Mais à qui fait donc peur la Gendarmerie ?

Il faut en effet quelle fasse peur, cette noble institution, fleuron de la République, pour qu’on veuille la pousser dans le goulet d’étranglement à la mode belge : passer sous le ministère de l’intérieur, puis démilitarisation, puis fusion en police fédérale, le tout en moins de dix ans, discrètement.
A voir dans quel état se trouve la Belgique aujourd’hui, comment elle est divisée, au bord de la scission, sans gouvernement depuis belle lurette, on constate combien il était inutile de faire porter le chapeau à la Gendarmerie royale de la crise politique et sociale sous-jacente, et des disfonctionnements et scandales qui ont émaillés ses dernières années d’agonie. Le bouc émissaire à pris tous les coups, s’est fait descendre. Personne n’a bougé, trop heureux de pouvoir désigner un coupable, trouver un exutoire à son insatisfaction, nourri d’illusions d’avenir meilleur « le jour d’après », ou totalement aveuglé, voir abruti. 2011 est dans la suite logique d’années de beresina pour la Belgique. Le massacre de la Gendarmerie royale, non seulement n’a rien résolu, mais a aggravé les phénomènes de division, scission, ouvert la porte à la destruction d’un pays entier. On ne peut pas dire que ce soit une réussite.

Et voilà qu’en France, nation de naissance de la démocratie, et de la Gendarmerie Nationale, corps militaire travaillant auprès des civils, envié et copié dans le monde entier, on suit ce pitoyable et désastreux modèle belge.

Pour faire des économies d’échelle nous dit-on? Prendrait-on le public pour des gosses de maternelle, des illettrés, des idiots, des ânes ou un troupeau de moutons apeurés et bêlants ?
Les gendarmes sont corvéables à merci, capables d’aligner 70-80 heures par semaine sans broncher, des soldes modestes, supportent avec un professionnalisme et une dignité exemplaires les coups de sabre dans les jarrets pour couper les jambes, comme la nouvelle brutale de la dissolution de l’escadron de Rennes à son retour de mission en Afghanistan, pendant qu’on servait des concessions sur un plateau d’argent aux compagnies de CRS, restés, eux en France, qui manifestaient, faisaient la grève de la faim, envoyaient leurs femmes, bref montaient un spectacle de cirque contestataire pour faire pression sur le gouvernement.
Les gendarmes, quand à eux, ont réagi différemment. Ils sont restés dignes, malgré une souffrance extrême. Ces militaires ont resserré les rangs, augmenté la cohésion, discuté calmement avec leurs instances de concertation et le commandement, ont pris le temps de réfléchir. Ils ont exprimé leur sentiment en respectant leur Arme, l’Institution, le gouvernement, le public et la République qu’ils servent.
Leur attitude a été beaucoup plus forte de sens et poignante que n’importe quelle manifestation. Elle renforce la confiance, force le respect à porter envers la Gendarmerie Nationale. Cette dignité dans ces circonstances aura un impact beaucoup plus important que les spectacles de cirque, les attitudes vindicatives ou menaçantes que l’on voit dans d’autres secteurs.

Qui a intérêt à la disparition de la Gendarmerie et pourquoi ?

Un seul mot : LOYAUTE. Une loyauté indéfectible envers la République, et elle seule.
Conséquence : pas de compromission, ni de manipulation. La Gendarmerie fera son travail, sans se laisser influencer par quiconque. Parce qu’elle est militaire, donc neutre politiquement, dévouée dans l’abnégation là où d’autres sont dans la revendication, et qu’elle n’a qu’un seul maître, la Constitution qu’elle protège.

Au nom de Saint pognon, on veut privatiser la sécurité. Oyez bonnes gens, c’est bon pour votre tirelire. Sauf que seules les communes riches se paieront des polices municipales correctes, financées par les mairies, avec tous les systèmes « d’accords », d’affairisme, de trafics en douce. Sauf que la sécurité n’est pas seulement une affaire de vidéo surveillance et de banlieues, mais avant tout de lien de confiance entre les citoyens et leurs forces de l’ordre. Une confiance basée sur des échanges, des contacts, des liens authentiques.
La fermeté dans l’humanité: une culture développée depuis des siècles par la Gendarmerie Nationale, qui a d’ailleurs toujours bénéficié d’une côte d’amour exceptionnelle dans la population.

Aujourd’hui, on surfe sur la délinquance des cités et une multiplication ahurissante, au sens propre comme au figuré, de reportages sur les actions de la police, pour justifier les mesures prises, les moyens employés.
On fait briller la partie émergée de l’iceberg, pour mieux enfouir le reste sous l’eau.
Pourtant, la majeure partie de la criminalité réelle, la plus dangereuse, se joue dans les trafics d’influence, les compromissions volontaires, passives ou contraintes d’un grand nombres d’acteurs, du notaire à l’agent immobilier en passant par l’avocat, le banquier et bien d’autres, pour fermer les yeux sur des pratiques, ou blanchir l’argent, des sommes astronomiques étant donné la professionnalisation, l’internationalisation et la puissance des réseaux criminels dont la surface financière dépasse le budget de certains États. Ce sont les vrais criminels. Ce ne sont pas les petits caïds qui brûlent des voitures, attaquent à coups de tournevis ou de Molotov, ou sortent une kalache sans même savoir ce que c’est. Des petits caïds sans envergure dont le travail est largement facilité par la culture de la peur et de la victimisation à outrance, celle-là même, d’ailleurs, que les gouvernants reprennent pour taper du poing sur la table avec des opérations commandos spectaculaires…. poudre aux yeux.
Le travail de lutte se fait ailleurs, en taupe, dans le silence, avec patience. Des mois, des années de recherches, de filatures, d’écoutes, de technique, de savoir faire et de savoir être, pour identifier des réseaux, comprendre leur fonctionnement, rassembler des preuves pénales, en se heurtant souvent à des murs… et des compromissions.
Car le système mafieux, je le rappelle, infiltre la société toute entière. Dans certaines régions, il est presque impossible d’y échapper. Tout est affairisme, rapports de pouvoir, de force, d’argent, des mafieux sont à la tête de secteurs entiers. Ils blanchissent l’argent, s’assurent de la complaisance de gens qui leur sont utiles ou nécessaires… par tous les moyens, de la séduction à la pression. J’ai eu accès à des exemples en cours qui font froid dans le dos.
Une structure militaire neutre et autonome prend ici toute sa force. Par ailleurs, dans une démocratie, elle est un contrepouvoir essentiel et indispensable. La centralisation des pouvoirs est toujours dangereuse. Veillons à ne pas se laisser entraîner sur de faux problèmes, et recentrons le débat sur l’intérêt de la démocratie, qui est le nôtre.

A ce que j’ai pu constater au fil de mes enquêtes et recherches, je suis en mesure de certifier que dans les années qui viennent, nous allons avoir vraiment, vraiment, vraiment, besoin de la militarité, du savoir-faire, du savoir être spécifiques et particuliers de la culture de la Gendarmerie Nationale pour désamorcer ce qui est ni plus ni moins qu’une bombe à retardement à nos portes et dans nos vies.

Je demande à mes confrères et consoeurs de surveiller de très près ces dossiers, aux citoyens d’ouvrir les yeux et ceux de leurs élus, à tous ceux qui sont en mesure d’agir à tous les niveaux, de prendre les mesures pour protéger la spécificité de la Gendarmerie Nationale. Je rentre d’une réunion professionnelle, au cours de laquelle la crainte de la disparition de l’Arme sous dix ans était clairement exprimée par les participants.
La Gendarmerie EST différente, et c’est cette différence qui nous protège : protégeons-là en retour.

Article en diffusion libre, en citant la source et l’auteur.

Isabelle Voidey
Journaliste

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1 commentaire

  1. « Une structure militaire neutre et autonome prend ici toute sa force. Par ailleurs, dans une démocratie, elle est un contrepouvoir essentiel et indispensable. »

    L’Armée, gendarmes compris, dépend d’un Ministère, donc je ne vois pas comment elle pourrait être neutre et autonome ! On en a d’ailleurs d’excellents exemples ici : les gendarmes sont aux ordres du Haussaire, représentant de l’Etat.

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