Roman d’amour, historique, récit intimiste, thriller social ou saga familiale… Difficile de ne pas trouver lecture à son goût dans les romans ou nouvelles français publiés en cette rentrée placée sous le signe de la profusion.

Après trois années de lente décrue, la production repart en effet à la hausse avec 701 nouveautés proposées entre le 12 août et le 29 octobre, contre 659 en 2009 (source Livres-Hebdo). Plus que jamais, la part belle est faite à la littérature française avec 497 nouveautés (13,4 % d’augmentation par rapport à 2009). Malgré cette avalanche de titres qui pourrait laisser croire que les éditeurs font feu de tout bois, ils jouent en priorité sur des valeurs sûres.

Parmi les têtes d’affiche, on trouve Michel Houellebecq – un des événements de cette rentrée avec La Carte et le territoire (Flammarion) -, Virginie Despentes et son détonnant Apocalypse Bébé (Grasset) ; Laurent Gaudé avec Ouragan (Actes Sud) ; Philippe Claudel, dont L’Enquête (Stock) nous conduit au coeur d’une entreprise confrontée à des suicides, Alain Fleischer, qui revisite le passé sombre de l’Europe dans Imitation (Actes Sud) comme le fait aussi Marc Dugain avec L’Insomnie des étoiles (Gallimard). Alain Mabanckou romance son enfance au Congo dans Demain j’aurai vingt ans (Gallimard) et Jean Echenoz la vie de Nikola Tesla, pionnier du courant alternatif, dans Des éclairs (Minuit), tandis que, chacune à sa manière, Chantal Thomas et Claudie Gallay nous parlent d’amour dans Le Testament d’Olympe (Seuil), un roman qui a pour cadre le règne de Louis XV, et dans L’amour est une île (Actes Sud), qui prend pour décor le Festival d’Avignon.

Plus proches dans le temps, Alice Ferney traite de devoir et d’intégrité dans Passé sous silence (Actes Sud) et Olivier Adam de suicide dans Le Coeur régulier (L’Olivier), qui nous entraîne au Japon. Une des destinations de choix de cette rentrée puisque Eric Faye, avec Nagasaki (Stock), et Michaël Ferrier dans Sympathie pour le fantôme (Gallimard) emmènent également leurs lecteurs dans l’archipel nippon. Alors que Jean-Marie Blas de Roblès s’en va au Tibet dans La Montagne de minuit (Zulma), Elie Wiesel à New York (Otage, Grasset) Robert Solé en Egypte (Une soirée au Caire, Seuil) et Maryse Condé en Haïti (En attendant la montée des eaux, J.C. Lattès), Philippe Forest nous transporte dans l’histoire du XXe siècle et de l’aviation (Le Siècle des nuages, Gallimard).

Autres auteurs attendus : Antoine Volodine qui publie sous son nom Ecrivains (Seuil), sous celui de Lutz Bassmann Les aigles puent (Verdier) et sous celui de Manuela Draeger Onze rêves de suie (L’Olivier) ; Vassilis Alexakis (Le Premier Mot, Stock) ; Michel Quint (Avec des mains cruelles, Joëlle Losfeld) ; Agnès Desarthe (Dans la nuit brune, L’Olivier) ; Linda Lê (Cronos, Christian Bourgois) ; Jean d’Ormesson (C’est une chose étrange à la fin que le monde, Robert Laffont) ; Saphia Azzeddine (La Mecque-Phuket, Léo Scheer) ; François Vallejo (Les Soeurs Brelan, Viviane Hamy). Et bien sûr Amélie Nothomb qui, avec Une forme de vie (Albin Michel), évoque son rapport à ses lecteurs et à l’écriture.

Si nombre de ces livres échappent à une thématique précise, d’autres s’inscrivent dans une veine sociale qui est l’une des tendances lourdes de cette rentrée. Inspirés par une crise économique qui perdure, certains auteurs décrivent le monde de l’entreprise sous ses facettes les plus sombres. Il peut s’agir de rachat et de restructuration comme chez Nathalie Kuperman (Nous étions des êtres vivants, Gallimard) ; de mise au placard dans Le Front russe, premier roman de Jean-Claude Lalumière (Le Dilettante) ou, pire, de suicides comme chez Thierry Beinstingel (Retour aux mots sauvages, Fayard) et Philippe Claudel. Hors de l’entreprise, notons que le suicide est aussi au coeur de L’Orfelin, d’Alexandre Lacroix (Flammarion), et de Suicide Girls, d’Aymeric Patricot (Léo Scheer).

Au-delà du monde du travail que dépeint à sa manière Maylis de Kerangal (Naissance d’un pont, Verticales) et du milieu financier (Journal intime d’une prédatrice, de Philippe Vasset, Fayard), d’autres thèmes d’actualité ont inspiré les écrivains. Notons le mariage forcé (La Grande Fête, de Karin Albou, Jacqueline Chambon), l’immigration et la polygamie (Celles qui attendent, de Fatou Diome, Flammarion) ou la précarité (Libre, seul et assoupi, de Romain Monnery, Au Diable Vauvert).

A un sujet précis, d’autres préfèrent le tableau d’époque en jouant du conte comme l’a fait Salim Bachi (Amours et aventures de Sindbad le marin, Gallimard) ou de l’anticipation comme Blandine Le Callet (La Ballade de Lila K, Stock) et Fanny Chiarello (L’éternité n’est pas si longue, L’Olivier).

Les grands traumatismes du XXe siècle – à commencer par la deuxième guerre mondiale – continuent de hanter les romanciers. Jamais sans doute rentrée n’a connu autant de récits de guerre, qu’il s’agisse de 1914-1918 (Bifteck, de Martin Provost, Phébus) ou de la guerre d’Espagne et du second conflit mondial (Antoine et Isabelle, de Vincent Borel, Sabine Wespieser). Toujours autour de la deuxième guerre mondiale, on pourra lire Des gifles au vinaigre, de Tony Cartano (Albin Michel), ou deux premiers romans : Sols, de Laurent Cohen (Actes Sud), et Le Wagon, d’Arnaud Rykner (Rouergue). Plus près de nous, ces retours de mémoires peuvent prendre la forme d’une vengeance, comme dans Le Troisième Jour de Chochana Boukhobza (Denoël) ou Zimmer d’Olivier Benyahya (Allia).

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