La vérité sur les flics et la délinquance

Témoignage courageux et analyse objective de Richard Meunier concernant les chiffres de la délinquance en contradiction avec les récentes déclarations du Haussaire sur le sentiment d’insécurité ressenti par les Calédoniens qui ne correspondrait pas à la réalité du terrain.

Pour Richard Meunier, secrétaire territorial du syndicat Alliance, la police nationale n’est pas tout le temps là où elle devrait être. Une meilleure répartition des effectifs permettrait aux policiers de mieux assurer leurs missions. C’est ce qu’il explique en livrant quelques petites surprises.
Richard Meunier, secrétaire territorial du syndicat Alliance, plaide pour une meilleure répartition des effectifs de police.

Richard Meunier, secrétaire territorial du syndicat Alliance, plaide pour une meilleure répartition des effectifs de police.

Photo Guillaume Samson Ribère

Les Nouvelles calédoniennes : le haussariat assure que les chiffres de la délinquance n’augmentent pas, même si le sentiment d’insécurité semble prédominer. Que constatez-vous sur le terrain ?

Richard Meunier : Tout dépend des indicateurs que l’on prend pour mesurer la délinquance ! Un exemple tout simple : de plus en plus de mineurs sont interpellés dans des affaires de caillassage ou de « petite » délinquance, mais ils ne sont pas comptabilisés dans les statistiques de garde à vue. Pourquoi ? Nous devons les « inviter à nous suivre » au commissariat si nous avons des soupçons à leur égard. Sauf si nous les surprenons en flagrant délit, nous ne pouvons pas les placer en garde à vue au sens de la loi. Statistiquement, le nombre de mineurs impliqués dans les faits n’augmente pas alors que, dans la réalité, c’est l’inverse…

Sur le terrain, observez-vous un changement de comportement chez les mis en cause ?

Les agressions verbales et physiques sont plus fréquentes. Les phénomènes de petites bandes se développent, comme les vols en groupe dans les magasins. En fait, la délinquance locale copie le modèle européen ou métropolitain : les capuches pour se dissimuler le visage ou l’habillement similaire dans une bande pour confondre tout le monde. Bref, les phénomènes qui existent en Métropole finissent par arriver chez nous. Ce qui est regrettable, c’est que l’on ne profite pas de ce « retard » pour tenter de juguler les choses. Il faut aussi souligner qu’en l’espace de cinq ans, on a constaté que notre fonction est de moins en moins respectée. Alors on devient lassé de se faire insulter ou menacé. Quand on est dans l’acceptable de l’inacceptable, on ne porte plus plainte, y compris pour ceux qui se font cambrioler : ils passent plus de temps au commissariat à déposer plainte que les auteurs des infractions…

La délinquance routière, qui s’explique essentiellement par la consommation d’alcool, est l’un des maux les plus visibles. De quels moyens disposez-vous pour tenter de la contrer ?

Il y a un problème très simple qu’il faut bien soulever. Le dimanche matin, entre 6 heures et midi, il n’y a qu’une seule patrouille de police secours pour la ville de Nouméa. C’est-à-dire deux gardiens de la paix et deux ADS, les adjoints de sécurité. Comment voulez-vous remplir correctement une mission en sortie de boîte, au moment où le pic d’alcoolisation est le plus massif et où les faits tels que les accidents ou les délits de fuite ont le plus de chance de se produire ? Au cours d’un week-end, l’état-major nous a même demandé d’effectuer deux patrouilles avec le même effectif. Ce n’est pas possible.

Les commerçants de la BD et les patrons de boîte réclament pourtant une présence policière accrue…

Oui, notre hiérarchie a d’ailleurs décidé de mettre en place des effectifs de sécurisation pédestre pour les nuits des vendredis et des samedis, pendant deux mois, de 1 heure à 7 heures. Mais ce n’est pas possible ! Les policiers ne sont pas là pour servir de vigiles. C’est aux établissements de nuit de faire preuve de responsabilité en contrôlant qui ils servent pour limiter les alcoolisations qui conduisent à ces bagarres ou ces incivilités ! Et puis, des patrouilles de nuit à pied à la BD, ça veut dire quoi ? Qu’il y a une police pour les quartiers riches, là où les commerçants ont suffisamment de poids pour se faire entendre, et qu’on abandonne les autres ? C’est une aberration.

L’alcool reste donc à l’origine de la plupart des délits et des faits de délinquance ?

C’est indéniable. Que ce soit dans les agressions sexuelles, les violences conjugales, les violences ou les incendies, l’alcool est toujours là, en filigrane. C’est le problème numéro un que tout le monde doit prendre en compte. Et à ce titre, il faut bien dire les choses comme elles sont : la prohibition de la vente d’alcool le week-end, qui est une mesure louable, a un effet pervers dévastateur. Si la mesure est respectée par les grandes surfaces, on sait bien que les petits commerçants en profitent énormément en vendant sous le manteau. Il y a aussi les marchés noirs.

Oui, mais c’est bien la police qui est censée contrôler son application ?

Et comment fait-on avec une seule personne chargée de s’assurer que les petits commerces n’enfreignent pas les règles ? Comment fait-on lorsque la sanction administrative, c’est une amende de 30 000 francs, alors qu’une fermeture administrative de l’établissement constituerait une véritable sanction ? Cela fait deux ans que notre syndicat demande la création d’un véritable groupe chargé d’effectuer ce travail. Il faudra aussi le faire pour la réglementation des nakamals, puisqu’une loi est en préparation.

Pour en revenir à la délinquance routière, faudrait-il, selon vous, plus de contrôles routiers ?

Déjà, je pense qu’il faut carrément parler de criminalité routière. Ensuite, les contrôles, on en fait souvent le matin et le soir en semaine : c’est du préventif, on montre qu’on est présent sur le bord des routes, même si ça contribue au sentiment que l’on ne cible pas forcément les bonnes personnes. Ce qu’il faut, c’est laisser tomber ces contrôles-là et en faire plus le week-end. Sauf que ça nécessite toute une chaîne qui doit être présente, comme les OPJ, les officiers de police judiciaire. ça demande plus de monde et plus de moyens à ces moments-là. C’est simplement une question de volonté.

Certains de vos collègues affirment parfois qu’ils ont le sentiment de travailler pour rien, parce que les mis en cause sont relâchés. Est-ce exact ?

Je vous donne un exemple : une personne interpellée pour conduite en état d’ivresse est placée en dégrisement et n’est plus interrogée dans la foulée. Elle repart chez elle et est convoquée plus tard. Même si c’est lourd une garde à vue, ça a quand même des vertus pédagogiques, pour lui faire prendre conscience de la gravité de ce qu’elle a fait. Ensuite, la loi prévoit qu’en dessous d’un an de prison ferme, la peine peut être aménagée. Donc la personne n’ira jamais en prison. Quelle considération a-t-on dans ces conditions pour la victime ? Entre le sentiment d’insécurité et celui d’impunité, le fossé va continuer à se creuser…

Dans un tout autre domaine, quelques affaires ont éclaboussé la profession lors de certaines interventions. Est-ce que les policiers ont toujours des réactions adaptées aux situations qu’ils doivent gérer ?

On est de plus en plus confronté à un phénomène, comme cela a été le cas dans une affaire récente : celui d’être filmé par un téléphone. C’est une situation difficile à gérer, d’autant que cela s’accompagne souvent de provocations à notre égard. On se retrouve dans une situation de mise en scène. Alors que 99 % de nos interventions se passent bien, sans être filmées.Mais celles-là n’intéressent personne puisqu’elles ne peuvent pas être exploitées à charge contre nous. Mais compte tenu du nombre de nos interventions plus de 1 000 par mois et du nombre de policiers mis en cause, on est dans des ratios nettement inférieurs à la Métropole.

A Nouméa, sauf événement majeur, les syndicats de police sont traditionnellement plutôt discrets. Pourquoi prendre la parole aujourd’hui ?

Si on arrive à trouver des solutions et à faire avancer les choses par la voie politique, tant mieux. Sauf qu’on reste dans une espèce de consensus mou qui finit par être insupportable. Les corporations sont souvent réputées pour laver leur linge sale en famille. Mais quand ça ne marche pas, il faut sortir de ça. Et puis il faut aussi dire la vérité à la population. On a une expertise syndicale qu’il faut prendre en compte et en considération

( sources:Facebook)

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2 commentaires

  1. Bravo M. Meunier ! Je suis totalement d’accord avec vos propos.
    Mais hélas, ça va changer quoi ? :-((

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