Alertes à la bombe à Paris : evacuation en video

La tour Eiffel et une station de RER ont été évacuées mardi…
Au lendemain de l’évacuation de près de 2.000 personnes à la gare RER de Saint-Michel, à Paris, et à la Tour Eiffel, le mystère demeure quant à l’origine de ces fausses alertes à la bombe. Décryptage.

Qui a pu appeler pour lancer les alertes?
«A mon avis, c’est un très mauvais plaisantin, estime Louis Caprioli, conseiller du groupe Geos et ancien responsable de la DST, contacté par 20minutes.fr. Un plaisantin qui a voulu tourner en dérision les autorités. Mais on peut tout imaginer.» Y compris, selon spécialiste, de fausses alertes de la part de terroristes, pour détourner l’attention jusqu’à une vraie attaque.

A moins que l’entretien de Bernard Squarcini dans le Journal du dimanche n’ait donné des idées à certains… «La menace n’a jamais été aussi grande», affirmait samedi 11 septembre Bernard Squarcini. «Quand on a une communication publique qui montre une France en alerte, même si on a les compétences pour discerner les vraies des fausses alertes, dans le doute, on préfère évacuer», explique Anne Giudicelli, de l’agence Terrorisc de conseil en terrorisme international. «Je reste perplexe quant à l’impact d’une telle communication dans un contexte particulier, le 11 septembre, qui est une date symbolique».

Que va-t-il se passer désormais pour ces deux alertes?
Une enquête va être menée par la police judiciaire de Paris. Le 3e district de police judiciaire de Paris est chargé de l’affaire de la gare RER de Saint-Michel, et la brigade criminelle a été saisie pour celle de la Tour Eiffel, des services qui ne sont pas spécialisés dans la lutte contre le terrorisme.

Quelles sont les menaces contre la France?
Selon Bernard Squarcini, il y a trois principales menaces en France: «Le Français converti qui se radicalise et monte son opération seul; Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI) (…) et les djihadistes», des Français partis se former au terrorisme en Afghanistan ou au Yémen.

«La France est intervenue militairement en Mauritanie en août et a abattu sept membres d’Al Qaida. Le chef du groupe avait alors réitéré des menaces contre la France», détaille Louis Caprioli. «Par ailleurs, la France est engagée en Afghanistan, et la guerre en Irak s’achève. Cet ensemble d’éléments fait que la menace est élevée.»

Néanmoins, lors de ses attentats, Al Qaida ne prévient jamais. Alors qui d’autre? «Ça peut aussi être les indépendantistes, estime Jean-Vincent Brisset, directeur de recherches à l’Iris. ETA est dans une situation extrêmement difficile, et la France est partie prenante contre l’organisation.» Or, ETA prévient généralement avant ses attentats. «Mais rien n’a explosé. Quand ETA prévient, quelque chose explose», souligne le spécialiste. «Ça peut donc être un fou furieux ou deux anciens artificiers qui avaient un peu trop bu et ont donné des détails crédibles sur la supposée bombe», poursuit-il.

Quand et comment prend-on la décision d’évacuer un site?
Le plan Vigipirate est en alerte rouge, avec une attention particulière pour les sites touristiques. «C’est tout le système du renseignement intérieur qui établit un niveau d’alerte, en fonction des indices qui vont et qui viennent», explique Jean-Vincent Brisset.

«On est obligé d’évacuer le site quand la menace est aussi élevée sur le territoire et qu’on reçoit ce genre d’appel, surtout quand il concerne des lieux aussi symboliques, le RER, c’était le premier attentat du GIA en 1995 et la Tour Eiffel, le symbole de Paris, était vraisemblablement visée par l’Airbus d’Air France détourné à Alger en décembre 1994», explique Louis Caprioli.

Néanmoins, quelques précautions sont prises avant évacuation. «Le message de menaces doit être cohérent. Si on a pu l’enregistrer, on fera une analyse de voix. On étudie ce qui a été dit, comment ça a été dit. Il y a tout un travail de psychologie, explique Jean-Vincent Brisset. On a pour consigne de faire parler la personne pour voir si c’est crédible ou pas». Ensuite, c’est la cellule de crise, en veille permanente dans le cadre de Vigipirate, qui prend la décision d’une évacuation. Dans ce cas, ça remonte jusqu’à la préfecture de police et au ministère de l’Intérieur.

L’appel anonyme a été passé vers 20h20, mardi soir, d’une cabine téléphonique parisienne. Il alertait la société qui gère la Tour Eiffel qu’une bombe était dans l’édifice.
Des brigades spécialisées se sont rendues sur les lieux et ont inspecté la Tour étage par étage, et écrou par écrou.Peu avant 21h00, la police a procédé à l’évacuation de plusieurs milliers de personnes aux abords de la Tour Eiffel.

Même scénario à la gare Saint-Michel du RER (à coté de Notre-Dame de Paris) évacuée vers 21h18. L’heure n’était alors pas à la plaisanterie, la gare ayant été l’objet d’un vrai attentat en 1995, qui avait fait 8 morts et 150 blessés.

Vers 23h30 la fouille de la Tour Eiffel n’ayant rien donné, le dispositif de sécurité a été levé.
La préfecture de police a confirmé qu’il s’agissait de deux fausses alertes à la bombe.
Quelle punition ?

L’article 322-14 du code pénal énonce que:
« Le fait de communiquer ou de divulguer une fausse information dans le but de faire croire qu’une destruction, une dégradation ou une détérioration dangereuse pour les personnes va être ou a été commise est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30.000 euros d’amende.

Est puni des mêmes peines le fait de communiquer ou de divulguer une fausse information faisant croire à un sinistre et de nature à provoquer l’intervention inutile des secours. »

Mais plus encore: l’administration qui s’est occupée des secours (police nationale par exemple) peut se constituer partie civile pour obtenir des dommages-intérêts (pour mise en œuvre de moyens humains et techniques importants etc).

La RATP et la SNCF pourraient également demander l’indemnisation de leur préjudice correspondant à « la perte d’exploitation ».
Conclusion: même si l’on s’ennuie en attendant le train, mieux vaut éviter d’émettre une fausse alerte à la bombe dans une gare. Cela peut coûter cher comme a déjà eu l’occasion de préciser la jurisprudence (cours d’appel de Paris, 19 mars 1996).


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