L’histoire ne répète pas…, dit-on. ( par F.Labbe)

Le 23 novembre 1936, il y a donc 74 ans, le journaliste et écrivain allemand Carl von Ossietzky était désigné pour être le lauréat – en ces années où partout en Europe les armes et les totalitarismes se fourbissent – du prix Nobel de la Paix.

Ossietzky est sans doute mal connu en France. Né en 1889, après de courtes études et un emploi de greffier en second au tribunal administratif de Hambourg, il devient, en 1908, membre de l’Union démocratique et de la Société de la paix allemande. A partir de 1911, il collabore au journal Le Peuple Libre. En raison d’un article considéré comme injurieux à l’endroit des tribunaux militaires, il est condamné à une forte amende en 1914 et doit rejoindre une compagnie d’infanterie sur le front en France. Il sera à Verdun et écrira de nombreux articles contre ceux qui ont tendance à « romantiser » et héroïser ces combats dans lesquels il ne voit que mépris de l’homme, inhumanité et barbarie.

En novembre 1918, il est membre du Conseil ouvrier et militaire de Hambourg, puis se rend à Berlin comme secrétaire général de la Société de la paix. C’est alors qu’il publie son principal ouvrage, dans lequel il insiste sur l’importance d’une prise de conscience civile, citoyenne et démocratique pour la République de Weimar. Parallèlement, il travaille au Journal populaire et rencontre un autre auteur partageant ses convictions, Kurt Tucholsky, à l’occasion de la naissance du mouvement pacifiste « Plus jamais ça » qu’il contribue à fonder. Il sera aussi une des chevilles ouvrières du Parti républicain, parti éphémère, socialiste et démocratique. Il collabore entre 1924 et 1925 aux journaux libéraux de gauche Le Journal (Das Tagebuch) et Lundi Matin.

En 1927, il devient rédacteur en chef de La scène mondiale (Weltbühne) et il n’aura de cesse d’y combattre les montées totalitaires, de dénoncer les faiblesses de la république de Weimar, ce qui l’amènera à plusieurs reprises devant les tribunaux.

En 1931, à la suite d’un important article contre le crypto-réarmement allemand, il est condamné à 18 mois de forteresse pour trahison de secrets militaires.

En 1933, il refuse de quitter l’Allemagne mais il est dès février arrêté et torturé par la gestapo. Sa Weltbühne est interdite et on l’enferme au camp de concentration Sonnenburg puis  à Esterwegen  en 1934.

Atteint de tuberculose, affaibli par les mauvais traitements  (Un membre de la Croix-Rouge suisse demandera à le voir et  « L’officier SS revint avec un homme tremblant de peur, blanc comme un cadavre, une pauvre créature qui semblait incapable de ressentir quoi que se soit. Toutes ses dents étaient brisées et il traînait une jambe cassée mal ressoudée. Je lui tendis la main. Il ne répondit pas… »), on le place sous surveillance à l’hôpital de Berlin en 1936. En novembre, le prix Nobel de la Paix lui est décerné pour l’année 1935. Il ne pourra se rendre à Oslo. Hitler a décidé qu’aucun Allemand n’accepterait désormais de prix Nobel. La remise du prix se fera en son absence.

Il meurt à l’hôpital le 4 mai 1938.

Les parallèles avec le prix Nobel de la Paix 2010 sont frappants. Liu Xiabo, a été condamné à la prison – 11 années –  pour avoir lui aussi « sapé l’autorité de l’État ». Il ne pourra pas non plus se rendre à Oslo pour la remise de son prix. Il est la voix qui a osé s’élever contre cet État qui écrase l’individu au nom d’un pragmatisme économique et idéologique insupportable, comme Ossietsky n’avait de cesse de dénoncer la montée des totalitarismes et la guerre qui s’annonçait pour qui voulait bien se donner la peine de voir les choses en face.

Ossietsky, Liu Xiabo,… l’histoire ne se répète jamais, dit-on…
F.Labbe.

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