Kylie, la femme-caméléon.

kylieAu départ, c’était une petite poupée aux grands yeux rieurs, aux joues roses et à la chevelure blonde choucroutée qui donnait de la voix sur des ritournelles pop acidulées écrites à la va-vite par Stock-Aitken-Waterman, un trio de producteurs anglais aussi prolifique qu’une usine de confection basée au Pakistan. A l’époque, ces faiseurs de tubes écrivent pour une centaine d’artistes jetables et leurs compositions, souvent taxées de soupes par les professionnels de la musique, se consomment comme une sucrerie: C’est bon, ça donne envie d’y goûter encore et encore mais, très vite, on finit par trouver tout ce sucre écoeurant et même carrément indigeste. Alors on oublie et on passe vite à autre chose. Seulement, à l’inverse de ses collègues chanteurs qui n’ont rien vu venir, Kylie a anticipé cette chute et a décidé de ne plus participer à ce gavage collectif de pop sucrée. Comme l’a chanté Polnareff, la poupée à dit non. Fuyant le trio de producteurs anglais qui ne voyait en elle qu’une machine à fric tout juste capable de chanter des paroles niaises, la marionnette a définitivement coupé ses fils pour prendre son envol. Et quel envol!

 Accomplissant sa belle chrysalide, la poupée de celluloïde se transforme peu à peu en une femme aux courbes parfaites, plus féminine dans son apparence et plus affirmée dans ses choix de chansons. Pour casser son image désuette, elle n’hésite pas à se la jouer sexy, provocante mais pas trop, et surtout, elle devient ce qu’elle n’a pas être depuis ses débuts: Libre. Elle flirte ainsi avec la scène underground, collabore avec des nouveaux talents issus d’internet, mais prend surtout des risques qui se révéleront casse-gueule. Habitués aux ritournelles de ses débuts, les fans, désarçonnés par ce virage musical à 180 degrés, lui tournent peu à peu le dos et la micro-chanteuse commence alors une traversée du désert de plusieurs années. Reste le noyau dur de son fan-club qui la soutient toujours et continue de plébisciter ses errances musicales. Bizarrement, l’industrie du disque qui la décriait tant commence à s’intéresser à son cas et souligne même son audace. Seulement voilà! Kylie ne vend plus aussi bien et pour beaucoup, cet enlisement marque la fin de sa carrière.

Seulement, c’est mal connaître l’australienne qui, à l’instar de ses cousins kangourous, rebondit très vite. Elle change de maisons de disques, revient à des sonorités plus électro et ose le micro-short comme vêtement de base de sa nouvelle garde-robe. Le buzz est lancé, Kylie revient sur le devant de la scène. Comme à l’époque de Stock-Aitken-Waterman, elle multiplie les hits, explose en live où ses performances scéniques et vocales sont unanimement saluées, et redevient la petite ( devenue grande! ) princesse de la pop. Plus rien ne peut l’arrêter. Ni son cancer du sein qui l’éloigne un temps de la scène, ni l’arrivée de ses nouvelles et jeunes consœurs telles Lady gaga ou Rihanna. A l’inverse de ces adeptes du trash et de la provocation, Kylie choisit la simplicité et l’authenticité. Certes, elle reste sexy mais n’en abuse pas. Son truc, à elle, c’est avant tout la musique et la communion avec ses fans. Pas l’écartage de cuisses, ni les bodys en latex.

En vingt-cinq ans de carrière, la petite princesse de la pop acidulée est devenue l’une des reines incontestées du dancefloor et de la scène. En vrai caméléon, elle revient toujours là où on ne l’attend pas. Pop, indie, jazz, dance, disco, rock, elle multiplie les genres et les identités, faisant un pied de nez à tout ceux qui ne voyaient en elle qu’une chanteuse jetable sans envergure, ni carrière durable. Car c’est aussi ça, la marque Kylie. La durée. Qu’on aime ou qu’on déteste l’australienne de poche, force est de constater que très peu d’artistes ont réussi le pari de durer aussi longtemps. Et cela risque fort de continuer encore longtemps car, à l’instar de son nouveau titre appelé très justement «Timebomb», le compte à rebours vers la continuité de son succès ne fait que commencer.

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