En faisant depuis des années la politique de Bruxelles, à savoir une politique orientée vers le libre-échange, la consommation de masse (avec des PIB où la consommation représente 70 %) et bien évidemment la solvabilité des États pour payer les dettes jusqu’à la lie, on ne fait aucune politique susceptible de fédérer la population.

Il n’y a ni vision ni projet, même si Macron hurlait pendant ses meetings de campagne « tel est notre projet ». Ce projet, ces projets sont tellement peu enthousiasmants qu’ils n’incitent ni au rêve ni à la mobilisation des énergies.

C’est la différence entre politique et Politique.

Faut-il une transition écologique ?

Évidemment. Elle n’est pas nécessaire, elle est indispensable ! Nous ne pouvons pas continuer à polluer nos terres avec les pesticides, nos eaux avec nos résidus, notre propre alimentation avec des cocktails chimiques détonants.

On ne peut pas polluer notre air à le rendre irrespirable. Alors, oui, la transition écologique est fondamentale, mais le terme est totalement impropre, car la transition écologique n’est qu’une petite partie d’un ensemble bien plus vaste. Cet ensemble c’est la transition économique et c’est autour de cette idée plus large que l’on doit politiquement mobiliser les énergies.

Il faut surtout une transition économique !

Le président Macron a fait des annonces. Elles ne sont évidemment pas à la hauteur ni des attentes, ni des enjeux, ni de la colère. Tout le monde râle, ce que je peux comprendre, pourtant peut-il seulement faire autrement ? Lui aussi évolue dans un cadre hypercontraint.

En maintenant ce cadre, il maintient ses contraintes. Marges de manœuvre fatalement réduites.

Cette transition économique ce serait quoi ?

Les contours sont les suivants. Le grand principe, c’est de passer d’une économie de production de masse nécessitant une masse de matières premières sans cesse plus grande, et basée sur une énergie abondante et peu coûteuse, à une économie circulaire et soutenable pour les équilibres environnementaux et écologiques.

La lutte contre le CO2 c’est bien, mais ce n’est en aucun cas l’alpha et l’oméga de l’écologie.
Le CO2 ne tue pas. Les particules fines tuent chaque jour.
Le CO2 ne tue pas. Les pesticides tuent chaque jour.
Le CO2 ne tue pas. Les eaux polluées tuent chaque jour.
Le CO2 ne tue pas. L’extraction minière de ressources rares tue tous les jours et pollue terriblement.

Tout réduire au CO2 est d’une bêtise insondable et reflète la vacuité de la pensée actuelle.

Nous devons faire migrer notre modèle économique basé sur l’illusion d’une croissance économique infinie vers un fonctionnement prenant en compte comme point de départ la finitude de notre planète et la limitation de nos ressources.

Pour cela, il faut en finir avec l’idée de croissance économique sous forme de toujours plus. Le problème c’est que tout fonctionne sur ce principe de toujours plus et de croissance infinie.

Notre Terre est vaste et riche. L’une des réponses les plus abouties aujourd’hui est l’économie circulaire. L’idée ? Tout se recycle, tout se répare. Tout doit être conçu pour être réparé et « upgradé » en changeant des modules facilement.

Pour illustrer cette idée, prenons le cas d’une voiture. Nos gouvernements successifs font des primes à la casse dont ils sont très fiers. L’idée géniale ? Mettre 2 tonnes de matière à la poubelle à chaque fois !! Rien n’empêche d’utiliser ces véhicules 20 ou 30 ans, à condition de pouvoir y changer les modules et les faire évoluer… en tout cas en partie. Il est vrai que les constructeurs ont fait de grands progrès dans le recyclage.

Prenez l’électroménager, ou les produits hi-fi. Tout part à la poubelle, plus rien n’est réparé, les mouchoirs sont jetables.

L’autre outil est évidemment la fiscalité. Voir la transition énergétique comme unique sujet avec comme unique action l’augmentation du prix de l’essence n’est pas audible et ne peut pas être audible.

Cela ne peut pas être audible quand les navires polluent plus que les voitures, quand les avions brûlent des tonnes de kérosène détaxées sans pot catalytique. Tout cela ne peut être que vécu comme de terribles injustices sociales.

La transition économique ne doit punir personne, elle doit fédérer chacun, mobiliser toutes les énergies vers un objectif de bien-être commun contre lequel personne ne sera opposé ! Au contraire.

Une nouvelle fiscalité globale.

Reste à définir une fiscalité basée sur l’empreinte environnementale de chaque produit, en prenant en considération ce qui est indispensable et nécessaire par rapport à ce qui est optionnel et de confort. Je peux me passer d’un « iFaune »… pas de bouteille de lait pour mes enfants. L’impôt sur le revenu ou même les charges sociales sur les salaires doivent se discuter !! Faire peser la fiscalité sur la consommation et pas sur le travail est plutôt une excellente idée.

Premier critère sur lequel nous pouvons tous nous accorder c’est l’utilité d’un produit. Est-il indispensable ou pas. De première nécessité ou pas. Les uns seront taxés par les autres évidemment. Là est la justice sociale.

Second critère, le poids du produit, le poids « matières premières » et ce qu’il faut prélever à l’environnement pour le fabriquer.

Troisième critère, la distance que ce produit doit parcourir pour être consommé. Je n’y suis pour rien si la Bretagne est plus proche que la Chine ou l’Amérique du Sud. La mangue à 1,50 €, cela n’a aucun sens. Nous pouvons payer notre mangue 5 €, parce que manger une mangue est un luxe, pas une obligation ni un droit.
C’est la même chose avec le saumon fumé. Gamins, nous n’en mangions qu’aux fêtes de Noël. C’était cher, et c’était un produit de luxe consommé au mieux une fois dans l’année. Nous étions collectivement plus heureux il y a 30 ans qu’aujourd’hui.

Quatrième critère sur lequel tout le monde pourra également s’accorder c’est de savoir si le produit est réutilisable. Prenons l’exemple d’un mouchoir. Enfants, nous n’avions pas de « kleenex » !!! (Ni de couches Pampers jetables, bon les couches jetables, j’admets, c’est franchement chouette). Nous avions des mouchoirs en tissu. Faut-il interdire les mouchoirs jetables ? Ou faut-il les taxer très fortement ? C’est évidemment un vrai sujet. Nous devons passer de l’économie où l’on jette tout à l’économie de la réutilisation que nous connaissions jusqu’en gros au début des années 80.

Cinquième critère, le produit est-il éco-conçu pour être réparé, amélioré, recyclé ?

En fonction, les taxes sur chaque produit doivent pouvoir aller de 0 à 500 % s’il le faut !!! Je n’achète pas une alliance en or tous les jours, ni un manteau en fourrure, ni un yacht, ni des cannes de golf, ni des raquettes de tennis, ni, ni, ni… Les taux de TVA devraient être multiples (et pas uniquement deux ou trois comme c’est le cas aujourd’hui !!

Il faut se désintoxiquer de la consommation !

Ce n’est pas de l’essence en particulier dont nous devons nous passer, mais de la consommation en général.

Nous sommes devenus des consommateurs compulsifs et délirants parce que le système a excité ce qu’il y avait de plus vil et de plus sot en nous. Tout cela ne nous a pas apporté le bonheur, mais l’illusion et l’occupation.

Cette grande transition économique est en réalité, même si les mots ne sont pas posés ainsi, l’attente profonde de tout un peuple.

Sur les ronds-points, les gens se parlent à nouveau comme jamais. Sur les ronds-points, les gens ne consomment plus, au contraire, ils vivent de la manière la plus simple et le plus souvent de la générosité des « autres ». Personne n’a organisé de « logistique ». Tout le monde apporte à tous en fonction de ses capacités et des besoins. C’est assez surprenant et… marquant.

Cela montre le besoin d’humanité et de sens.

Un autre monde est évidemment possible et souhaitable.

Alors pourquoi cette grande vision, ce vrai projet collectif auquel tout le monde devrait pouvoir être associé justement en utilisant les nouveaux outils de communication de masse comme les technologies des réseaux sociaux pour mettre en place une véritable démocratie participative, serait une manière d’apporter une solution constructive à nos problèmes. ?

Parce que le président Macron, malgré son jeune âge, est en réalité un dirigeant de l’ancien monde faisant la politique de l’ancien monde. Macron a sans doute oublié son cours de marxisme de première année.

Nous sommes confrontés à une situation de conflit entre infrastructure et superstructure qui rend une situation révolutionnaire inéluctable, surtout dans un pays comme la France. Je m’explique.

L’infrastructure, chez Marx, pour faire simple, est le concept philosophique qui désigne ce qui est relatif à la production. C’est, nous dirons, pour prendre un raccourci, tout le système économique.

La superstructure désigne l’ensemble des idées qui construit une société. On y trouve évidemment en premier lieu les institutions politiques, mais aussi la philosophie, les lois, la conscience de soi, etc.

Que se passe-t-il ?

La superstructure n’est tout simplement pas en cohérence avec l’infrastructure. Quand ces deux concepts divergent, alors les tensions sont inexorables. Les attentes de la population ne sont plus en phase ou de moins en moins avec les institutions politiques largement dépassées et pas du tout adaptées à un monde qui va de plus en plus vite, c’est aussi le cas des lois. Le temps du législateur n’est pas le même que celui des citoyens d’un monde devenu immédiat.

La révolution Internet a changé le monde et modifié les comportements. Les institutions ne sont plus adaptées à cette nouvelle réalité. La superstructure est devenue obsolète.

Macron n’a pas la latitude pour adapter la superstructure.

Macron, parce qu’il est le premier d’entre eux, mais c’est valable pour l’ensemble de la classe politique, est dans une situation terrible.

Pour adapter la superstructure à l’infrastructure, il faut, au-delà de la conscience du problème, les possibilités d’action pour le faire.

Or les abandons successifs de souveraineté de la France nous ont conduits dans une situation où les politiques n’ont plus de marge d’action. Ils sont donc techniquement dans l’impossibilité de faire ce qu’il faudrait faire.

L’Europe ne sera pas une solution, car personne n’est prêt à ce qu’elle en soit une véritable, et la France n’a plus les moyens de son adaptation.

La classe politique française est dans l’incapacité totale d’affronter les intérêts du monde marchand et des grandes multinationales. C’est exactement pour cette raison que je vous ai parlé, dans mon édito d’hier consacré à Total, de la complexité des causes d’une forme de soumission qui est la nôtre.

Il faudrait tout revoir de la cave au grenier. Ce que l’on nous propose c’est uniquement quelques centimes de plus sur le litre de gasoil, ou encore un report de la taxe poids lourds, ou l’interdiction des chaudières à fioul.

C’est très bien, mais évidemment cela ne constituera jamais une réponse politique crédible et susceptible de susciter une adhésion massive.

La complexité de la situation est évidemment terrible.

À ce niveau, il n’y a plus franchement de bonne solution.

Entre ne rien faire ou pas grand-chose, ce qui fut la politique du président Hollande, ou tenter de faire plus au risque de braquer immédiatement des équilibres sociaux précaires, dans le premier cas nous sommes dans le trop peu et trop tard, dans le second cas, les gens découvrent, effarés ce que j’explique depuis longtemps, à savoir que les conséquences de la faillite de la France ou les conséquences de la politique à conduire pour l’éviter sont sensiblement les mêmes. C’est la vitesse des désagréments qui varie.

Et ces conséquences sont effectivement très désagréables comme cela a été le cas pour le peuple italien avant nous, ou encore le peuple grec.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

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