Ces Allemands qui en veulent aux Grecs…

L’opinion de pas mal d’Allemands quant aux déficits des « pays du sud » peut paraître sévère, voire arrogante ou méprisante.
Avant de s’en offusquer, on doit songer que depuis plus de dix ans, la classe moyenne et la population la moins favorisée de ce pays vivent sous le régime d’une véritable cure de cheval. Bien sûr, le patronat accorde quelques augmentations qui peuvent paraître substantielles, bien sûr dans beaucoup de secteurs les salaires sont plus élevés qu’en France (les médecins – 12000 euros en moyenne; les pharmaciens : 15 000; le personnel cabine de la Lufthansa: 5000, sont en grève et exigent une revalorisation solide! ), mais les retenues sont importantes, augmentent d’année en année et le nombre des laissés-pour-compte s’accroît et s’accroîtra davantage encore dans les années à venir.

Comme partout dans le monde, les riches s’enrichissent et les pauvres le sont davantage. Une fatalité?
On vient de calculer qu’un employé gagnant 2500 euros de salaire brut ne pourrait espérer en 2030 qu’une retraite minimale de 688 euros s’il a travaillé les 35 années réglementaires et 723 s’il a fait 40 ans ou plus (sachant que la retraite ne peut être perçue avant l’âge légal : 65 ans actuellement, 67 puis 69 bientôt) ! La cause est connue : le taux de retraite baisse, il est actuellement de 51% du salaire net moyen et il va progressivement passer à 43%! (Les fonctionnaires ne sont pas touchés par ces mesures: ils perçoivent quasiment 100% de leur dernier salaire pour des retenues minimales). Le gouvernement conjure ces gens de cotiser à une caisse privée, de préparer leur retraite par leurs  économies pour éviter la catastrophe et une aide sociale qui ne réussira probablement plus à subvenir à toutes les demandes. Et pourtant, cet employé ne bénéficie pas d’une grande marge de manœuvre durant sa vie professionnelle: net après impôt, cotisations et retenues diverses, de ses 2500 euros brut, il lui reste environ 1200 ou au mieux 1300 euros pour vivre. Cotiser en plus pour une assurance qui rapportera 3 ou 400 euros à l’heure de la retraite (comme si on pouvait préjuger de ce qui sera, d’ailleurs!) ne peut se faire sérieusement à moins de 200 euros par mois (et encore, si on commence jeune)!  Citoyen obéissant, convaincu qu’il faut faire des sacrifices pour sortir le pays, l’Europe des difficultés actuelles, difficultés auxquelles il ne comprend pas grand chose car lui, il n’a jamais vécu au-dessus de ses moyens, notre employé disposera donc d’environ 1000 euros (et dans de nombreux secteurs d’activité 20% de moins dans l’ancienne RDA). Bien sûr, les loyers en Allemagne sont comparativement meilleur marché qu’en France (mais cela va changer car les propriétaires sont obligés d’investir des sommes importantes pour isoler, pour rendre leurs maisons énergétiquement économes), bien sûr, l’Allemand des classes moyennes et inférieures n’a pas les habitudes culinaires du Français (?) et se contente davantage de repas souvent très simples, bien sûr les discounts font des prix imbattables…, il n’en reste pas moins qu’il lui faudra retourner deux fois chaque cent dans son porte-monnaie avant de le dépenser.

Et puis, il vient d’apprendre que le départ en retraite à 67 ans serait avancé: on parle désormais de 2015; certains affirment déjà que cela ne suffit pas et qu’il faut s’attendre à un départ à 69 ans à l’horizon de 2020!  Il travaille déjà 42 heures en moyenne et ses 25 jours ouvrables de congés sont menacés. Déjà, plus de 100 000 Allemands de plus de 74 ans exercent une activité rémunérée, un de ces « mini jobs » qui se sont multipliés, pour disposer de ce petit plus nécessaire à assurer simplement leur survie ou pour avoir l’impression de vivre moins mal dans ce monde où la consommation est la seule valeur (760 000 séniors travaillent dont 80 000 à plein temps!).
Que dirait-on en France si le KWh coûtait 22 cents et allait doubler dans les années qui viennent officiellement en raison du passage à une part croissante de sources d’énergie renouvelables (passage qui recueille il est vrai un consensus national), mutation sans doute souhaitable mais exploitée par les anciens magnats de l’énergie : les malins d’hier se révèlent être les malins d’aujourd’hui, qui en profitent  pour augmenter leurs profits? Que dirait-on si la taxe sur les eaux usées doublait le prix de l’eau, si l’assurance automobile coûtait comparativement le double de ce qu’elle est en France, si le coût de ce qui correspond à notre ancienne vignette était par exemple de 700 euros par an pour une golf diesel? Que dirait-on si tous les Français devaient acquitter une taxe sur les chats, les chiens, les chevaux, régler une redevance audiovisuelle double de celle pratiquée dans l’hexagone? etc., etc.
La vie en Allemagne est parfaite, comme partout, pour ceux qui ont de l’argent!

Alors on peut comprendre que tous ces gens qui tirent le diable par la queue particulièrement depuis les réformes du socialiste Schroeder (les vieux, les chômeurs, les Hartz IV (RMI)…), toutes ces personnes à revenus modestes – un enfant sur 3 vit dans une famille en difficulté –  ou à situation menacée se demandent s’il faut accepter plus de sacrifices pour donner des milliards à des pays où l’on ne s’est jamais privé de rien et où l’on ne fait aucun effort, car c’est ainsi que grossièrement on leur présente les choses, les hommes politiques comme les médias.

Facile ensuite d’instrumentaliser cette misère, facile, mais pas spécifiquement allemand. Les techniques d’intoxication varient, mais le but est le même: faire prendre à la majorité des vessies pour des lanternes, manipuler et manipuler encore.
François Hollande nous refait le coup des socialistes qui n’ont jamais été au pouvoir que pour mettre en place ce que la droite ne peut faire. Simpliste à pleurer, sans doute mais à chaque fois la même chose et ça marche.

François Labbé

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