La fierté restaurée des Kanaks

Nouvelle-Calédonie - Houaïlou : Le Chef Mindia et ses lieutenantsL’exposition du Quai Branly prélude intelligemment au processus d’autodétermination de la Nouvelle-Calédonie.

Deux regards se croisent dans l’exposition du Quai Branly, ils réduisent une douloureuse cicatrice. Le premier, sous la tutelle d’Emmanuel Kasarhérou, ancien directeur du centre Tjibaou de Nouméa, est celui que les Kanaks portent sur leur culture originelle, vieille de 3 500 ans. Le second, détaillé par l’ethnologue Roger Boulay, est celui que l’Hexagone a fabriqué pour justifier son emprise sur «le Caillou», cette Nouvelle-Calédonie si lointaine, si propice aux fantasmes et aux exactions de toutes sortes.

Le but de l’entreprise est affirmé. Il s’agit de faire connaître une culture trop longtemps méprisée au point qu’elle a failli s’éteindre – et ce faisant restaurer la fierté des Mélanésiens – et de solder un des pans les plus noirs de l’histoire nationale. Celui des spoliations, des déportations et du racisme. Depuis le drapeau français planté en 1853 sur cette partie du monde, il aura fallu attendre 1988 (accords de paix de Matignon) et même 1998 (accord de Nouméa) pour que la décolonisation entre réellement dans les faits et que soit pleinement reconnue l’identité kanake.

Ainsi, par-delà la beauté formelle des haches-ostensoires à disque de jade, des flèches faîtières jadis piquées sur les grandes cases, des rares bambous gravés témoignant de l’arrivée des premiers Européens, des statues garantes d’abondance, des couteaux à igname dont la culture rythme la vie de la communauté, des portes sculptées figurant l’ancêtre-tutélaire, des masques à plumes, casse-tête profilés, coiffes, sagaies ou encore talismans aux tressages d’une finesse virtuose, cette exposition est-elle éminemment politique. Au sens noble du terme. Elle a été construite comme une préface au processus d’autodétermination de l’archipel qui s’ouvrira l’année prochaine et doit aboutir en 2018. En mars, elle ira à Nouméa.
Connaissance de l’Autre

«Les gens nous connaissent à cause de la prise d’otages d’Ouvéa en avril-mai 1988, pas pour notre culture», s’est désolé Paul Néaoutyine, président indépendantiste (FLNKS) de la province Nord, lors de l’inauguration par le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, et Marie-Claude Tjibaou, la veuve du leader indépendantiste assassiné en 1989. Or cette culture est aussi riche qu’originale. Il suffit d’écouter les récits fondateurs des clans, déclamés à toute vitesse dans une des 28 langues autochtones, ou d’admirer les longs paréos colorés également déroulés dans le parcours, pour s’en rendre compte.

Cette mise en valeur des patrimoines matériels comme immatériels rend d’autant plus désolants les clichés abondamment diffusés de sauvages totalement arriérés, tantôt exotiques (la danse du pilou-pilou est à la mode au début du XXe siècle), tantôt effrayants (le masque mortuaire du grand rebelle Ataï, décapité en 1878, fut rangé au musée parmi les vestiges de la préhistoire). Désormais, entre l’Hexagone et l’archipel, un «destin commun» se bâtit dans la paix et un respect fondé sur la connaissance de l’Autre.

Et la fraternité? Elle reste à trouver. D’autant que la Nouvelle-Calédonie est également l’héritière de milliers de forçats, de déportés communards, d’enfants orphelins, de main-d’œuvre indo-javanaise, d’Indochinois, de Kabyles, de paysans européens miséreux… De ces autres trajectoires traumatisantes, de ces métissages encore tabous, l’exposition ne parle guère.

«Kanak, l’art est une parole», jusqu’au 26 janvier au Musée du quai Branly 37, quai Branly 75007 Paris. Catalogue Actes Sud, 344 p., 47 €. Tél.: 01 56 61 70 00. www.quaibranly.fr

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1 commentaire

  1. Alors il n’est pas inutile de préciser que le processus d’autodétermination peut fort bien se terminer par la non indépendance de la NC, car c’est à la population du Pays de se prononcer et l’autonomie dans la France fait aujourd’hui plus recette que l’indépendance…!!!

    Donc, oui à la mise en valeur de la culture mélanésienne, sans hésiter, mais non au amalgames et aux conclusions rapides… Le dernier paragraphe mériterait sans doute la mise en place de quelque chose qui parle de çà aussi. Mais dans un deuxième temps vu que là nous sommes dans la reconnaissance du peuple premier… Certes cette reconnaissance a été faite en 1988 puis plus clairement en 1998, mais il apparaît aujourd’hui qu’il faille aller plus loin… Alors allons plus loin !!

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