C’etait il y a 20 ans..

À Ouvéa, le 5 mai 1988, l’armée donne l’assaut d’une grotte où des indépendantistes kanak retiennent 27 gendarmes en otage depuis deux semaines. Tous les otages sont libérés, mais 19 ravisseurs et deux militaires sont tués.

Un quart de siècle après le drame d’Ouvéa et les accords de Matignon qui établissent les bases d’une réconciliation, la Nouvelle-Calédonie est devenue un laboratoire du « vivre ensemble ».

Qu’il s’agisse des institutions, de l’économie, de la vie sociale et culturelle, l’archipel a ainsi connu nombre d’évolutions en vingt-cinq ans.

Le 22 avril 1988, en Nouvelle-Calédonie, des indépendantistes kanak (1) attaquaient la gendarmerie de l’île d’Ouvéa. Après avoir tué quatre gendarmes, ils se repliaient dans une grotte avec seize otages. Le 5 mai, à trois jours du second tour de l’élection présidentielle mettant aux prises François Mitterrand et Jacques Chirac, l’assaut de la grotte par des commandos de l’armée était lancé, faisant 19 morts parmi les Kanak et deux chez les militaires.

Après ce drame, pour éviter un point de non-retour, les leaders indépendantiste Jean-Marie Tjibaou et non-indépendantiste Jacques Lafleur acceptaient, le 26 juin de la même année, sous l’égide du premier ministre Michel Rocard, de signer les accords de Matignon. Ce compromis, qui a été enrichi par l’accord de Nouméa de 1998, prévoyait un processus de « réconciliation » passant par un « rééquilibrage » en faveur de la communauté mélanésienne dans plusieurs domaines, notamment institutionnel, économique, social et culturel.

Un quart de siècle plus tard, ce processus a indiscutablement produit des effets positifs, même s’il n’est pas achevé et peut connaître des limites.
Des provinces à dominante kanak

Pour mieux représenter la population kanak, les accords de Matignon ont institué trois provinces dotées de compétences : la province Sud (dont la population est en majorité d’origine européenne et où se trouve Nouméa, principale ville du territoire), la province Nord et la province des Îles Loyauté (dans lesquelles la population est à dominante mélanésienne).

Ces nouvelles structures comprennent chacune une assemblée qui élit en son sein un exécutif avec un président et des vice-présidents (ces derniers émanant des formations minoritaires). Leur champ d’action : le développement économique, la santé, l’aide sociale, la protection de l’environnement, l’enseignement secondaire, la culture, la jeunesse et les sports.

Auparavant, la Nouvelle-Calédonie était une seule entité administrative gérée depuis Nouméa par une seule assemblée territoriale et un haut-commissaire de la République. Ce découpage territorial a permis un réel rééquilibrage : depuis leur création, les provinces Nord et Îles Loyauté sont présidées par les indépendantistes kanak et la province Sud par les anti-indépendantistes, appelés aussi « loyalistes ».

Ce découpage territorial a permis aux Mélanésiens de participer à la gestion locale. Aujourd’hui, un autre débat est lancé, concernant la répartition des crédits publics entre la province Sud, qui dispose d’un budget contraint à destination d’une population toujours plus nombreuse venant notamment du reste du territoire, et les deux autres provinces, qui sont parvenues à se constituer des réserves financières. La province Sud accueille les trois quarts de la population calédonienne, qui est d’environ 250 000 habitants.
Une autonomie institutionnelle réelle

Signé le 20 août 1988 à la suite des pourparlers de Matignon, l’accord Oudinot (du nom de la rue où se trouve le ministère de l’outre-mer à Paris) avait prévu un référendum d’autodétermination au bout de dix ans. À l’approche de l’échéance, la procédure référendaire s’est révélée inopportune, les déséquilibres économiques restant importants au détriment des provinces Nord et Îles Loyauté.

Sous la houlette du premier ministre Lionel Jospin, les partenaires loyalistes et indépendantistes ont donc décidé, le 21 avril 1998, dans le cadre des accords de Nouméa, de reculer l’échéance du référendum aux années 2014-2018 et d’accorder à la Nouvelle-Calédonie une autonomie institutionnelle. Cela s’est traduit par la mise en place, à l’échelle du territoire, d’une assemblée délibérante (appelée « congrès ») et d’un gouvernement avec un président, élus par cette dernière. Les 54 membres du congrès sont des élus des assemblées provinciales et représentent l’exacte répartition des forces politiques. Le mode de scrutin est proportionnel aux divers échelons.

Congrès et gouvernement sont compétents pour prendre des décisions dans tous les domaines sauf dans ceux dits régaliens (défense, sécurité, justice, monnaie, diplomatie). Cela a nécessité, de la part de l’État français un vaste transfert de compétences avec les crédits afférents dans des secteurs aussi variés que l’économie, le social, la fiscalité, l’enseignement.

Le mouvement n’est pas complètement terminé. Mais, désormais, ce sont des « lois de pays » spécifiques qui régissent par exemple les conditions d’accès à l’emploi (préférence accordée aux Calédoniens), les taxes (pas de TVA, fortes taxes douanières) ou le contenu de certains programmes scolaires (adaptation de l’histoire et géographie aux réalités locales).

Ce système d’autonomie, qu’on retrouve en Polynésie, est original dans l’outre-mer français. Il a favorisé la réconciliation. Son fonctionnement n’est cependant pas à l’abri de l’instabilité politique. En 2011, la Nouvelle-Calédonie a connu plusieurs renversements de gouvernement liés à la polémique sur son futur drapeau, certains responsables défendant le drapeau unique et d’autres le double drapeau (français et kanak). Le gouvernement Fillon a dû faire voter une loi limitant, pour un groupe du congrès, le dépôt d’une motion de censure à une fois tous les 18 mois. Cette question du drapeau a renforcé les divisions à l’intérieur des camps loyaliste comme indépendantiste.
Un potentiel économique mieux réparti sur le territoire

Le sous-sol calédonien contient un quart des réserves mondiales de nickel. Longtemps seule, la Société Le Nickel (SLN) doit maintenant composer avec deux autres usines associées respectivement aux géants mondiaux Vale et Xstrata : l’une au sud à Goro et, surtout, l’autre au nord à Koniambo, qui vient juste d’entrer en production le 11 avril. Ces industries minières sont les « tracteurs » de l’économie calédonienne. Ce sont principalement elles qui assurent à la Nouvelle-Calédonie une croissance annuelle supérieure à 4 %, qui fait bien des envieux.

Ces industries minières sont les « tracteurs » de l’économie calédonienne. Ce sont principalement elles qui assurent à la Nouvelle-Calédonie une croissance annuelle supérieure à 4 %, qui fait bien des envieux.

L’autre atout économique calédonien, le tourisme, peine à se développer. Un paradoxe au regard de l’extraordinaire beauté du territoire. La Nouvelle-Calédonie plafonne à 100 000 visiteurs par an, dont un quart vient pour affaires. Les touristes dits « affinitaires », qui visitent leur famille, sont les plus nombreux… et les moins dépensiers.

Les structures hôtelières haut de gamme, principalement regroupées à Nouméa et l’île des Pins, sont insuffisantes pour attirer la clientèle étrangère : la situation devrait être bientôt corrigée par la réalisation à Bourail, sur la côte ouest, d’un projet d’hôtel 5 étoiles avec golf au bord du lagon. Un tourisme vert, destiné principalement à des Calédoniens, se développe aussi en partenariat avec les tribus.
Des inégalités sociales en partie réduites

Des mesures de démocratisation (stages, aides pour se former en métropole) ont permis à davantage de Kanak d’obtenir des diplômes d’études supérieures et d’accéder à des postes d’encadrement dans le privé ou la fonction publique. Mais cette communauté pâtit encore de plus d’inégalités que les autres. Ainsi, un non-Kanak a 4,79 fois plus de chance qu’un Kanak d’avoir le bac. Et le taux de chômage des 18 à 25 ans est de 26,4 % pour les Kanaks, 13,7 % pour les Walisiens-Futuniens, 3,7 % pour les Européens et 2,7 % pour les Asiatiques (2).

La croissance économique calédonienne ne s’est pas accompagnée d’un gommage des inégalités sociales. À l’instar d’autres territoires d’outre-mer, la Nouvelle-Calédonie a connu, ces dernières années, des manifestations « contre la vie chère ». En réponse, l’examen d’une loi antitrust est prévu prochainement au congrès.
L’identité kanak mise en valeur

Les accords de Matignon et Nouméa ont aussi fait de la mise en valeur de l’identité kanak un moyen essentiel de la réconciliation. Cette évolution s’est traduite dans plusieurs domaines. L’enseignement des langues kanak a été introduit dans les établissements scolaires. Une partie de la justice est rendue au nom du droit coutumier.

Des terres dites coutumières, d’où des tribus avaient été chassées à la fin du XIXe siècle, ont été rétrocédées. Sur le plan culturel, une intense activité est menée au profit de l’art kanak par le centre culturel Tjibaou de Nouméa. Parallèlement, on note dans l’archipel un engouement pour la connaissance des racines des Européens descendants de bagnards (ouverture au public de l’ancien bagne de l’Île Nou).

(sources : Lacroix)

JEAN FRANçOIS BODIN (à Nouméa) et ANTOINE FOUCHET

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5 commentaires

  1. 1) Pour le titre on aura compris qu’il s’agir de 25 et non 20 ans…

    2) Ah non, on ne va pas recommencer :
    « En 2011, la Nouvelle-Calédonie a connu plusieurs renversements de gouvernement liés à la polémique sur son futur drapeau, certains responsables défendant le drapeau unique et d’autres le double drapeau (français et kanak). Le gouvernement Fillon a dû faire voter une loi limitant, pour un groupe du congrès, le dépôt d’une motion de censure à une fois tous les 18 mois. Cette question du drapeau a renforcé les divisions à l’intérieur des camps loyaliste comme indépendantiste. »

    Non mon cher Jean-François, ce n’est pas tout à fait correct. En effet, il aurait été plus juste d’écrire « certain défendant le drapeau commun prévu dans les ADN et d’autres le double drapeau (Tricolore et indépendantiste)…

    3) Pffff, encore pas tout à fait d’accord avec toi mon cher Jean-François :
    « Ces industries minières sont les « tracteurs » de l’économie calédonienne. Ce sont principalement elles qui assurent à la Nouvelle-Calédonie une croissance annuelle supérieure à 4 %, qui fait bien des envieux.
    L’autre atout économique calédonien, le tourisme, peine à se développer. Un paradoxe au regard de l’extraordinaire beauté du territoire. La Nouvelle-Calédonie plafonne à 100 000 visiteurs par an, dont un quart vient pour affaires. Les touristes dits « affinitaires », qui visitent leur famille, sont les plus nombreux… et les moins dépensiers. »

    Oui la mine apporte énormément à la NC, mais de la à dire que c’est le moteur non, il y a aujourd’hui des services et de la production qui enrichissent la NC et dopent le PIB de manière très importante. Et c’est cette même économie qui vient contre balancer la stabilité du pays quand la mine est à la peine…
    Quand au tourisme, cela reste un voeux pieux…
    Alors parler d’économie en NC en ne citant que la mine et le tourisme, c’est vraiment grave, voir même criminel. Je vous mets donc un 3 sur 20 pour cette approche très limité de la situation…

    4) Des chiffres qu’il faut expliquer sans quoi l’interprétation est susceptible de ne pas être comprise :
    « Des mesures de démocratisation (stages, aides pour se former en métropole) ont permis à davantage de Kanak d’obtenir des diplômes d’études supérieures et d’accéder à des postes d’encadrement dans le privé ou la fonction publique. Mais cette communauté pâtit encore de plus d’inégalités que les autres. Ainsi, un non-Kanak a 4,79 fois plus de chance qu’un Kanak d’avoir le bac. Et le taux de chômage des 18 à 25 ans est de 26,4 % pour les Kanaks, 13,7 % pour les Walisiens-Futuniens, 3,7 % pour les Européens et 2,7 % pour les Asiatiques (2). »

    En effet, des chiffres qui peuvent dans un premier temps faire peur. Mais il me parait important d’indiquer qu’ils sont liés à des communautés ethnique qui ne vivent pas l’économie de marché de la même façon, et ne sont pas dans les mêmes obligations coutumières et familiales…
    On aura noté que les européens ne sont pas les mieux placé, or trop souvent on parle à tord de l’économie occidentale, alors qu’il faudrait juste parler de la société de consommation…
    De plus vivre en tribus rend difficile la « lecture » des codes de fonctionnement du monde citadin…
    Cela dit, si nous partons du principe qu’il faut que tous les Calédoniens toutes ethniques confondus vivent dans les villes et les villages et qu’ils travaillent, il ne faudra pas s’étonner de la perte totale et définitive des valeurs tribale par les mélanésiens…!!!

  2. « En effet, il aurait été plus juste d’écrire “certain défendant le drapeau commun prévu dans les ADN et d’autres le double drapeau (Tricolore et indépendantiste)… »

    Veux tu nous dire que ton drapeau prétendu commun, sera voué a remplacer également le Bleu blanc rouge ? Parce que s’il n’y a plus de double drapeau en lieu et place d’un drapeau commun, ça veut dire que la France disparait des institutions Calédoniennes non ?!? Serais tu partisan d’une nation Caldoche ??

    « Oui la mine apporte énormément à la NC, mais de la à dire que c’est le moteur non, il y a aujourd’hui des services et de la production qui enrichissent la NC et dopent le PIB de manière très importante. Et c’est cette même économie qui vient contre balancer la stabilité du pays quand la mine est à la peine… »

    D’une part ce n’est pas moteur qui est dit mais tracteur. En effet il n’y a pas que la mine, mais sans la mine, ses emplois, ses investissements et la redistribution de ses richesses, que serait le reste. C’est donc bien un élément tracteur et si l’on juge en terme d’emploi et de finances c’est également un élément essentiel de la Calédonie.

    1. Victor, je ne suis pas l’auteur de ce document, je ne fais donc qu’apporter une correction qui me semble « neutre »…
      Pour le drapeau commun (en commun), il n’a jamais été question qu’il se substitut au BBR, y a que des mec dans ton genre pour essayer de nous faire croire ça. Relis les ADN tu verras c’est simple, BBR + COMMUN, pas BBR + FLNKS…

      Pour la mine tu as raison il s’agit du mon tracteur, mais ensuite il est question de croissance porté principalement par ce secteur et là j’insiste, je signe et je persiste la croissance du Pays ce n’est pas la mine qui la porte en priorité… Sauf bien évidemment si tu t’arrête aux deux projets qui sont en phase de démobilisation…
      Mais depuis trente ans c’est l’ensemble de l’économie des services et de la production progresses et assurent quand la mine est en difficulté…
      Pour que la mine soit une véritable richesse pour la NC il faudrait que nous puissions conserver le fruit des résultats… Et c’est loin d’être le cas…
      La mine a été, sera sans doute encore une source de richesse, mais bien en dessous de ce que certain pensent, souhaitent ou imaginent…
      Tout miser sur ce secteur serait une erreur…!!! Mais bon, moi je suis pas un énarque alors forcément je suis une buse… Y a qu’à voir comment se porte l’Europe…!!!

      Mouarfff

      1. « Pour le drapeau commun (en commun), il n’a jamais été question qu’il se substitut au BBR, y a que des mec dans ton genre pour essayer de nous faire croire ça. Relis les ADN tu verras c’est simple, BBR + COMMUN, pas BBR + FLNKS… »

        A moins que certains esprits étroits puisse admettre que le drapeau Kanak puisse devenir ce fameux drapeau commun …

        Pour le reste c’est bien toi qui a écrit  » En effet, il aurait été plus juste d’écrire “certain défendant le drapeau commun prévu dans les ADN et d’autres le double drapeau » non ?!?.

        Donc si tu défends un drapeau unique contre deux drapeau … il faut donc bien que tu en retires un non ? Comme tu es partisan d’un drapeau commun calédonien … tu retires donc le drapeau national c’est ça ?

        Ou bien tu me confirmes que quoi qu’il en soit nous resterons avec deux drapeaux ? Et la je te renvoie à la précédente question pourquoi ne pas s’unir autour de ces deux drapeaux qui se sont combattus et ce jour se réunissent ??

        1. ???
          T’as un vrai souci avec les choses simples toi, t’es obligé de compliquer le truc…!!!
          Je ne suis pas pour deux drapeaux représentants deux idéaux, je suis pour ce qui a été prévu et rien de plus :
          L’étendard national + les couleurs représentatives de la NC… Comme n’importe qu’elle régions métropolitaines !!!

          Ça devient quand même un peu lourd cette insistance à vouloir nous faire prendre des vessies pour des lanternes….

          Bon j’attends encore ta réponse concernant la petite nation dans la grande qu’il faut défendre, cf les valeurs du RUMP !!!

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