DIALOGUE COLONIAL ITALO-GAULOIS

LETTRE OUVERTE À MONSIEUR MARIO MONTI, PRÉSIDENT DU CONSEIL DE LA RÉPUBLIQUE D’ITALIE,

Monsieur le Président du Conseil,
Je me permets de vous écrire en tant que Président du FLNGS, Front de Libération National Gaulois Socialiste. Je ne vous ferai pas l’injure de vous rappeler que votre pays, alors dénommé République de Rome, a colonisé le nôtre, la Gaule, voici plus de 2000 ans. Depuis la tragédie d’Alésia en 52 avant Jésus Christ, au cours de laquelle fut défait Vercingétorix, chef des armées du peuple premier gaulois, vous n’eûtes de cesse que d’interférer dans les affaires de notre pays. Je ne reviendrai pas sur les cinq siècles de colonisation qui ont laissé derrière eux d’irréparables séquelles. Sous prétexte de la Pax Romana, vous nous obligeâtes à adopter vos us et coutumes, votre mode de vie, votre organisation sociale, votre monnaie, votre agriculture, votre architecture gallo-romaine, dont certains vestiges, deux millénaires après leur édification, ont l’outrecuidance de perdurer encore. Vous nous inculquâtes, à notre corps défendant, les concepts de République et de démocratie, lesquels, soit dit en passant, furent honteusement copiés sur ceux de la Grèce antique, autre peuple colonisateur sur les mœurs duquel je préfère ne pas m’étendre, eu égard à leur réputation licencieuse. Par dessus tout, vous nous imposâtes votre maudite langue latine, nous contraignant dés lors à abandonner les dialectes vernaculaires issus du Celte continental.

Après le passage des hordes barbares qui vous chassèrent de notre pays à jamais défiguré par vos exactions esthétiques, vous auriez pu en rester là. Et bien non, il a fallu que vous persistiez à nous polluer culturellement dés la Renaissance avec votre art italien, qui, des siècles durant, déversa des tombereaux de peintres, de sculpteurs, de musiciens, et autres littérateurs, géniteurs d’une multitude de chefs-d’œuvre envahissants. De Michelangelo à Verdi en passant par Dante, tous contribuèrent à saturer nos circuits neuronaux d’une détestable culture latino-italienne.

Il est donc grand temps, pour vous monsieur le Président du Conseil, et pour votre peuple, de régler le montant de la dette coloniale. Sur le plan du numéraire, après calculs effectués au plus juste, elle se monte, intérêts compris, à deux mille milliards de Sesterces-or, convertissables en Euros. Charge à vous également de réhabiliter à vos frais tous les ouvrages architecturaux que vous abandonnâtes, voici quinze siècles, tels de vulgaires pollueurs culturels. Il serait trop long de les énumérer ici. Citons seulement le Pont du Gard, les Arènes de Nîmes, l’amphithéâtre de Lyon (Lugdunum) érigé sur ordre de l’empereur Hadrien et qui se trouve dans un état lamentable, faute de votre entretien. Accessoirement, mais il importe de ne point négliger le superflu, il vous appartiendra de requérir auprès de vos sportifs qu’ils s’inclinent lorsqu’une compétition, notamment footballistique, opposera nos deux nations.

Enfin et surtout, il vous faudra accueillir vos ressortissants. En effet, le Bureau Politique du FLNGS a pour projet d’effectuer de façon exhaustive une enquête génétique consistant en une analyse ADN de tous les habitants de la République Gauloise Socialiste. Après étude des résultats, nous définirons deux catégories de Citoyens : ceux qui détiennent dans leur caryotype d’authentiques gènes Gaulois et les autres. Seront ainsi distingués les Citoyens Premiers et les Citoyens Seconds. À ceux-ci seront appliqués diverses mesures restrictives quant au droit de vote et au droit du travail notamment. Tout refus de se plier à ces règles élémentaires de citoyenneté conduirait à l’expulsion du contrevenant hors des frontières de la Gaule Indépendante et Socialiste. Compte tenu de votre passé de colonisateur multiséculaire, il est certain que nombre de Citoyens Gaulois Seconds d’origine romaine devront être rendus à leur pays d’origine. Sachez monsieur le Président qu’en cas de troubles à l’ordre publique suscités par les descendants de côlons romano-italiens, nous pourrions être amenés à demander l’intervention de pays frères, tels que la République Islamique d’Iran ou la République Populaire de Corée du Nord, avec lesquels nous envisageons de constituer l’Axe des Pays du Fer de la Hache.

Je vous prie de croire, monsieur le Président, en l’expression de mes salutations distinguées.
Calcix. Président du FLNGS
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RÉPONSE DE MARIO MONTI À CALCYX, FLNGS

RÉPONSE DE MONSIEUR MARIO MONTI, PRÉSIDENT DU CONSEIL DE LA RÉPUBLIQUE D’ITALIE, À MONSIEUR CALCYX, PRÉSIDENT DU FLNGS, FRONT DE LIBÉRATION NATIONAL GAULOIS SOCIALISTE

Monsieur le Président du Bureau Politique du FLNGS, je me permets à mon tour de vous rappeler quelques éléments sur l’état de notre colonie de Gaule Transalpine après tant de siècles d’échanges et d’apports mutuels, que votre connaissance apparemment succincte de l’Histoire semble vous amener à négliger ou même à ignorer. Je ne me permettrais pas de suspecter de la mauvaise foi et de la stratégie dans cette tendance à laisser dans l’ombre les progrès que la Res Publica Romana a apportés à votre peuple.

Tout d’abord je ne vous apprendrai pas que la mère patrie romaine a octroyé depuis longtemps à vos trois provinces Sud, Nord et Île de France, initialement dénommées Narbonnaise, Aquitaine et Lyonnaise, un statut de très large autonomie vous permettant de lever vos impôts, d’organiser et gérer vos territoires et de nommer librement vos préfets et gouverneurs, les derniers en date, Petrus Maximae Auriculae, Paulus Magnus Barbatis et Nékar Hnepeanus étant désormais totalement indépendants dans leurs décisions, même si elles ne sont pas toujours sages et coûtent toujours cher au trésor central de la République.

Oubliez-vous vos disettes récurrentes, vos cultures périlleuses et laborieuses à flanc de montagne et votre déforestation anarchique par le feu que nos villae, notre irrigation, nos semences, nos variétés animales et notre science agraire rationnelles ont effacées ?

Oubliez-vous les sentiers caillouteux que nos voies romanae et nos navires ont remplacées, vous permettant enfin d’inventer votre nom et votre culture, de vous connaître entre tribus, et de reconnaître enfin les confins et les contours de votre terre, dont vous méconnaissiez l’existence et la réalité.

Oubliez-vous vos rivalités, vos guerres incessantes, vos peurs, rancœurs et méfiances perpétuelles, vos superstitions primitives et vos sacrifices sanglants dont nos lois et la douceur de notre philosophie latino-chrétienne vous ont débarrassé ?

Oubliez-vous votre hygiène basique, vos déjections déposées près de vos cases et de vos villages, vos potions magiques, vos incantations sous le gui, votre mortalité galopante que nos latrines publiques puis privées, nos soins civilisés, notre salubrité, notre prophylaxie ont fait reculer ?

Oubliez-vous votre aqua turbida, vos eaux troubles et souillées, vos maigres lumières, le ramassages du bois par vos bêtes de somme féminines et enfantines, vos communications limitées par les jambes de vos messagers et les inimitiés de vos voisins remplacées par nos aqueducs, nos combustibles évolués, nos adductions et notre messagerie moderne ?

Oubliez-vous vos vingt-huit langues et vos onze dialectes, cloisonnant et renfermant vos populations sur elles-mêmes auxquelles notre belle romana lingua s’est substituée, vous permettant les échanges, la connaissance de vous-même, l’universalisme et l’humanisme ?

Oubliez-vous votre monnaie en poil de sanglier dont le cours légal ne valait que dans l’espace limité de quelques arpents au gré des batailles et des vainqueurs éphémères dont le remplacement par les pièces frappées au visage de la République ont permis l’essor des échanges et du commerce, du commerce d’autres biens que des femmes et des terres ?

Oubliez-vous vos cases insalubres, enfumées, glacées ou brûlantes, infestées d’insectes et de nuisibles, que nos matériaux et notre architecture ont transformées en demeures vastes, ventilées, lumineuses et saines ?

Oubliez-vous les tapements de pieds éternels et les percussions répétitives et lancinantes de vos bardes guerriers, les monologues et palabres en boucle de vos orateurs féodaux et répétiteurs de conflits immémoriaux dans des aires limitées aux haines ancestrales que nos forums politiques, nos arènes, nos instruments et nos amphithéâtres ont convertis en espaces ouverts de parole, de dialogue, de chant, d’art universel et de poésie, dépassant même la haute mer, la Méditerranée, l’Océan, que vous n’osiez affronter ?

Oubliez-vous vos femmes, vos enfants et vos petits sujets, simples objets corvéables et négociables, auxquels nous avons donné statut, citoyenneté romaine, éducation, emplois, fonctions, digité et liberté ?

Oubliez-vous les morts et les massacres que vos rébellions et vos rebelles gaulois socialistes ont causé à notre douce Italie, les paisibles colons latins mariés à vos femmes, égorgés dans leur sommeil sur leurs terres de labeur, les blessures que les leaders de votre entêtement réactionnaire celte ont infligées à notre volonté de prospérité et de Pax Romana, d’Atai-Vercégétorix à Kotra-Napoleonius, en passant par Machorus Ferox, le chef de guerre de la Renaissance anti-italienne, que nos généreux traités ont pardonnés, auxquels nous avons tant donné et pardonné ?

Oubliez-vous ces gaules partisanes de la paix romaine, que vous avez convaincues et contraintes à l’insurrection à coups de cases et de villages brûlées, d’hommes martyrisés et de familles expulsées alors qu’elles désiraient le rattachement à l’Empire de sagesse et d’industrie ?

Oubliez-vous cet acharnement à cet ostracisme de rejet du métissage gallo-romain, pointilleux sur l’origine tribale, alors que nous avons proposé, avancé et fait vivre une humanité libérée des races et des haines et amoureuse de la personne et du citoyen ?

Non, Monsieur Calcyx, vous me semblez avoir le mémoire courte et sélective, comme un de vos leader du tri sélectif, sélecteur des hommes sur les femmes, et sélecteur des génétiquement conformes à l’autochtonie gauloise sur les colons de bonne volonté « pas d’ici » selon sa célèbre formule.

Je vous prie de croire, Monsieur Calcyx, Président du Bureau Politique du FLNGS, FRONT DE LIBÉRATION NATIONAL GAULOIS SOCIALISTE, en l’expression de mes salutations distinguées.

MARIO MONTI, PRÉSIDENT DU CONSEIL DE LA RÉPUBLIQUE D’ITALIE

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