Français, méfiez-vous des commémorations et des repentances ostentatoires !

Voilà! On nous le refait encore une fois! La France part en guerre pour défendre « des valeurs » !
Il y a moins de quinze jours, le Président, se rendait en Algérie et y reconnaissait les méfaits du colonialisme perpétrés par notre pays. On ne fera pas croire que l’intervention au Mali ou son éventualité n’aient pas été alors évoquées !
François Hollande n’est certainement pas sans ignorer que Charles X, ses ministres, ses amiraux et ses généraux se sont officiellement rendus en Algérie pour « pacifier » un nid de pirates insupportables, arguant même du soulagement de populations locales terrorisées par ces bandits ! En réalité, les Ultras au pouvoir songent d’abord à redorer ainsi le blason d’un roi mal en point et à détourner des difficultés sociales qui assaillent le pays.

Où est la différence entre cette nouvelle ingérence au Sahel et l’intervention en 1830 ? Aucune quant à la propagande officielle: anéantir le mal et libérer des peuples qui souffrent, avec en plus, de façon moins avouée le désir de donner une aura nouvelle au chef de guerre, oublier le marasme dans lequel la société française s’enfonce: un écran pour dissimuler les incompétences !
On arguera d’une différence essentielle puisqu’en 1830: on est vite passé d’une « intervention » punitive à une conquête permettant de mettre en coupe un pays et d’en faire une colonie.

Différence, sans doute, mais le caméléon colonialiste n’a jamais cessé de réapparaître ou, mieux encore, on a beau couper, à grand renfort de déclarations fracassantes et généreuses, les têtes de l’hydre du colonialisme, elles repoussent toujours sous les formes toujours moins décelables du néo-colonialisme…
D’ailleurs, on ne peut manquer de s’étonner de voir ressortir les mêmes arguments qu’avait utilisé Bush par exemple pour justifier les guerres qu’il a déclenchait : défendre le monde libre, faire en sorte que l’Irak, que l’Afghanistan ne deviennent pas les bases de départ d’un terrorisme inacceptable. C’est encore avec la même argumentation qu’Assad défend sa politique ! C’était aussi les raisons qu’invoquait Sarkozy lors de son intervention en Libye : les chemins de l’enfer sont pavés de mensonges fleuris, pourrait-on dire…
Alors, Bush, Assad, Sarkozy, Hollande, même combat ?

Eh oui ! Hélas.

Chassez la France-Afrique par la porte, elle rentre par une fenêtre ; repentez-vous des exactions commises lorsque la France était une « puissance » coloniale et réjouissez-vous de cette autre France, enveloppée dans sa dignité de pays des Droits de l’homme, qui fait semblant de jouer le rôle du flic, du bon flic de service.
Qui a appelé la France ? Le régime (démocratique) de Bamako ? Le régime (non moins démocratique) de Niamey? Celui de N’Djamena? De Lomé ? Qui sont les « terroristes » ? Islamistes ? Combattants Touareg ? Émules des printemps arabes ? Bandits de grands chemins ?
Tuez-les Tous, Dieu reconnaîtra les siens…

Quant à une intervention entièrement généreuse et gratuite de la France, demandons par exemple ce qu’AREVA en pense !!!
C’est une constante de la politique française : quand on commémore, quand on célèbre, quand on jure que demain sera autre, il y a danger et on devrait commencer à le savoir : tout retour vers les erreurs du passé, tout enlisement dans les mauvaises habitudes a besoin d’une sorte de baptême préalable, d’une cérémonie purificatrice qui passe par les mots, les trémolos dans la voix, les célébrations et les symboles.

La France est le pays de Robert Houdin!

Inutile de retourner trop loin en arrière pour s’en assurer.
La Fête de la Fédération, comme son nom l’indique, a un but officiel : réconcilier les Français, marquer la fin des exactions qui commencent à marquer la Révolution initiée par la Prise de la Bastille. Les estrades sont montées par un peuple enthousiaste, chacun veut y participer. On vient même des provinces : paysans, ouvriers, bourgeois, aristocrates… Le déluge qui préside aux cérémonies ne décourage pas la foule heureuse de cette fête, de cette grand messe célébrée par Talleyrand, qui annonce des lendemains qui chanteront avec l’union du Peuple, de l’Église et du Trône… Or ces lendemains seront l’enfoncement dans la guerre, la Terreur, une période d’instabilité que le coup d’état du 18 brumaire semblera clore par le grand guignolesque couronnement de l’empereur, là encore présenté comme un nouveau départ, une nouvelle ère, la réunion des valeurs de la France éternelle et de celles de la Révolution. Cesar Imperator. Là aussi on sait que l’Empire sera en fait le point de départ d’une politique économico-militaire de conquêtes et de pillage des pays « libérés », une fuite en avant.

Lorsque le gouvernement socialiste fête, à grand renfort de discours et de célébrations aux quatre coins de la France, le centenaire de la Révolution, on hésite alors entre ce qu’on commémore,1789, 1790 ou 1793, la Bastille signe de la volonté de rompre avec l’arbitraire, la Fête de la Fédération, symbole d’une France unie et humaniste, Robespierre? Peu importe après tout: on commémore au nom des Droits de l’Homme. Pendant ce temps la France colonialiste monte en puissance: Schoelcher vient de commencer à publier le Moniteur des Colonies, Brazza est commissaire général au Congo, le Congo et le Gabon sont fusionnés administrativement, la Centrafrique entre dans le giron national, bientôt ce sera le tour du Dahomey, tous les Européens d’Algérie reçoivent la nationalité française, on administre les conquêtes asiatiques, Lyautey est un héros partout fêté… !
Lorsque De Gaulle descend les Champs-Élysées en 1945, entouré de futurs ministres de tous les Partis, le bon peuple peut croire aux discours qui célèbrent justement la fin des années de plomb et annoncent un renouveau dans l’union et le désir d’un effort commun pour créer une société moderne, égalitaire et dynamique. Mais déjà, dans l’ombre, les tensions entre ces partis, les dissensions internes dans le gouvernement, la politique d’épuration démentent ces paroles d’espoir, et peu après avoir vaincu et dénoncé la barbarie nazie, le pangermanisme endémique qui lui était consubstantiel, la France se lance dans l’aventure indochinoise avant de continuer à fourbir ses armes dans une guerre déshonorante en Algérie où un ancien de la Francisque, alors ministre de l’intérieur, François Mitterrand, fait, sans vergogne, preuve de poigne!

Lorsque De Gaulle annonce aux Algériens au cours de son voyage en Algérie qu’il les a compris (et l’étude de ses discours montre que sa phrase n’a pas l’ambiguïté qu’on lui a prêtée après-coup : il croit encore vraiment à une Algérie française), ses discours sonnent le glas des espérances de ceux qui, comme Albert Camus, pensent un peu naïvement qu’il existerait une troisième voie entre l’indépendance et le statut existant, colonial, même si la porte est étroite.
Lorsque Mitterrand inaugure à grand renfort de Jean-Paul Goude et de clinquant « moderne », Jack Lang, et sa cohorte de Bobos parisiens, en maître de cérémonies, le bicentenaire de la Révolution, ces commémorations marquent en fait la fin d’une France qui a continué à se croire socialiste et qui vire dans un libéralisme pur et dur, laissant ce socialisme au niveau des paroles, des imprécations, des jurements, des tics de langage et des mythes, un socialisme exsangue que Jospin épuisera davantage avec ses dénationalisations…
Et maintenant François Hollande…, le couronnement de la duplicité si l’on n’était pas en République.
Aujourd’hui, «il» intervient au Mali, il commémore le cinquantenaire des accords (surtout économiques) De Gaulle-Adenauer, demain, à lui les commémorations de la Grande Guerre. Hollande en Poilu!

Gare!

Je rêve d’une classe politique totalement nouvelle, de gens jeunes aux idées neuves, d’une classe politique où on ne fait pas carrière, mais où l’on offre quelques années de sa vie sans possibilité d’être député ou sénateur à vie ou presque, sans cumul possible, une classe politique vraiment démocratique attaché au droit des gens, à l’écologie, au vrai respect de l’autre et non plus dissimulant ses mauvaises manières, ses projets abjects derrière l’écran de vieilles paroles incantatoires et fausses.
Je rêve d’un pays libéré de ses caciques, de ses politiciens et notables qui se répètent au cours des générations et véhiculent les mêmes idées toutes faites, les mêmes mythes, ces éteignoirs qui font que demain ne chantera jamais si elles se perpétuent.
Je rêve d’un poids nouveau accordé à chacun. Les technologies actuelles permettent d’imaginer un nouveau visage de la démocratie.
Je rêve mais un ami libraire, un type sympa pourtant, on ne peut plus de gauche, m’a estomaqué hier. En m’offrant une verveine, assis au milieu de ses livres, il m’a dit : «  On va les exterminer ! ». Il s’est mis à parler comme LE président, celui qui a enfin montré qu’il avait des c…! Ah! Dis donc!

La voix de son maître ?

Je lui ai bien dit que jusqu’ici, on n’avait pas encore vu réussir ce genre d’extermination, que les Russes, les Américains, les Anglais, les Français même s’y était toujours cassé les dents…
«  Tu ne serais pas un peu défaitiste ? », m’a-t-il demandé en soufflant sur son infusion brûlante.
Je me suis tu. En 1916, on les passait par les armes les défaitistes! Le pays est en guerre, fais gaffe, je me suis dit. Dans Voyage au bout de la nuit, Céline raconte cette histoire de ce bon patriote qui avait abattu son chien et l’avait fait savoir un peu partout. Pensez ! Son clebs était un berger allemand ! Fais donc gaffe, que je me suis répété, on ne sait jamais ! Les médias disent que tout le monde soutien le président…
Céline et son histoire de chien ! Tant pis, je n’ai pas envie de hurler avec les loups ! Cagou, je t’envoie mes faibles pensées ! En Calédonie aussi, il faut se méfier des commémorations ! Et il y en a quelques-unes qui se profilent à l’horizon…
François Labbé

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