L’art et la manière de berner le consommateur

L’art et la manière de berner le consommateur

Il est étonnant de voir à quel point le consommateur se laisse facilement manipuler.
Impossible de résister (ou alors si mollement!) à certains arguments mensongers mais désormais bien rodés.
Petit passage en revue – non exhaustif –  des plus efficaces.

1) L’écologie

Le meilleur, le plus difficile à parer car il fait appel à notre devoir moral de protection de la nature.
De mieux en mieux ancré dans nos esprits, c’est un argument majeur.

Un des plus beaux fleurons de son détournement à des fins mercantiles est sans conteste la suppression des sacs en plastique aux caisses de supermarchés.
Nul ne peut nier que ces sacs sont de vraies plaies écologiques lorsqu’ils sont abandonnés dans la nature, ou pire encore, en mer, par des usagers indélicats. Certes. La solution logique passe par l’éducation et le civisme, ce qui est un autre débat.

Les directions de supermarchés ont rapidement flairé en la matière une excellente opportunité de gagner encore plus d’argent sur le dos des gogos : on supprime les sacs, donc on supprime la pollution qu’ils peuvent induire et en bonus, on passe pour vertueux : CQFD !
Aussi simpliste que stupide, mais les consommateurs disciplinés que nous sommes ont avalé la couleuvre, après quelques grognements vite éteints.

Grâce à ce subterfuge, les supermarchés font de substantielles économies et ceci sur plusieurs fronts :
– évidemment, ces sacs gratuits n’ont pas été remplacés par d’autres,  les biodégradables par exemple;
– on propose désormais aux caisses d’autres sacs en plastique, bien épais, non biodégradables (donc encore plus polluants), mais surtout, que l’on fait payer au client bien sûr;
– en prime, les nombreuses personnes qui utilisaient les anciens sacs comme sacs poubelle doivent désormais acheter de «vrais» sacs poubelle (au supermarché, tant qu’à faire) qui eux non plus ne sont pas biodégradables !

On aurait pu espérer que tout l’argent gagné de la sorte serait au moins un tout petit peu répercuté au bénéfice du consommateur sous forme par exemple d’une légère baisse des prix.
Allons donc, arrêtons de rêver ! Bernés nous sommes, bernés nous serons jusqu’au bout !
D’autant que nombre de petits magasins se sont empressés de suivre l’exemple donnés par ces requins de la consommation.

2) Le service

Les exemples seraient trop nombreux, il faut choisir. Parlons donc des banques.
Elles sont sur la sellette depuis un moment, sans que cela ne change grand chose d’ailleurs, et nous ne parlerons pas ici des frais bancaires.

Apprécions plutôt la façon dont les banques diminuent la qualité de leurs services tout en essayant de nous faire croire le contraire.
Ainsi, les machines pour les remises de chèques ou d’espèces, présentées comme une amélioration car elles évitent l’attente aux guichets.
Certaines sont «rudimentaires» : on doit remplir soi-même le bordereau, le composter et le faire avaler par une machine.

Attention : ne surtout pas oublier de croiser les doigts pour qu’il n’y ait pas litige par la suite, car il sera alors bien difficile de justifier le nombre de chèques ou le montant des espèces que l’on a effectivement déposés. En effet, le simple compostage d’un papier que l’on a rempli soi-même ne peut en aucun cas justifier de quoi que ce soit !

Une autre version un peu plus évoluée de ces automates pour remises de chèques paraît de prime abord mériter le terme d’amélioration : en effet, celle-ci scanne les chèques un par un et délivre ensuite un bordereau.
Super ! Oui, sauf que … ce bordereau est imprimé sur papier thermique. Ce qui signifie qu’il s’efface au fil du temps et de la chaleur !
Quand on sait que la loi nous oblige à conserver ces documents pendant 5 ans … ça laisse rêveur.

La cerise sur le gâteau : ces machines sont aussi assorties dans certaines banques de l’interdiction pure et simple de passer comme autrefois par le guichet.
Merci Mme la Banque pour l’amélioration incontestable du service.

Pour rester dans le domaine bancaire, il y a également le bon plan du relevé envoyé par email.
Petit copié-collé de l’opération marketing d’une banque bien connue de la place :

Savez-vous qu’il est possible de recevoir sans surcoût vos relevés de compte en un simple clic sur xxxx ?
Allez de l’avant, optez pour le relevé en ligne et pour xxxx, et soyez doublement avantagé !
En plus de prendre soin de notre environnement, …
blablabla.

Sans surcoût ? Mais quelle générosité ! ainsi, la banque va économiser son papier d’impression, ses enveloppes, ses imprimantes, ses encres et ses affranchissements de courrier et tout cela sans surcoût pour nous, consommateur !!!
Non, là vraiment c’est trop de générosité !

Franchement, si ça ce n’est pas se moquer du monde …
Car là aussi, on cherchera en vain trace de ne serait-ce qu’une infime répercussion des économies engrangées par ce moyen.

A noter que cet exemple utilise à la fois l’argument du service et celui de l’écologie.
Ainsi, on nous parle de «prendre soin de notre environnement» en évitant les relevés sur papier, mais tous ceux qui pointent leurs comptes avec leurs relevés bancaires devront de toutes façons les imprimer pour les traiter.
Autant pour l’écologie ! La seule gagnante sera votre banque, car l’opération sera aux seuls frais du … consommateur.

Dans un autre genre, Les Nouvelles Calédoniennes ont contribué à ces louables efforts d’amélioration.
Sous prétexte d’une refonte plus performante de son site internet, plus moyen maintenant d’avoir accès à l’ensemble des articles comme autrefois.
Faire une recherche dans les archives est devenu un vrai casse-tête mais la bonne nouvelle est que bientôt, le consommateur pourra payer un abonnement pour retrouver tout ce qu’il avait gratuitement avant, ouf !
C’est-y pas mieux comme ça ? D’autant plus mesquin que le site des Nouvelles s’auto-finance grâce à ses pubs.

Tondre le mouton le plus ras possible

S’il reste encore quelques gouttes à extraire du consommateur-citron, pourquoi s’en priver ? Il n’a aucun moyen de se défendre, alors autant en profiter au maximum !

Telle est la «morale» de cette petite revue.

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17 commentaires

  1. Bon commentaire qui nous amène une fois de plus à ne pas prendre pour argent comptant tout ce qu'on nous dit. En ce qui me concerne, j'étais loin d'imaginer que les (nouveaux) sacs (payants) de supermarché n'étaient pas… biodégradables ! Tout à fait incroyable ! Quant aux banques, zéro surprise, car on connaît leurs procédés par coeur. Cordialement.

    1. La question aujourd'hui pour les plus gros, les plus importants trusts, ce n'est pas de tenir le cap pendant la crise, mais bien de gagner encore plus de fric grâce à la crise…

      C'est aussi simple que çà !!!

  2. A l'époque j'avais fait passer dans les infos ce petit article sur les sacs en plastique… L’écologie, un prétexte pour augmenter les bénéfices ?

    C’est ce que l’on pourrait supposer au regard des faits.

    En effet, vous avez certainement remarqué que la majorité des super et hypermarchés ne distribuent plus de poches plastique pour emballer vos achats. Considération à prendre en compte – mais je ne crois pas que ce soit le souci des grandes surfaces – c’est qu’il faut des dizaines de milliers de barils de pétrole pour fabriquer ces sacs d’où une économie d’énergie conséquente réalisée.

    Toutefois la principale raison évoquée est la protection de l’environnement : la matière plastique met des dizaines d’années à disparaître. Les sacs traînent dans tous les endroits possibles car ils sont jetés un peu partout ; en pleine mer les tortues marines ne les prennent-elles pas pour des proies qui, malheureusement, leur sont fatales ? Il n’y a pourtant pas si longtemps était annoncée l’arrivée en Nouvelle-Calédonie de sacs très fins biodégradables (BIOSAC) donc rapidement assimilables par le milieu naturel ; une entreprise calédonienne étant elle-même productrice donc créatrice d’emplois dans ce secteur.

    Supprimer les sacs en plastique de la grande distribution, est-ce bien la bonne alternative pour le porte-monnaie de la ménagère ?

    Tout d’abord cette décision a-t-elle été élaborée et votée par nos élus locaux ou bien s’agit-il d’une rationalisation des coûts menant à une augmentation des bénéfices de la part des directions des super et hypermarchés ?

    Au moins trois raisons font pencher la balance vers la seconde solution :

    – ne plus donner de sacs gratuitement signifie aussi ne plus les acheter donc une économie en termes de dépenses,

    – chacun sait qu’en Nouvelle-Calédonie (comme ailleurs) ces sacs plastique servent aussi de sacs poubelle et qu’il faudra bien les remplacer en tant que tels donc les acheter d’où une hausse des ventes de ces produits,

    – enfin s’il n’y a plus de sacs distribués aux caisses pour emballer les achats il va bien falloir s’en procurer autrement, c’est-à-dire que ce type de ventes va augmenter. J’ajouterai aussi que, dans ce cas, à voir ce que proposent les magasins, nous allons leur faire de la publicité gratuite car leur sigle et autre logo fleurissent sur les dits sacs…

    Ainsi derrière une action qui pourrait sembler désintéressée semble se cacher une banale opération mercantile.

    Il aurait été plus judicieux, car ayant un impact communicatif fort vers la population, de reverser les économies réalisées par la grande distribution à un fonds géré par les associations de défense de l’environnement.

    En ces temps où le pouvoir d’achat se rappelle à nous (inflation oblige), le cumul de ces petites dépenses non voulues est du plus mauvais effet sur les portes monnaies…

    Alain JANET docteur en sciences économiques

    1. En réponse à Alain Janet

      Oups, votre article m'a manifestement échappé à l'époque !

      Ceci dit, il est réconfortant pour le consommateur lambda de constater que votre analyse en tant que Docteur en Sciences Economiques va bien dans le même sens.

      Merci de nous en avoir fait bénéficier ici. 🙂

  3. côté environnement on appelle ça le green washing, c'est très utilisé. Les gens pensent faire une B.A pr l'environnement… hélas c'est l'entreprise qui en tire tous les profits. L'exemple des sac en plastique (pochon) est flagrant. Mais déjà à la base, combien coûte un emballage? Prenez l'exemple d'un téléphone portable. En soit c'est bénéfique pr l'Homme mais un si petit objet dans tant d'emballage. Bref Attention à ce qu'on veut nous montrer et ce qu'en réalité cela cache. Toujours du profit

  4. Bonjour !

    J'ai un peu survolé l'article que je sais déjà que je suis 200% d'accord avec tout ce qui est dit.

    Ce qui m'intéresserait, ce serait plutôt de savoir : ON FAIT QUOI ?

    Parce que se plaindre encore et encore sur internet ou avec ses potes, ouais OK mais moi je passe pour un râleur de première et je m'énerve de voir la molesse (ça se dit ?) des gens que je côtoie…

    Donc ? On fait quoi ?

    1. En réponse à Manu :

      On fait quoi ? C'est la grande question que se posent tous ceux qui en ont assez de se faire pigeonner sous les prétextes les plus divers.

      Ils sont très nombreux, mais pas fédérés pour autant, donc sans pouvoir.

      Se plaindre sur Internet a au moins le mérite de faire comprendre aux lecteurs qu'ils ne sont pas les seuls à être excédés par un certain nombre de choses.

      Faudrait-il créer une association de consommateurs supplémentaire ? Serait-elle plus efficaces que celles existant déjà ? Diviser serait plutôt affaiblir, non ?

      Des adhésions massives à l'UFC ou à l'ACNC pourraient être une amorce de réponse.

      Sinon, que suggérez-vous vous-même ?

      1. bonjour, je trouve moi aussi qu'en parler c'est déjà ça, oui … mais, c'est frustrant d'être là a critiquer sans rien pouvoir faire. je ne connais pas le droit et manque d'informations. quelqu'un aurait-il des notions qui nous permettrais d'agir. où chercher de l'aide? comment faire bouger les choses? comment se fait-il qu'autant de gens soient conscient de ces abus et que rien ne change?

  5. Ayant toujours trouvé ridicule de payer plus cher un produit, quel qu'il soit, pour afficher une enseigne ou un logo, je suis très irriteé de constater que les chalands payent sans rechigner des sacs avec lesquels ils vont servir d'homme sandwich ! Croyez-vous que les magazines, les médias, etc, acceptent de citer une marque gratuitement ? Non, ils se font payer très cher pour cela. Alors pourquoi le péquin moyen le fait en payant ???

    La solution est d'acheter un sac autre que ceux proposés en magasin. Un peu plus cher peut-être mais sans pub. Ou un bon vieux filet à provisions.

    Oui le sac plastique était pratique mais polluant. Les gens de mon age se souviennent sans doute que lorsque nous étions enfants, les ménagères avait un filet à provision (la filoche !). Ensuite, dans les années 70 il y a eu le sac en papier (que les américains ont gardé du reste). On revient donc en arrière et on prend le filet à provision. On n'a aucune raison de faire de la pub gratuite pour des "enculeurs de mouches".

  6. je trouve l'idée du bon vieux filet à provisions trés réjouissante, ou tout au moins des sacs perso que nous ne jeterons plus et qui, ni ne ferons de pub gratos pour tous ceux qui nous exploitent ni n'irons polluer nos villes, nos campagnes ou notre lagon.

  7. Première fois que j'écris sur un site, je suis entièrement d'accord mais "on fait quoi"?

    L'idée du filet à provisions est très bien???

  8. Ici à 600% d'accord avec ce qui a été décrit/expliqué plus haut!!!

    Les banques, les supermarchés, superettes ou autres hypers, et en fait, tout le reste, dixit le système de consomation, n'a jamais été fait pour nous faire gagner de l'argent mais bien pour nous faire vivoter juste ce qu'il faut pour pouvoir nous permettre d'engraisser les plus gros!

  9. Je reconnais qu'à chaque fois que j'arrive devant une caisse de supermarché, j'ai la désagréable impression d'être venu pour me faire braquer volontairement. Et avec chaque produit sorti du chariot pour mettre sur le tapis (lorsque celui-ci fonctionne),j'ai le sentiment d'être le dindon de la farce (de Noël). Et pourtant, mon épouse et moi, gagnons bien notre vie. Mais quand, au rayon charcuterie, on pèse mes tranches de foie gras avec l'emballage, on se dit qu'on vient de payer le morceau de plastique au prix du foie gras! C'est-à-dire, 10500F le kilo! On a beau avoir de bons revenus, c'est quand même cher les quelques molécules de matière dérivée du pétrole.

    Quant aux sacs plastiques, nous les avons remplacés par de bons vieux cabas ramenés de voyage. C'est même plus chic que d'exposer sur un gros sac plastique le nom du magasin qui vient de nous plumer. Alors n'hésitons pas à utiliser les filets à provision, les sacs en toile, les cabas.

  10. ouaip, vive le cabas……………

    et a bas les profiteurs, c'est un début……..

    j'ai eu une idée en vous lisant :

    ramener nos sacs qu'ils nous ont vendu………..on leur rend… et s'il n'en veulent pas.;;; bin on les met dans la poubelle, pres du stock de caddies………. voir dans le 1er caddie……….

    ne plus en acheter, et en plus leur ramener ceux qu'on a………….

    ce serait un bon truc………..

    car le mons que l'on puisse dire, ils pourraient nous l'offrir non;…

    je reflechis, je l'ai deja dit a une "fédé" + un blog conso.

    croyez moi sur parole si on arrive a 100 a "giant", avec tous nos sacs…….. et que l'on fait du bruit…. en plus on pourrait associer notre geste a des assos specialisées dans le sauvetage de la planete…. ils se bougeront……..

    reste a definir une date (un samedi, ce serait mieux)

    c'est une idée que je jette……..

    vous en penez quoi?

    chris

  11. Il est indéniable que le consommateur est pris pour une vache à lait.

    Cependant, n'importe qui peut adopter un comportement "écolo" sans pour autant ce faire plumer démesurément.

    Investir dans des sac solides, et les laisser dans le coffre de la voiture en permanence pour éviter d'acheter ceux du supermarché.

    Il n'est pas indispensable d'acheter des sac poubelles, la plupart des poubelles ont un compartiment étanche lavable…

    Pour l'exemple de l'emballage pesé avec le produit, et dans le cas du foie gras à 10500 F/kg. l'emballage doit probablement peser 1 ou 2 gr, soit 10 ou 20 fr. Ayant bosser dans le domaine des poids et mesures, je peux vous certifier que les balance des rayon charcuterie n'atteigne pas cette précision (même si elle l'affiche). Donc la précision de la balance peut aussi bien faire gagner ou perdre de l'argent au consommateur, et dans des proportion bien plus grandes que le papier d'emballage. Si cette pratique ne vous convient pas, vous pouvez fabriquer votre foie gras, ce qui n'est pas bien compliqué. Si vous n'avez pas le temps, que vous êtes trop occupés par votre travail, c'est que vous "dépenser" votre temps ailleurs pour gagner de l'argent. Cet argent provient d'autres gens que vous "facturez" et qui trouvent surement la note trop salée à leur gout.

    Si les pratiques de votre banque ne vous plaisent pas, vous pouvez aussi vous en passer, la loi n'oblige personne a posséder un compte en banque.

    Une chose est certaine. Toute ce qui apporte du confort, coute en ressources et en énergie. Le rapport production/consommation d'énergie zéro n'existe pas, et ce jusqu'à ce que l'homme invente le générateur sur-unitaire.

    Libre à chacun d'adopter un comportement optimal entre confort et gaspillage des ressources. Attendre que les industriels ou la grande distribution fasse les choix à notre place est une utopie, car comme vous, leur but est d'accumuler le plus de confort possible en gaspillant le moins de ressources possible.

    Si rien ne vous plait dans le système de consommation actuel, vous pouvez vous retirer dans un ashram en inde, ou dans un temple tibétain. La-bas, on ne consomme pas sac plastique, pas de facture EEC, pas de frais bancaire, pas d'emballage pesé avec le foie gras. On y mène une vie saine et on ne pollue quasiment pas…

    Tout est une question de choix, et chacun est libre de faire les siens.

  12. Titou tu es bien marrant mais peu d'employeur a l'heure actuel ne te prennent si tu ne possedes pas de compte en banque. Les versements de salaires se faisant par virement en grande partie, a moins bien sur d'etre a son compte et la encore je ne suis pas sur qu'il ne faille pas avoir un compte, ou de travailler au noir ce qui n'est pas conseillé. Alors ton idée de se passer des banques est un doux reve.

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