Paul Wamo, le poète kanak qui veut faire un long voyage

paul-wamo-poete-acteur-et-slammeur-sur-scene-le-16-juillet-2014-a-noumea_4971609Je ne veux pas être un artiste kanak qui lutte pour la survie de sa culture, je veux partager sa part d’universalité ». Poète, acteur et slammeur, Paul Wamo, enfant prodige de la scène de Nouvelle-Calédonie, veut « se faire une place » en métropole.

Il vient d’être auréolé d’un nouveau trophée. Début juillet, son clip Aemoon (Nouméa en verlan), réalisé avec deux complices, a été primé au réputé festival de cinéma de La Foa, au nord de Nouméa.

Dans ce film facétieux et inventif, Paul Wamo bondit de site en site dans la capitale calédonienne, « cette ville qui m’entoure et qui me serre où je tourne ».

« Quand je croise des jeunes de Lifou en ville et que je leur demande ce qu’ils font, ils dessinent un cercle avec l’index et disent +bah, je tourne+ », explique l’artiste, dont le déchirement entre son île natale, la plus grande des îles Loyauté, et Nouméa a nourri les premiers écrits.

Originaire de la petite tribu de Nang à Lifou, la même que celle du footballeur Christian Karembeu, Paul Wamo, trentenaire aux traits d’adolescent, a grandi dans un quartier populaire, en lisière de Nouméa.

« Je me sentais déraciné dans cette ville, je parlais mieux le français que le drehu (langue de Lifou). J’avais besoin de me libérer de ce conflit identitaire et l’écriture est arrivée comme un exutoire salutaire », raconte-t-il.

Dès ses premières scènes, alors qu’il sortait à peine du lycée, ses textes incisifs et l’exceptionnelle expressivité de son visage ont conquis le public, incapable d’étiqueter cet auteur-interprète atypique et lumineux.

« Lorsque Grand Corps Malade a percé en métropole, on m’a rangé dans la case +slammeur+ », relate celui qui se revendique plus conteur ou clameur.

Imprégnés du réel, ses mots, où français et drehu se côtoient, pointent tour à tour la perte d’identité, les inégalités sociales, les ravages de l’alcool, la cupidité des politiciens et d’autres travers de la société calédonienne, engluée dans les non-dits liés au passé colonial.

– Profondément anticommunautariste-

« Paul utilise son environnement culturel et social comme matière, il a une acuité inouïe pour trouver les mots, les gestes et les postures qui nous parlent à tous », observe Guillaume Soulard, directeur artistique du Centre culturel Tjibaou.

Dans son dernier spectacle EkoooO, présenté l’an dernier au musée du Quai Branly à Paris pour l’inauguration de l’exposition « Kanak: l’art est une parole », Paul Wamo a « revisité » les discours cérémoniels kanak dont le ton, le débit ou le rythme oscillent selon le contexte de leur déclamation.

« Je suis profondément anticommunautariste. En Nouvelle-Calédonie, on ne se connaît pas, on ne se voit pas. Chaque culture a une part d’universel qu’on peut partager, c’est elle qui m’intéresse ».

C’est pourtant un de ses textes les plus engagés, « Je suis noir », qui a éveillé la curiosité d’un dénicheur de talents parisien, lequel lui a proposé de venir préparer un album.

« Ce poème a cartonné mais je l’ai complètement réécrit car je suis plus que noir, je ne veux pas être enfermé », assure le poète, qui « montera à Paris » à la fin de l’année.

Un départ qui sonne comme un nouveau déracinement pour ce chef de clan, qui va se marier le mois prochain dans le respect des traditions kanak à Lifou, où lui incombent des responsabilités coutumières.

« Chez nous, quand tu es marié, tu deviens majeur. Tout le monde n’est pas content que je parte et je passe des nuits à me torturer la tête, mais je reviendrai enrichi d’ailleurs », confie l’artiste.

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1 commentaire

  1. Bravo à lui!

    C’est très bien de partir. Il FAUT aller voir en dehors de la NC. Nous devons prendre conscience que nous ne sommes pas grand chose à l’échelle du globe. Une petite bande de terre peuplée par une petite bande de gens.
    300 000 habitants, c’est plusbpetit qu’un arrondissement d’une grande ville.

    À force de tourner sur place, on stagne, et on s’enfonce jusqu’à n’en plus voir que ses propres traces de pas.

    On doit sortir du pays, aller voir ailleurs, se confronter à d’autres cultures, à d’autres façons de penser et de faire. C’est la seule solution pour que nous sortions de ce cercle sans fin dans lequel nous sommes plongés depuis des années. On voit le résultat tous les jours, ce qui a été fait jusqu’à présent n’est pas viable. Nous sommes opposés plus que jamais durant les 25 dernières années et personne ne semble savoir quoi faire, ou vouloir le faire.

    Bref, il faut sortir de cette prison dorée, et y revenir grandi des expériences et connaissances acquises ailleurs, pour enfin ouvrir les portes de nos cages et vivre, enfin, ensemble.

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