IL ÉTAIT UNE FOIS UNE CLOCHE… (CONTE)

Comité ou cons mités, la grosse cloche sonne…

Il était une fois un comité paroissial qui avait envie d’une belle cloche pour sa chapelle. Il œuvra et fit tant et tant par ses kermesses et ses bingos qu’il réunit un beau million et s’offrit un joli bourdon pour appeler ses fidèles à l’office. Près de l’édifice religieux les courageux croyants entreprirent alors de sceller deux poteaux pour y hisser et y suspendre leur cloche chérie. Vinrent à passer alors de jeunes sergents de police récemment enrôlés à grands frais sur les deniers du peuple en principe pour contrer la canaille, mais qui demandèrent sévèrement des comptes à ces braves gens. Avaient-ils les permis ? Avaient-ils les autorisations pour lancer ces audacieuses opérations ?! Ils allaient se faire sonner les cloches ! On allait voir ce qu’on allait voir !

Le lendemain, alors que nos amis très pratiquants poursuivaient leurs humbles travaux, d’autres gens de police, mais anciens et gradés ceux-là, surgirent en trombe dans leur carrosse rutilant. Quoi ?! Ils s’entêtaient ! N’avaient-ils pas compris ?! Non seulement les permis manquaient, mais en plus l’édification s’opérait en zone maritime !!! Mais ! protestèrent timidement les pauvres manants, notre chapelle elle-même est bâtie en zone maritime ! Où voudriez-vous que l’on fit son beffroi ?! À dix lieues de notre douce petite église ?! Taisez-vous donc insolents ! aboya la maréchaussée, vous n’aviez qu’à passer par les circuits royaux de la cité et de son Prince. Et que nous a-t-on rapporté ?! Vous avez osé contester et renvoyer le bon sénéchal de votre comité paroissial, qui avait toute la confiance de notre vénéré Duc ! Vous n’avez que ce que vous méritez ! Demain on vous enverra l’armée, hurlèrent ces agents sans pitié !

Le jour suivant nos malheureux villageois s’attendaient au pire quand ils virent arriver le rusé conseiller du Prince qui surveillait et contrôlait tous les faits et gestes de ce comté. Quand est-il exactement mes braves ? demanda le fourbe personnage avec un ton doucereux. Vous avez été certes imprudents mais il y a certainement une solution à tout cela, fiez-vous à moi, attendons patiemment, je parlerai pour vous en haut lieu, conclut-il en tournant les talons, fort satisfait des génuflexions de ces petites gens angoissés, confondus en remerciements. Le temps de l’élection du nouveau bailli du canton approchait et le perfide conseiller, espion et experts en mauvais coups, savait qu’il ne fallait pas s’aliéner l’affection de ces naïfs dévots.

Deux poteaux et une pauvre cloche ici, onze hectares de magasins édifiés en douce là-bas… Selon que vous serez puissant ou misérable…

(Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé ne serait sans doute pas que pure coïncidence…)

©tardy, 2013, Les Plus beaux contes de la mystérieuse Cité d’Or, Lucky Editions

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