spectrométrie alpha nécessite l’analyse d’un fragment de plusieurs centaines de grammes qui représentent un laps de temps énorme sans intérêt pour l’étude d’une variation climatique détaillée.

La stalagmite reproduite ci-contre a un diamètre de 4 à 6 cm et une hauteur de 38 cm.  Les échantillons datés (fragments d’un cm de largeur et quelques mm d’épaisseur) ont été prélevés au-dessous et au-dessus des discontinuités de cristallisation pour évaluer les phases de croissance (donc avec circulation d’eau) et les moments d’arrêt de croissance (hiatus). Il est bien visible qu’à 25 cm du sommet, entre 46.500 ans et 14.300 ans, il n’y a pas eu de circulation d’eau dans ce milieu, en raison de la glaciation du stade 2?  Mais dès la fin de ce stade glaciaire, la croissance de la stalagmite a repris avec une production de 15 cm en 5.000 ans, la plus rapide au long de la formation de cette concrétion.  Une analyse de la variabilité climatique ne peut être fondée sur l’analyse d’une seule concrétion bien évidemment, mais tout élément peut être utile si non déterminant.

            Des études de concrétion prélevées dans la grotte de Clamouse (Hérault) et dans une grotte tunisienne ont permis de comprendre que le stade glaciaire 6 n’a pas été aussi continument glacé que l’ont enregistré les glaces polaires.  Dans la concrétion de la grotte de Clamouse on observe deux phases de concrétionnement comprises entre 190 et 188 milliers d’années puis entre 170 et 160 milliers d’années.  Dans la grotte de la Mine (Tunisie) deux phases de concrétionnement ont aussi été mises en évidence autour d’âges proches de 177 et 165 milliers d’années.  Lors de la communication de ces résultats au cours d’un congrès sur les données karstiques (Varsovie) des collègues anglais qui avaient eu des données comparables sur des analyses de pollen, données jusque là réputées comme non confirmées, ont été très heureux d’avoir ces informations.

Fig 3 : stalagmite C4 de la grotte de Clamouse PLAGNES, V., CAUSSE, C., GENTY, D., PATERNE, M., BLAMART, D., 2002, A discontinuous climatic record from 187 to 74 ka from a speleothem from Clamouse Cave (South of France), Earth and Planetary Science Letters , v. 201/1, p. 87–103.

APPRECIATIONS DES VARIATIONS CLIMATIQUES – POSITIONS DU GIEC ET DES CLIMATOSCEPTIQUES

            Bien avant la création du GIEC, les paléoclimatologistes ont toujours tenté de décrire les variations climatiques et leurs conclusions ont toujours progressé depuis la mise en œuvre des analyses isotopiques et des datations.

            Ayant travaillé au Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (LSCE, laboratoire mixte du CEA et du CNRS, Gif/Yvette et Saclay) j’ai côtoyé les membres du GIEC les plus connus en France dont Jean Jouzel et Valérie Masson-Delmotte mais aussi Sylvie Joussaume, Jean-Claude Duplessy, etc…  J’ai toujours été surprise que leurs hypothèses ne varient pas en dépit des nouveautés apportées par de nouveaux résultats.  Les vingt-et-un stades du dernier million d’années ont été présentés comme les résultats de modèles toujours considérés comme aboutis.  La comparaison du stade V et du stade I, comme stades interglaciaires majeurs n’a pas fait l’objet de mise au point de leurs modèles en dépit d’une publication dans Nature (dont je suis l’auteur, sous le nom de Gaven) qui a démontré que si le Sahara est un désert aujourd’hui, ce n’était pas le cas au cours du stade V.

            J’étais encore au LSCE en 2002, où on portait des manteaux au mois de juin.  Je me souviens avoir demandé à Jean-Claude Duplessy si le réchauffement climatique allait enfin se produire bientôt.  Il m’a répondu que je devais savoir qu’en cas de réchauffement climatique, le Gulf Stream devait ralentir et que donc nous aurions plus froid en Europe de l’ouest. Le Gulf Stream est un courant océanique froid qui descend du Groenland vers le sud en longeant les côtes américaines et remonte après avoir subi un réchauffement important en zone tropicale vers le nord où il réchauffe nos côtes. C’est ainsi que Rome et New-York d’une part ou Bordeaux et Montréal d’autre part qui sont aux mêmes latitudes ne bénéficient pas des mêmes températures.  Ralentissement du Gulf Stream, pourquoi pas, sauf que lors du stade V, Sangamonien américain et Eémien européen ont été parfaitement contemporains. Par ailleurs lors de la canicule de 2003, il n’a plus été fait mention de ce ralentissement du Gulf Stream mais de lancement d’alertes multiples sur le réchauffement climatique…

            Un modèle ne peut être validé que s’il permet de retrouver les résultats obtenus par les analyses du passé.  Le GIEC regroupe beaucoup de chercheurs dont une bonne part (économistes) ne cherche pas à comprendre les variations climatiques mais à prévoir ses conséquences.  Les modèles sont établis, certes, mais quand on découvre que l’âge du dernier maximum glaciaire a reculé de deux mille ans, (20.000 ans au lieu de 18.000 ans après la mise au point de la calibration des âges au radiocarbone jusqu’à 35.000 ans) soit une variation de 10%, on n’entend pas parler de mise au point des modèles.

            Le GIEC est un groupe multidisciplinaire, comprenant de très nombreux chercheurs, incluant des économistes, mais aussi des biologistes, qui peuvent décrire les migrations de la faune en fonction des variations climatiques.  Il a été annoncé qu’en raison du réchauffement climatique, les migrations des moustiques seraient importantes vers le grand Nord.  Nous vivons dans un pays au climat tempéré et les moustiques sont plus nombreux en été qu’en hiver, et plus nombreux dans les régions les plus chaudes, comme le pourtour méditerranéen.  Il nous paraitrait surprenant que l’Alaska soit infesté de moustiques au mois de juillet.  C’est pourtant ce qui est la réalité et que j’ai éprouvée lors d’une mission dans le delta du Mackenzie, où en l’absence de vent les nuées de moustiques sont d’une densité impressionnante, parfaitement visibles sur le fond du ciel bleu.

            Mais des paléontologistes, absents du GIEC, qui connaissent les variations climatiques antérieures seraient certainement plus utiles pour valider les modèles climatiques.

            Il est incontestable que notre civilisation contemporaine produit beaucoup de gaz à effet de serre qui ne peuvent que réchauffer le climat. Mais ce mode de vie produit aussi beaucoup de particules et de poussières fines qui créent un filtre et refroidissent le climat.  L’équilibre entre ces deux paramètres n’est pas facile à estimer, et le résultat au niveau du climat n’est pas évident.

            Les physiciens ne sont pas souvent d’accord avec les propositions du GIEC et s’il ne faut en citer qu’un, je retiendrai les propositions d’un physicien norvégien, Ivar Giaever, qui a obtenu le Prix Nobel de physique en 1973.  Il évoque cette théorie du réchauffement climatique comme la nouvelle religion.

            Et le plus étonnant est que le GIEC n’inclut pas d’historiens.  Il faut dire qu’aucun historien ne partage les thèses du GIEC.  Pourtant, les importantes variations climatiques de la seule période historique et même du dernier millénaire sont extrêmement bien documentées.  L’optimum climatique médiéval est très bien connu.  Le Groenland, comme son nom l’indique était alors une terre verte, aussi verte que la Normandie (une cathédrale y a été construite).  Pour aller en Chine, Marco Polo est allé en voilier par l’océan Arctique et le détroit de Behring…  Toutes les bastides médiévales françaises sont construites avec un bois qui pousse aujourd’hui essentiellement au Maghreb : le chêne vert.  Même s’il pousse quelques chênes verts en Ariège et en Corse (où ils sont plus nombreux qu’en Ariège) n’oublions pas que le climat corse n’est pas celui du continent. Quant au petit âge glaciaire qui a connu un refroidissement notoire, et de plusieurs degrés, il serait selon Fernand Braudel l’une des causes de la révolution française en raison de la famine créée par la diminution des récoltes.  Le vin a gelé dans les barriques à Boulogne… Les vikings auraient alors quitté le Groenland pour rejoindre la Normandie.  On sort de ce petit âge glaciaire depuis 1840 environ.

            Les mesures de températures ont été enregistrées depuis plus d’un siècle, et les stations sont de plus en plus nombreuses aujourd’hui.  Dès 1850, deux stations ont été mises en place en France, l’une au Parc Montsouris à Paris et l’autre à Perpignan, en raison de leur micro-climat relativement stable et indicateur de la variabilité thermique de la France.  La station parisienne, très insérée en milieu urbain, ne serait pas actuellement retenue.  Ces données sont la propriété de Météo France et ne sont généralement pas publiées.  La figure ci-dessous représente les données enregistrées de 1850 à 1999 à la station de Perpignan.  On y voit que les températures sont toujours instables, qu’il y a une augmentation dont la valeur lissée est proche de 1°.  L’augmentation de température est donc certainement inférieure à celle qui a prévalu au cours de la mise en place de l’optimum climatique médiéval.

Il y a d’autres arguments à faire peur qui viennent sans cesse.

            Les glaces fondent!  Il est possible que le glacier arctique ait totalement disparu lors du stade V (Eémien-Sangamonien), où le niveau marin moyen mondial était plus élevé de six mètres.  Les régions polaires connaissent des variations de saison, en raison de la durée du jour qui varie considérablement au cours de l’année.  Au pôle nord, et jusqu’au cercle polaire, il n’y a pas de nuit au cours du mois de juillet.  Il est possible de marcher sur un sol dégelé, où la végétation de bouleaux nains, d’une hauteur de quelques centimètres n’offre pas le confort d’une prairie.  Parmi les preuves de la variabilité climatique, j’ai échantillonné dans le delta du Mackenzie un tronc d’arbre bien en place dans le sol, d’une vingtaine de centimètres de diamètre, dont l’âge a été mesuré (déséquilibre U-Th) proche de 80.000 ans (stade Eémien ou Sangamonien).  Cette mission n’aurait pas pu avoir lieu à un autre moment de l’année où la glace reprend ses droits, jusqu’au moment où la nuit est permanente au cœur de l’hiver.  La calotte antarctique de la même façon s’agrandit au mois de juillet et se rétrécit au mois de décembre. Il est donc facile de montrer d’impressionnantes images de glace qui fond.

            La mer monte, nous dit-on! Mais le niveau marin mondial ayant la même altitude, il faudrait se demander pourquoi on n’envisage pas la mise en œuvre du relèvement du niveau des quais dans les ports?  Il y a des îles qui sont envahies, certes, mais les îles coralliennes ne sont pas établies sur des fondements très solides. Les deltas sont des tas de boues peu consolidés et ce d’autant moins si on pompe l’eau qu’ils contiennent. Pour Venise par exemple, les Alpes n’ont pas terminé leur ascension et si les crêtes continuent de monter, le bassin au pied de la chaîne (plaine du Pô) continue de descendre.

            La géologie est un domaine qui requiert des connaissances spécifiques évitant en principe de laisser passer des discours vides de sens.

            Il est courant d’entendre dire que les climato-sceptiques sont anti-écologistes et favorables à l’usage des énergies fossiles, pétrole, charbon ou gaz de schiste.  Cela est vrai pour certains d’entre eux, mais les écologistes favorables à l’utilisation de la biomasse ne sont pas très cohérents.  Déforester à outrance pour se chauffer aux granulés de bois (comme cela se fait en Angleterre avec du bois importé des États-Unis) est une aberration sur le plan de l’écologie.  Cela produit autant de gaz à effet de serre que la combustion du bois fossile qu’est le charbon.  Faut-il être provocateur au point de faire remarquer aux écologistes que le pétrole tout comme le charbon sont des produits parfaitement biologiques?  Il serait beaucoup plus écologique d’utiliser les énergies permanentes dont nous disposons si nous savions les mettre en œuvre : je pense à l’énergie solaire, l’énergie hydraulique, ou encore la géothermie.  Je ne plaiderai pas en faveur de l’énergie éolienne, sauf cas particulier de permanence de vent et d’absence de gêne pour la faune sauvage et les habitants proches de ces engins industriels.  L’énergie n’étant pas stockable, la plupart des installations d’éoliennes sont assorties d’usines à gaz ou à charbon.  Cette opération à but industriel tente des mises en place n’importe où et à n’importe quelle condition : installer des pales très grandes sur des mats très hauts, quitte à devoir créer des routes de six mètres de large pour que de gros pois lourds puissent transporter ces pales lourdes, y compris dans des régions très protégées de l’évolution industrielle récente qui dégrade ces paysages.  Ceux qui se battent pour interdire l’installation de nouvelles éoliennes se félicitent d’avoir dans leur région des espèces protégées (gypaète barbu par exemple) qui interdisent ces installations.

            Mais les écologistes dont l’inculture scientifique me désole, sont souvent opposés à ces énergies : solaire, hydraulique, ou géothermie.  Les panneaux solaires ne se recyclent pas bien, les barrages nuisent à la faune aquatique, et la mise en œuvre de la géothermie nécessite des forages profonds et je n’ose qu’à peine évoquer la fracturation hydraulique…  Il est évident que si la recherche dans tous ces domaines était plus avancée, et n’avait pas été bloquée par les magnats du pétrole et du charbon qui sont les fondateurs du capitalisme, nous ne serions pas à ce point en retard, mais il n’est jamais trop tard pour bien faire…

P-S. Le nombre de scientifiques climato-sceptiques est plus important que le discours médiatique ne le laisse entendre : sur Wikipedia, l’article « Controverses sur le réchauffement climatique » donne des informations pertinentes.

Christiane CAUSSE (christianecausse@orange.fr)

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