De qui se moque André Dang ?

Métallurgie, ressources minières ou le risque d’une triple « impertinence »

IMPERTINENCE ne se veut pas ici au sens commun d’une insolence, d’une effronterie ou d’une inconvenance. L’impertinence dont nous voulons parler est à prendre en son sens le plus ancien et le plus littéraire du mot : manque de pertinence dans l’analyse des assertions ou raisonnements.

Monter la part de la STCPI à 51% dans le capital de la SLN ?

Si les collectivités publiques Provinces Sud, Nord et Îles possèdent 34% du capital de la SLN c’est bien grâce à l’État français qui en a financé 20 milliards pour cette opération. Une répartition du capital 50% Province Sud, 50% Nordil (75% Sofinor et 25% Sodil), avec la grande particularité d’une affectation inégalitaire des dividendes puisque la Province Sud n’en touche que 25%… autre rééquilibrage oblige.
Les dividendes doivent-ils servir à augmenter cette participation ?
Si l’argent privé est disponible pour financer des entreprises aussi capitalistiques que l’activité métallurgique, il n’incombe nullement à la puissance publique d’intervenir.
Aurions nous trop d’argent ? Le rendement des impôts est-il si performant ? Mais alors pourquoi parler de réforme fiscale ?
Plus sérieusement, les collectivités, d’une façon générale n’ont pas vocation a financer du capital, elles ont bien d’autres besoins dans de nombreux domaines : sociaux, équipements, équilibre des activités hors nickel etc…
Le rendement financier des participations en capital se sont d’éventuels bénéfices, non obligatoirement affectés aux dividendes. A de rares exceptions près, ceux-ci sont par définition irréguliers et volatils tout particulièrement dans le domaine métallurgique aussi fluctuant et dépendant de la conjoncture mondiale.
Être majoritaire cela implique d’être le moteur des investissements nécessaires et dans l’industrie lourde les montants sont tout de suite énormes.
Si aujourd’hui nous étions majoritaire à 51% dans la SLN nous aurions à résoudre la question du financement de la nouvelle usine électrique indispensable à Doniambo. Coût prévisionnel actuel : 80 milliards ! (l’IRPP ne rapporte au budget du Territoire que 20 milliards)
Ce n’est qu’un exemple de l’inadéquation des ressources fiscales aux nécessités de l’investissement productif.
Avoir la main c’est aussi être capable de faire face aux défis technologiques et commerciaux. Prendre le risque de se passer de l’expertise du plus grand groupe européen dans les métaux non ferreux n’est pas forcément « pertinent ».

Valeur ajoutée ou dividendes ?

La notion de « dividendes » est assez claire pour tout le monde, celle de « valeur ajoutée » l’est peut-être un peu moins.
Pour faire « très court », la valeur ajoutée d’une entreprise peut se résumer essentiellement dans la différence entre son chiffre d’affaires et la valeur des achats faits à l’extérieur de l’entreprise pour réaliser ce chiffre d’affaires.
Outre les impôts et taxes (par exemple les centimes additionnels), les bénéfices, c’est donc en particulier les salaires qui concourent à l’établissement de la valeur ajoutée.
Pour l’usine du Sud, 1200 permanents locaux, la masse salariale annuelle est supérieure à 7 milliards. Le programme environnemental et de reboisement coûte 300 millions par an.
On n’oubliera pas les nombreux sous-traitants, la restauration etc..
On peut supposer des montants de grandeur équivalente pour l’usine du Nord.
Même quand elles ne produisent pas encore, les retombées financières de ces usines sont donc extrêmement importantes et les retombées sociales probablement plus encore.
C’est très impressionnant de visiter ces monstres de technologies et de s’apercevoir combien de jeunes sont impliqués à tous les niveaux, maîtrise et ingénieurs compris. L’augmentation des compétences, l’accession aux savoirs, n’est-ce pas là la vraie richesse ?
En ce qui concerne la SLN les chiffres sont évidemment plus faciles à appréhender et connus depuis longtemps. Depuis 1992 la STCPI a reçu 36 milliards de dividendes et pendant le même temps les impôts, salaires, cotisations et sous-traitants payés par la SLN représentent 650 milliards.
Quand les usines sont là, il est évident que ces retombées directes ou indirectes ne sont pas aléatoires mais bien « pertinentes » pour la Nouvelle-Calédonie toute entière. Elles pèsent de l’ordre de vingt fois plus que les dividendes moyens. Compte tenu de l’ampleur des investissements réalisés pour Koniambo ou Goro (plus de 5 milliards de dollars US chacun) il n’y a peu de chances que l’ordre de grandeur de ce rapport change sur un horizon raisonnable.

Transformation locale ou étrangère ?

Le Comité des Signataires a lancé dès 2010, avec la collaboration de l’État, l’élaboration de l’étude d’un schéma directeur afin de mieux cerner les potentiels et les enjeux de notre patrimoine minier.
C’est le fameux « Schéma Stratégique Industriel » présenté officiellement par madame Anne Duthilleul le 24 février 2012.
Que dire de mieux que ce rapport au demeurant très remarquable :
« Au rythme soutenu actuellement engagé et bientôt atteint en Nouvelle-Calédonie, la production devrait atteindre près de 300.000 t/an de Ni. Contenu, soit 20% de la consommation mondiale. Cette position clé sur le marché, beaucoup plus significative qu’auparavant, permet d’espérer un bon retour économique sur le Territoire, si elle est bien gérée dans l’intérêt de tous.
Cela signifie de privilégier les usines sur le Territoire pour leur approvisionnement en minerais bruts…. Quant aux exportations, 60.000 t/an au moins continueront à être exportées dans diverses directions, dont le Japon pour les saprolites et l’Australie pour les limonites, faute d’autres débouchés à court terme pour ces dernières souvent « fatales » (c’est à dire sans emploi en N.C).
Par ailleurs, 54.000 t/an seront exportées par NMC et traitées en Corée sous couvert de la SNNC, toutes deux filiales de la SMSP, ce qui apportera à terme, après amortissements des emprunts, des dividendes à ses actionnaires…C’est ce changement de rythme qui constitue le véritable défi à court terme..
En conclusion, le rythme d’exploitation des ressources visé ne paraît pas excessif, mais il représente déjà une accélération forte principalement liée aux nouvelles usines. Il sera difficile à atteindre, même si les réserves sont suffisantes globalement. Il devra se poursuivre en excluant les concurrences directes et inéquitables envers les usines situées sur le Territoire. »

Est-il donc pertinent d’aller aider les grands aciéristes asiatiques, Coréens, Chinois, Japonais à passer du statut d’acheteur à celui de producteur donc de « concurrent » pour les produits de nos trois usines ? Ils seront d’autant plus performants que ces installations Nickel seront localisées dans des sites déjà fortement industrialisés, bénéficiant donc de main d’œuvre qualifiée et moins chère et aussi d’énergie à bon marché (pour partie d’ailleurs d’origine nucléaire !)

Ce balayage rapide de ces quelques interrogations minières ne serait pas objectif sans prendre la peine de rappeler toute l’aide que l’État français a apportée ces dernières années :
– 20 milliards pour la STCPI
– 20 milliards pour racheter à la SLN le massif du Konaimbo et le donner au projet de Vavouto.
– 20 milliards de défiscalisation pour chacune des deux nouvelles usines.

24 septembre 2012

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