Voila un article sur lequel je suis tombee  ( mondomix.com) et que j’ai eu immediatement envie de partager avec les Cagousiens 🙂

De Paris à Nouméa, il y a exactement 16 758 kilomètres. La Nouvelle-Calédonie n’est peut-être pas un autre monde mais l’archipel est bel et bien à l’autre bout du monde. Cet isolement explique sans doute pourquoi on entend si peu de musiques calédoniennes en France. Le festival Musiques Métisses d’Angoulème a tout de même pris le risque d’inviter le duo phare du kaneka : Dick et Hnatr. Rencontre à quelques heures d’un concert qui s’est avéré remarquablement chaleureux …

Vous accompagnez la Nouvelle-Calédonie sur la voie de l’indépendance. Où en est ce cheminement ?

Dick : La Nouvelle-Calédonie est déjà un pays, avec son propre gouvernement. En 2014, se tiendra un référendum. C’est à ce moment-là que la suite va se décider. Les transferts de compétence se font chaque année, en fonction du cahier des charges mis en place par l’Etat français et les partis politiques. Tout se met en place. Mais on attend 2014 pour savoir si, vraiment, le peuple calédonien veut s’émanciper.

Vous, à quel moment vous avez rejoint ce mouvement culturel et politique ?

Dick : En fin de compte, le kaneka, la musique que je représente avec Hnatr, est né des mouvements politiques des années 80. Nous, on a commencé à faire de la musique à partir de là, à la fin des années 80. Nous avons accompagné l’évolution politique du pays. On a chanté notre existence et nos valeurs, parce qu’on était un peuple opprimé. On a montré notre culture au monde, notamment à la France, qui nous dominait. Puis on a chanté le destin commun. On parle désormais d’un « destin commun », non seulement avec les Canaques, le peuple originel, mais avec ceux qui vivent là-bas : des Occidentaux, des Océaniens, … Tous ceux qui veulent faire de la Nouvelle-Calédonie leur pays. Nous pensons que tous ceux qui veulent vivre en Nouvelle-Calédonie y ont leur place.

Vous dîtes que vous « chantez votre culture » … Pouvez-vous nous en dire plus ? Par exemple, quelle est votre langue ?

Dick : La Nouvelle-Calédonie se trouve dans le Pacifique Sud, juste à côté de l’Australie. C’est un territoire d’outre-mer français. Il se compose de la Grande-Terre, une île allongée en forme de pain, longue de 300 kilomètres, et des îles Loyauté. Moi, je suis originaire de l’une de ces îles qui s’appelle Maré, et ma langue, c’est le nengone. Hnatr est originaire de Lifou, la plus grande des îles Loyauté, et parle le drehu. Vous savez, dans notre pays, on a plus de vingt langues. Notre langue de communication, c’est le français en fin de compte. Hnatr parle aussi le nengone, maintenant, parce que nous nous sommes mariés, et je comprends sa langue.

Cette culture, vous la partagez avec d’autres îles du Pacifique ?

Dick : Vous savez, l’Océanie est habitée par trois grands groupes humains : les Mélanésiens (un groupement qui réunit les Canaques, les Papous, les Vanuatans de Vanuatu, les Salomonais des Iles Salomon, …), les Polynésiens, comme ceux de Tahiti ou d’Hawaï, et les Micronésiens, qui sont beaucoup plus au nord, vers l’Asie. Les relations que l’on a entre Mélanésiens sont très riches. Il y a, par exemple, des organisations politiques communes. Comme la Nouvelle-Calédonie, c’est un peu la France en Océanie, les relations avec les pays de la région, c’est la Nouvelle-Calédonie qui s’en charge.

Mais, surtout, entre nous, il y a une culture commune. Avant l’arrivée des Occidentaux, avant l’arrivée de la religion, il y avait de nombreux échanges entre nous. Cette culture commune se traduit par des traditions gastronomiques communes, par des appellations communes, des prénoms de personnes, par exemple, qu’on retrouve aussi bien en Nouvelle-Calédonie qu’aux îles Fidji. Elle se traduit également par des valeurs importantes, comme l’humilité, le respect. Et, bien sûr, au niveau artistique, par la danse et le chant. Vous les retrouvez dans toutes l’Océanie, sous des formes différentes, mais, partout, chez nous, on chante et on danse. Ca fait partie de la vie. On ne va pas à l’école pour apprendre à chanter. Ce n’est pas une activité de récréation. Dans nos vies communautaires, dans nos sociétés de groupes, le chant et la danse font partie du quotidien, au même titre que la pêche.
Vous allez prochainement publier un nouvel album, qui a été produit par Camel Zekri …

Dick : Oui, on a travaillé avec Camel Zekri, qui est intervenu comme directeur artistique. Pourquoi ? Pour mieux saisir le monde avec notre musique, le kaneka, pour aller vers les autres. Camel est d’abord venu passer du temps avec nous. On a discuté, on a mangé ensemble, on est allé regarder les danses traditionnelles, qui se font chaque jour. Il a découvert d’où vient la musique que je fais : de ces chants et de ces danses. Ensuite, il nous a dit ce qu’il a entendu d’essentiel dans notre musique. Vous savez, quand on est artiste, on est dans notre petit monde. Il est important que quelqu’un qui vient de l’extérieur nous dise, par exemple, que tel ou tel détail n’est pas très important, que l’essentiel est ailleurs. On a travaillé ensemble pour mettre en évidence l’essentiel et enlever le superflu. Il nous a apporté son expérience.

En Nouvelle-Calédonie, on est 250 000 personnes. On n’est pas très nombreux. C’est important de s’ouvrir aux autres. On se pose des questions … Quelle est la place de notre musique dans le monde ? Que peut-on apporter au monde ? Comment peut-on participer à l’évolution du monde ? Ce qu’on a réellement à dire, il faut que les autres prennent le temps de l’écouter.

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