L’accord sur la tenue d’un référendum en 2014 sur la question de l’indépendance de  l’Écosse, ou Calédonia, a été scellé ce lundi 15 octobre à Edimbourg entre David Cameron et Alex Salmond.

La question sera simple. Après des mois de négociations entre les deux parties, le gouvernement britannique et le parti indépendantiste écossais d’Alex Salmond, leader du Scottish National Party majoritaire au parlement écossais, la question sera simplement « Une écosse à part ou un Royaume-Uni ? » ou plus explicitement encore « Êtes-vous pour ou contre l’indépendance ? ».

Le dernier sondage en date sur cette question, publié le 8 octobre 2012, indiquait que moins d’un tiers  (28%) des 5,2 millions d’Ecossais souhaitaient quitter le giron du Royaume-Uni.

Les similitudes entre la situation écossaise et la situation calédonienne sont intéressantes :

–       L’homonymie, anecdotique, entre cette Caledonia et la Calédonie du découvreur Cook.

–       La date programmée pour ces deux référendums : 2014, autre clin d’œil de l’Histoire.

–       Le caractère bien trempé et l’histoire douloureuse des deux populations, écossaise et calédonienne, au sein d’états forts.

–       La part fortement minoritaire des indépendantiste dans les deux régions : entre un tiers et deux cinquième des populations.

Des différences apparaissent aussi, crûment :

–       L’acceptation d’une question claire et franche posée à la population écossaise par le pouvoir central anglais, et le flou artistique entretenu sur cette question référendaire à venir en Calédonie, sous couvert d’une solution consensuelle préférable.

–       L’existence de sondages fiables au Royaume-Uni et le tabou sur de telles enquêtes en Calédonie.

–       L’absence démocratique de menaces en Écosse en cas de défaite des indépendantistes, et les chantages  à la frustration des perdants indépendantistes à un référendum dit couperet en Calédonie.

Il est évident que toutes les avancées sociales et toutes les victoires démocratiques pour lesquels se sont battus et se battent tous les partis loyalistes sont extrêmement fragiles et provisoires sous l’épée de Damoclès de l’accession à l’indépendance et à la pleine souveraineté de la Calédonie.

Ces acquis ou combats sur retraites, couvertures et minima sociaux, règles sur les prix et loyers, monopoles, programmes éducatifs et universitaires, transferts périlleux et facultatifs de l’article 27, injustice communautaire de traitement des citoyens… vaudront quoi dans 2 ou 6 ans si la Calédonie est Kanaky et indépendante ? Ils ressemblent parfois à de l’agitation et des congratulations sur le pont d’un navire fou et à du petit entretien des machines d’un Titanic dont on doit avant tout tenir la barre et décider si l’on va dans l’iceberg ou si l’on s’en écarte.

La seule question valable à laquelle sont suspendues la validité, la légitimité et la pérennité de tous ces acquis et combats est « Voulez-vous rester français ou être indépendants ? ». Dans le cadre républicain français maintenu, ces acquis et combats ont une solidité et un sens, dans l’indépendance d’une Kanaky souveraine, ils sont caduques et vains, et soumis aux vents des nouveaux puissants du pays et aux incertitudes financières d’un mico-état brutalement sevré.

Le double, voire triple, langage de l’UC à Paris, Nouméa et New-York, l’admiration béate du Palika pour Vanuatu, le manque de parole des comités et collectifs kanak, la délinquance chronique et la violence disculpée voire justifiée et entretenue, la chaise vide rageuse de l’UC au prochain comité des signataires pourtant imposé par l’Accord qu’il a signé, augurent mal de toute solution qui ne serait pas l’indépendance kanak et socialiste radicale et permettent d’ouvrir les yeux des rêveurs sur ces hypothèses farfelues et ces paravents d’indépendance-association de type Mariannes, Cook ou Micronésie, que l’UC ne se donne même pas la peine de venir étudier en ce 16 octobre.

Des politiques, des juristes, des universitaires, des oligarques opportunistes veulent priver le peuple calédoniens d’un référendum clair et lui refiler à la place une solution « fédératrice et consensuelle » d’indépendance association, solution piégeante dont l’antinomie des termes se résoudra au bout de six en indépendance pure et dure.

La question « Voulez-vous cette belle formule fédératrice d’état associé à la France comme celle des 10 900 habitants des Îles Cook associées à la NZ, oui ou non ? » est une farce et un piège. La seule question à poser aux Calédoniens qui ne soit pas une farce et un piège est, comme pour les Écossais, « Êtes-vous pour l’indépendance de la Calédonie ou pour son maintien dans la France avec les cinq régaliennes confiées à la république ? ».

Examinons un peu à présent l’issue d’un tel référendum et quelques chiffres puisque les Calédoniens sont privés de sondages sur cette question cruciale :

–       La question de l’indépendance ayant toujours été posée par les mélanésiens, jetons un coup d’œil sur le dernier recensement 2009 et sur la déclaration d’appartenance des calédoniens recensés => population totale : 245 580 habitants ; kanak : 99 100 ; non-kanak : 146 480 ; 40,35 % de la population se déclare kanak ; 59,65 % de la population se déclare non-kanak.

–       Un regard aussi sur le collège général des électeurs (élections nationales et municipales) => 156 785 inscrits au 28 février 2010 au collège général ; soit, en appliquant le pourcentage précédent (40,35%), 63 262 électeurs déclarés kanak au recensement ; soit, en appliquant le pourcentage précédent (59,65%), 93 523 électeurs déclarés non-kanak au recensement .

–       Un regard encore sur le collège spécial des électeurs (élections provinciales) une fois exclus les 18 023 électeurs du tableau annexe) => 138 762 inscrits au 28 février 2010 au collège spécial ; soit, 63 262 électeurs déclarés kanak au recensement, chiffre qui ne change pas puisque ces électeurs ne sont pas de nouveaux arrivants (45,60% du corps spécial, ou gelé, des électeurs) ; soit, en appliquant le pourcentage précédent 75 500 électeurs déclarés non-kanak au recensement (54,40% du corps spécial, ou gelé, des électeurs).

–       Résultats des Provinciales 2009 => inscrits : 135 932 électeurs ; exprimés pour des partis indépendantistes : 36 900 (27,14% des inscrits ; 58,32% des électeurs inscrits déclarés kanak au recensement) ; exprimés pour des partis loyalistes : 59 658 (43,88% des inscrits ; 79% des électeurs inscrits déclarés non-kanak au recensement).

–       Résultats des législatives 2012 => inscrits : 165 776 électeurs ; exprimés pour des candidats indépendantistes : 23 499 (14,17% des inscrits ; 37,14% des électeurs inscrits déclarés kanak au recensement) ; exprimés pour des candidats loyalistes : 55 852 (33,69% des inscrits ; 58,46% des électeurs inscrits déclarés non-kanak au recensement).

Ces chiffres offrent différents enseignements :

–       la faible participation des électeurs kanak aux différentes élections.

–       La faible mobilisation pour les candidats indépendantistes au sein même des électeurs inscrits kanak.

–       Le désintérêt de l’électorat kanak pour les élections nationales.

–       L’écart global récurrent du simple au double entre le score des indépendantistes et celui des loyalistes aux différentes élections, y compris aux provinciales où le corps électoral est restreint en faveur des indépendantistes.

Donc « aller au référendum » prévu dans le TITRE IX de la Loi organique : LA CONSULTATION SUR L’ACCESSION À LA PLEINE SOUVERAINETÉ, articles 216, 217, 218, 219, 220, 221, 222, avec une question claire sur le maintien dans la France n’est ni une aventure ni un coup de force. L’Écosse, déjà très autonome, aura le pragmatisme, l’honnêteté démocratique, l’intelligence et le courage de le faire en 2014, sans drame, sans tension, sans menaces et sans que telle ou telle issue de son référendum constitue un casus belli. Pourquoi pas nous ? Pourquoi pas la Calédonie ? Pourquoi pas le peuple calédonien. Ne nous laissons pas confisquer notre choix. L’indépendance, qu’elle soit associée ou non, est un pays dont on ne revient jamais…

( par Jeffrey Tardy)

2 COMMENTS

  1. MAJ :

    L’Écosse, déjà très autonome, aura le pragmatisme, l’honnêteté démocratique, l’intelligence et le courage de le faire en 2014, sans drame, sans tension, sans menaces et sans que telle ou telle issue de son référendum ne constitue un casus belli. Pourquoi pas nous ? Pourquoi pas la Calédonie ? Pourquoi pas le peuple calédonien ?! Parce qu’il faut éviter la guerre ?! Cette guerre qu’on a déjà quotidiennement avec ces voitures volées-brûlées quotidiennement, ces maisons quotidiennement cambriolées ou incendiées, ces écoles et dispensaires sans arrêt saccagés, ces barrages et caillassages quotidiens, ces revendications et occupations permanentes, ces fêtes qui tournent régulièrement au grabuge armé, ces luttes tribales et féodales, récurrentes et meurtrières, cette monoculture de la drogue qui finance l’achat d’armes, ces agressions, violences et viols maniaques, ces dénis chroniques de parole et de démocratie des acteurs politiques, ces traitres qui vont cracher sur leur pays à l’étranger, à l’ONU ?! La guerre est déjà là, et si certains leaders et leurs laquais ont voulu éviter la guerre au prix du déshonneur, ils ont déjà le déshonneur et la guerre.

    Nous avons perdu une bataille, quelques batailles, mais pas la guerre. Que le peuple n’écoute plus ces leaders défaitistes et leurs laquais. La soumission et le défaitisme attise la haine, le mépris et l’agression de l’adversaire. Et le combat démocratique d’un référendum clair et sincère est le combat déterminé qu’il faut puissamment mener. France ou indépendance, ne nous laissons pas confisquer notre choix. L’indépendance, qu’elle soit associée ou non, est un pays dont on ne revient jamais…

    JT

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